| La Suède, l'autre vision de la musique (partie 2/2) |
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| 02-05-2012 | |||||||
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Tsugi a eu la chance d'aller prendre la température de la scène suédoise, en amont du festival ÅÄÖ!.
Simian Ghost
Studio Möllan, Malmö, vendredi 30 mars, 11h
This Is Head a beau avoir sorti un splendide premier album en 2010, les fesses posées en lévitaion entre les fauteils du disco, du kraut-rock, de l'indie et du post-rock, cela ne les empêche pas de rester ultra-simples. Une interview ? Bien entendu, on est là pour ça, mais chaque chose en son temps. Le quatuor ne sacrifie pas sa tradition quotidienne du thé-pâtisserie, et la fait partager avec un flegme et une nonchalance appréciables. Le studio, petit, encombré et charmant, est tenu par l'un des membres, et leur nouveau disque, à sortir cette année si tout va bien, est évidemment produit en famille. "Notre premier album était très construit, celui-ci sera davantage basé sur des jams, avec des rythmiques plus syncopées. On a vraiment fait évoluer notre son, ça risque d'en perturber certains mais nous avons besoin de cette remise en question pour rester stimulés". Pour l'anecdote : le groupe s'est formé petit à petit, dans la pièce où se déroule l'interview, par rencontres, coups de cœur et échanges musicaux entre groupes. Le résultat, mutant, est mine de rien très osé, This Is Head étant probablement notre rencontre la plus singulière de ce voyage initiatique. Alors que l'Occident se nourrit de plus en plus souvent de clichés et de formules empruntées pour faire vivre sa vision de l'indépendance, ça nous fait un peu bizarre. "Je ne suis pas sûr qu'on puisse dire que la Suède ne se nourrisse pas de clichés, tente Adam, l'un des quatre membres du groupe. Toute la pop d'ici en est remplie... Et je ne trouve pas forcément qu'en France, les groupes soient spécialement stéréotypés". Alors, comment expliquer que This Is Head, malgré sa musique assez peu conventionnelle, réussisse à remporter un prix décerné par la radio publique suédoise, alors même que nos artistes défendus par nos organes de l'ORTF sonnent la plupart du temps incroyablement creux ? "J'imagine que vous assumons plus facilement la prise de risques, et que nos institutions médiatiques préfèrent mettre en avant des groupes qui n'ont pas encore eu l'occasion d'être reconnus. L'indé a un réel écho par ici". Et même ailleurs...
Direction Rundgång, disquaire indépendant apparemment légendaire à Malmö, selon les membres du groupe qui ont décidé de jouer les accompagnateurs après ce papotage en forme de petit-déjeuner fraternel. L'idée de cette visite de courtoisie a émergé d'un quiproquo en pleine interview : "La skweee ? C'est quoi, ce truc, un genre de musique ? Viens, on va te présenter quelqu'un, il devrait savoir de quoi tu parles". Cette partielle méconnaissance de certaines parties de l'underground national, si elle peut étonner de prime abord, s'explique plutôt très bien si on prend le temps de demander : "La plupart des groupes font leur truc, sans trop se préoccuper de 'ce qui se fait', que ce soit ici ou à Brooklyn", nous répond Björn de This Is Head. De plus, nous apprendra Dennis Lood, le tenancier de l'échoppe musicale que nous arpentons, la skweee a pratiquement disparu, alors qu'on trouve ça dingue par chez nous ! Son magasin, qui défend une certaine esthétique de la musique (les panneaux de classement, du genre "progg – psykadelist – instrumentalt", sont suffisamment univoques même s'ils sont en suédois) est, selon ses dires, "l'araignée de la toile qui recouvre la ville de Malmö". En attestent plusieurs rayonnages, consacrés uniquement à la scène locale. "Il y a un retour du punk, dans sa frange industrielle, debut 80's, à Malmö. Il y a eu une période de creux après l'écroulement de la scène post-rock au début des années 2000 mais cette ville est extrêmement vivace, notamment grâce à ses studios. On n'est plus au temps béni où plein de groupes japonais se pointaient ici pour sonner comme les Cardigans, mais musicalement, c'est bien mieux ainsi. On ne traîne pas, un train nous attend. Dennis, qui semble être intarissable, semble peiné de ne pas pouvoir en dire plus. Il oublie qu'il a déjà eu le temps de nous communiquer son amour de la musique la veille au soir... ce militant au grand cœur passait des disques d'EBM entre les concerts à STPLN. La famille, disons ça comme ça.
Popidyll, Kalmar, 17h30
"Il ne faut pas forcément croire que la Suède est une sorte de communauté hippie géante" attaque Sebastian, leader des néanmoins affables Simian Ghost. Après l'épisode Malmö et la sensation de fraternité qui nous a enserrés après nos rencontres, il fallait forcément cuisiner le dernier des trois groupes à passer à la casserole sur le sujet. La salle qui les accueille ce soir a davantage des allures de spacieux resto-bar. Ici, même les lustres ont des bougies : le cosy scandinave dans toute sa splendeur. Il semblerait pourtant que l'étiquette suédoise ne trouve pas crédit partout, ce jeune trio préférant qu'on les raccroche à leur musique avant leur nationalité. "Nous n'avons pas assez de recul sur notre musique, il est donc difficile pour nous d'en prendre davantage sur la santé de la scène indé de notre pays, et surtout sur ce qui fait ses particularités. La logique voudrait que le son suédois, ou au moins nordique, soit plus enclin à laisser couler les mélodies, à avoir le sens de la mélancolie, des espaces sonores... Mais en même temps, Robyn est suédoise ! On peut juste annoncer une chose : la Suède est un pays de musique, c'est indéniable, et cela prend forme dès que l'on t'inculque les bases du chant ou d'un instrument à l'école". Simian Ghost croit donc avant tout en sa bonne étoile, qui a hissé le groupe au range d'espoir international depuis que l'institurion Pitchfork a daigné nommer l'un de leurs morceaux comme "best new track" en 2011. Le dernier album, Youth, a apparemment "accéléré les choses de manière impressionnante", et les a amenés naturellement à jouer en France, dans le cadre du festival ÅÄÖ!, comme leurs petits camarades rencontrés plus tôt. Un festival estampillé Krisprolls, vu le discours du groupe, ne devrait pourtant pas remporter les suffrages de ses membres... "L'essentiel pour nous, vu qu'on se déplace en France pour jouer, est d'avoir l'occasion de jouer devant des Français qui ne nous connaissent pas forcément. Dans certains autres pays, on joue parfois devant une communauté suédoise, et ce n'est pas forcément ce que nous recherchons. Le but n'est pas de toucher davantage de monde, mais surtout s'émanciper, sans oublier nos racines pour autant. En l'occurrence, on a hâte". Y'a intérêt.
Même lieu, même endroit, 22h
Retour à la salle, collision avec son gérant. Grand sourire, poignée de main suivie d'une accolade. Pourquoi, comment ? "Je voulais te dire qu'on était très fiers qu'un journaliste français fasse le déplacement jusqu'ici, explique-t-il. Ce lieu compte beaucoup pour nous, et pour la population de la ville, c'est l'un des seuls endroits culturels qui mets des groupes indépendants en avant, et ça nous rend heureux que quelqu'un y prête attention. Cet après-midi, j'ai mis sur la page Facebook de la salle qu'un journaliste venait de France, j'ai eu 34 likes". Venant d'un Parisien, cette tirade aurait été prise pour un blabla à la sauce relations publiques. Ici, c'est simplement touchant. La salle, pleine à craquer, accueille un groupe presque trop grand pour lui. Simian Ghost, s’il a écumé nombre de salles similaires en Suède, connaît un beau succès depuis la sortie de Youth, qui sera joué en intégralité. Le trio de post-ados un peu introvertis se débrouille à la perfection, leur pop onirique prend le temps de s’insinuer subtilement dans nos oreilles, sans se presser. Le troisième morceau sera le bon: on s’emballe, jusqu’à la fin. Les différents niveaux de blondeur de l’audience semblent approuver, même si on n’entrave rien. Décompression dans l'arrière-salle, échanges sur les qualités de Phoenix que le groupe semble vénérer au plus haut point, charmante jeune fille qui vient réclamer un autographe... rien ne semble perturber l'atmosphère bon enfant de cette soirée, qui se terminera par un "hug" fraternel du batteur. "C'était super de t'avoir rencontré, on se voit dans ta ville ?". Pour sûr !
FESTIVAL ÅÄÖ!, MUSIQUES ACTUELLES SUÉDOISES
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