| Nuits Sonores : dix sur dix ! |
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| 11-05-2012 | ||||||||||||||
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Avant cette dixième édition des Nuits Sonores qui s'approche à grands pas, on a souhaité vous faire revivre l'évolution de ce festival exceptionnel, par la voix de son boss.
Normalement, la rubrique “meilleurs et pires moments” est abonnée aux pages comptes-rendus de Tsugi, mais pour la dixième édition de Nuits Sonores, c’est son directeur et fondateur Vincent Carry qui retrace les instants phares et les rares déceptions du meilleur festival lyonnais de l’univers.
--- 2003 ---
Meilleurs moments : L’ossature de ce qui fait l’alchimie de Nuits Sonores aujourd’hui est déjà présente. On en avait écrit les grandes lignes dans un coin de ma cuisine avec Sébastien (Devaud alias Agoria), Patrice (Moore), Violaine (Didier), Fréderique (Joly). Il y a déjà le principe des trois nuits, du Circuit électronique, de la Carte blanche, et des apéros sonores. Par la suite se rajouteront les Mini Sonores (pour les enfants), le programme Extra !, le Labo européen des festivals. Je me rappelle particulièrement de l’inauguration à la Piscine du Rhône, un lieu magique pour lancer cette aventure, un moment extraordinaire sous un temps caniculaire. Et aussi le set de Dave Clarke à la Halle Tony Garnier. C’est le premier moment où il y a cette intensité musicale que l’on retrouvera par la suite à de nombreuses occasions.
Pires moments : Rien de précis, mais plutôt une sorte de climat lié au paradoxe qu’il y a entre notre certitude de mettre en place quelque chose d’important pour Lyon et le besoin de nous justifier lors du lancement de l’événement. Nous avons écrit un bon projet qui a su convaincre les partenaires des collectivités locales dès le début mais réaliser ça à Lyon, qui était jusque-là la capitale de la répression anti-techno, est considéré comme suspect par beaucoup d’acteurs du milieu électronique, médias compris.
--- 2004 ---
Meilleurs moments : Accueillir une Carte blanche à Sonar. Dès la première année, je dis que Nuits Sonores est un enfant dont les parents sont les Transmusicales de Rennes et Sonar à Barcelone. Les Trans, pour le côté urbain à l’époque et Sonar, pour la rigueur qui marque alors sa programmation. Nous sommes très fiers que Sonar accepte de venir dès notre seconde édition alors qu’ils n’ont encore jamais apporté leur marque en France. C’est un élément important dans notre quête de légitimité. Musicalement, il y a un concert absolument dément de Jamie Lidell à la Sucrière.
Pires moments : Les Cobra Killer fêtant leur anniversaire, complètement bourrées pendant leur concert. Sur scène, elles escaladent les tours avec à la main des verres de vin blanc au-dessus du public. Je vis un sale moment car je vois arriver la perte d’un artiste dès notre seconde édition. (rires) Les questions de sécurité sont une angoisse permanente.
--- 2005 ---
Meilleurs souvenirs : Le set de clôture de Laurent Garnier aux Salins du Midi où il finit à 8 h du mat devant 4 000 personnes extatiques, puis on fait une extraordinaire fin de troisième édition dans une after dans les Halles de Lyon particulièrement rocambolesque avec outre Laurent, Basti de Tiefschwarz. Ça reste le moment le plus dingue de Nuits Sonores. Il y a aussi la venue à Lyon de Tony Wilson, qui fait sa dernière apparition publique en conférence dans le cadre d’une Carte blanche à Manchester (l’homme de Factory décédera en 2007, ndlr).
Pires souvenirs : Je perds Patrice Bardot à la Maison de la Danse pendant le Circuit électronique du jeudi soir ! (rires)
--- 2006 ---
Meilleurs souvenirs : Bien entendu, le concert de ESG, ex æquo avec le ping-pong entre Ricardo Villalobos et Luciano. Et puis je vais être encore obligé de faire une private joke, mais je suis bien forcé de dire qu’un magazine, que tu connaissais bien, programmait une scène et avait fait jouer Justice ! (rires)
Pires souvenirs : Encore une angoisse de directeur de festival. Pour la première fois, nous utilisons l’ensemble du port Rambaud avec la Sucrière et les Salins du Midi. Grâce à l’enchaînement, ESG, Le Peuple de l’Herbe, QBert et Coldcut, nous affichons complet avant la soirée. Le Peuple de l’Herbe joue devant une salle “surblindée” et chauffée à blanc. Avec mon nouveau directeur technique, nous avons passé tout le concert à serrer les dents en flippant : nous étions dans une ancienne usine et pas dans un Zénith.
--- 2007 ---
Meilleurs souvenirs : L’enchaînement Loco Dice/Damian Lazarus marque des points, et Guy Gerber sur l’esplanade des Subsistances met aussi tout le monde d’accord. C’est pourtant une édition où toutes les têtes d’affiche attendues ne nous laisseront pas un souvenir impérissable sur le plan artistique.
Pires souvenirs : Lors des éditions précédentes, nous avions cette idée un peu étrange de changer de lieu non seulement chaque année mais également chaque nuit ! (rires). La SNCF nous ayant donné son accord pour que l’on utilise un lieu de dingue, les anciens entrepôts de la Sernam, nous allons sur place avec un sound-system et un gros mur d’enceintes pour tester le son, mais là, c’est la catastrophe, toute la structure du bâtiment se met à trembler. On a même peur que le bâtiment s’écroule. Une charpente en acier prend toutes les vibrations. Nous nous replions à la dernière minute aux Subsistances.
--- 2008 ---
Meilleurs moments : L’alliance entre la Carte blanche à Berlin et un lieu, l’usine SLI, une friche industrielle impeccablement berlinoise. Impossible également d’oublier l’extraordinaire souvenir de la première Body & Soul. C’est vraiment une grosse année avec Battles qui fait un live historique, le ping-pong Laurent Garnier/Agoria, un magnifique concert d’Heavy Trash, et Einstürzende Neubauten en clôture. Je ne peux pas faire l’impasse non plus sur les 3 mn 15 de “Born Slippy” par Underworld qui nous met une énorme claque. C’est l’un des morceaux qui me fera définitivement basculer du rock à la techno. Un peu comme cette édition 2012 lorsque New Order jouera “Blue Monday”, ça sera un moment dont on se souviendra.
Pires moments : Ils sont très rares hormis l’arrachage d’oreilles par les vieux punks mancuniens de Buzzcocks. Mais c’est une édition extraordinaire qui se termine par un samedi un peu tristounet.
--- 2009 ---
Meilleurs moments : Erol Alkan à la Piscine marque beaucoup de points. Danger aussi, c’est la première fois qu’il joue au festival alors que c’est notre poulain. Au niveau du son, il y a des problèmes mais il retourne le public de manière absolument monumentale. Je suis assez fier d’avoir après Agoria un régional de l’étape capable de faire très mal.
Pires souvenirs : C’est la première fois que l’on occupe un site aussi grand, le Marché Gare. On franchit la barre des 100 000 personnes par soir. L’angoisse est de se demander comment les gens vont se retrouver sur ce territoire très improbable, et comment ce site, dont la moitié est à découvert, va vivre.
--- 2010 ---
Meilleurs moments : Paul Kalkbrenner envoie sacrément, un gros set dans la plus pure tradition du genre. On l’a programmé au bon moment juste à la sortie de son film Berlin Calling. Après, cela serait devenu impossible en termes de cachet. Il y a aussi la Carte blanche à Montréal dans le jardin de la Bourse où toute la programmation de Violaine déboîte, dans un super esprit avec tous nos potes de Montréal qui ont fait le déplacement. C’est le premier passage de Pedro Winter à Nuits Sonores et il fait un set incroyable le vendredi soir sur la scène en plein air. Mention à Claude VonStroke qui avait la très difficile mission de clôturer la scène 3 alors qu’Agoria finissait à domicile sur la 1. La seule fois où il y a eu un double final.
Pires moments : L’émeute à l’entrée du Marché Gare le mercredi soir avec un public totalement sous pression pour le live de Vitalic à 23 h. C’est vraiment mon pire souvenir de ces dix ans. On était habitué à ce que le public de Nuits Sonores arrive de manière très étalée entre 21 h 45 et 1 h 30 du mat mais là 100 % des gens se sont pointés dès l’ouverture.
--- 2011 ---
Meilleurs moments : La scénographie du Marché Gare avec comme créateurs Superscript2, Trafik, AntiVJ. Ce que l’on appelle “le pôle scéno” arrive à une sorte de quintessence. Le Marché Gare a été apaisé, on l’a repensé en termes de programmation, on a essayé d’être plus radical dans le son, moins mainstream. Il y a un chouette “all day long” autour de Brodinski et bien entendu Pedro Winter et Mehdi (disparu tragiquement en septembre 2011, ndlr)…
Pires moments : Le côté très attendu et “surpeopolisé” lié à la présence de Joey Starr lors du “all day long” consacré à Busy P. L’idée de Pedro était pourtant excellente mais quelque chose se casse dans ce “all day long”, même s’ils retrouveront le fil après. On avait surtout envie de Pedro avec sa vraie bande. C’est l’occasion de dire que les choses sont parfois plus compliquées que “meilleurs” et “pires” moments : les meilleurs souvenirs comme avec Mehdi cette année-là peuvent se transformer a posteriori en “pire souvenir”.
Nuits Sonores 2012 (du 16 au 20 mai, Lyon) Les 10 dernières news:
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