"I Feel Love" de Donna Summer : l’amour dure 35 ans Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
17-05-2012
Hymne orgasmique signé Donna Summer et Giorgio Moroder, “I Feel Love” n’a cessé d’être repris, remixé, ou simplement joué en club depuis sa sortie il y a trente-cinq ans. Histoire d’un tube.

 

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Cet article, publié à l'origine dans le numéro 50 de Tsugi, se voit ici republié en hommage à l'artiste qu'était Donna Summer. La chanteuse vient de nous quitter à l'âge de 63 ans des suites d'un cancer, rest in peace.

 

Un jour de juillet 1977, alors que David Bowie est en studio, travaillant sur sa fameuse trilogie berlinoise, plus exactement sur l’album Heroes, voilà que débarque son producteur Brian Eno plus excité que d’ordinaire, un disque sous le bras. “Mec, faut que t’écoutes ça, lance-t-il. J’ai entendu le son du futur. Pas la peine de chercher plus loin. Ce morceau va changer la musique des clubs pour les quinze prochaines années.” Eno avait vu juste. Enfin presque. L’influence de “I Feel Love”, premier tube dance de l’histoire à avoir été composé avec des machines et pas des instruments organiques, se fera sentir pendant largement plus que quinze ans. Son rythme 4/4 “basse batterie” a commencé par irriguer tout le disco. Et ce n’était qu’un début. En 2012, la musique des clubs est toujours majoritairement électronique et le 4/4 règne encore en maître.

 

 

 

Simulations synthétiques

 

Mieux, l’œuvre originelle est toujours régulièrement diffusée voire reprise par des popstars, comme Madonna (dans son Confessions Tour en 2007). Des artistes rock n’hésitent pas non plus à reprendre sur scène cet hymne à la base disco et gay, Kasabian ou le guitariste John Frusciante des Red Hot Chili Peppers s’y sont essayés. Plus près de chez nous et pas plus tard que l’année ­dernière, Arnaud Rebotini, sous pseudo Black Strobe, en a réalisé une reprise électro qu’il a distribuée gratuitement en ligne. La liste des DJ’s jouant régulièrement le morceau dans leurs sets serait trop longue, on vous laisse regarder ça sur YouTube. Il ne s’agit même pas d’un come-back,
“I Feel Love” n’a jamais disparu. Chaque décennie a vu son lot de reprises, de remixes et d’edits. Même au début des années 2000, le label Gigolo, fer de lance de l’électroclash réalisait de gros clins d’œil à l’Italo-Munichois Moroder, auteur de la chanson, quand le Français David Carretta en adoptait carrément le look. Dire que “I Feel Love” a suscité de nombreuses vocations serait un doux euphémisme. Il suffit de relire Electrochoc de Laurent Garnier ou les interviews de Juan Atkins, le parrain de la techno de Detroit, pour s’en convaincre.
À l’origine de ce tube intemporel, on retrouve trois personnalités, de trois nationalités différentes, et qui se retrouvent en studio à Munich. L’Afro-Américaine Donna Summer, l’Anglais Pete Bellotte - souvent oublié - et l’Italien Giorgio Moroder. Ces deux derniers, partenaires de studio, tombent sur Donna Summer, qui joue alors outre-Rhin dans des adaptations de comédies musicales américaines. Ils cherchent une chanteuse disponible pour enregistrer des démos ; la voix de Donna leur plaît. Très vite, ils lui produisent un album : Lady Of The Night sort en 1974. La musique est encore axée rhythm’n’blues et pop. À vrai dire, le disco n’existe pas encore. Moroder, qui a commencé sa carrière en interprétant ses propres compositions sous forte influence Beatles, s’intéresse de plus en plus aux synthétiseurs, dont l’utilisation est encore anecdotique en raison de leur coût élevé. 1975 : premier fait d’armes de Moroder et Donna Summer avec “Love To Love You Baby”, une réponse de seize minutes au “Je t’aime… moi non plus” de Gainsbourg, pendant lesquelles Donna semble simuler des orgasmes. Pour la première fois dans les productions de Moroder, une boîte à rythmes remplace le batteur. Ce succès leur ouvre les portes du label californien Casablanca, c’est le début de l’épopée disco. Deux ans plus tard, Summer et Moroder publient un album-concept dans lequel chaque titre est un hommage à une décennie ­passée. Des années 20 jusqu’aux années 70. I Remember Yesterday, c’est le nom du disque, est plus ou moins réussi. Le concept n’est pas toujours évident à saisir. Sauf pour le dernier morceau, celui qui représente le futur : “I Feel Love”. Moroder a décidé de l’enregistrer uniquement avec des synthés Moog. Jusque-là, le disco s’appuyait encore beaucoup sur des orchestrations organiques. “I Feel Love” sera le premier morceau de disco 100 % synthétique. Il influencera par la suite la Hi-NRG et l’italo-disco. Puis la house et la techno.

 

 

Le son de la backroom

 

Donna Summer chante là aussi de façon très sexuée, presque extatique. Pilooski, artiste érudit ayant réalisé de nombreux edits de disco obscur, confirme : “‘I Feel Love’ fut sans doute l’un des premiers morceaux à associer une musique blanche et robotique à une voix soul et très cul. Tout cela m’évoque un coït à rallonge, la bande-son idéale de la backroom universelle.” En cette année 1977, le succès de “I Feel Love” est planétaire. Le titre devient numéro 1 dans de nombreux pays. Summer et Moroder sont au sommet de leur gloire. Pourtant, ce n’est qu’un début. Deux ans plus tard, un DJ et producteur californien, Patrick Cowley, en réalise en remix - un quart d’heure avec des passages psychédéliques - qui donne au titre la crédibilité underground qui lui manquait. Didier Lestrade, journaliste qui a suivi les années disco et les débuts de la house se souvient : “Le délire gorge profonde de Donna Summer m’énervait, le côté porno des pochettes, c’était un truc de beaufs à l’époque. C’est plus tard avec la version de Patrick Cowley qu’on a vraiment aimé ce disque. C’est une élongation complètement dingue, un vrai effet de poppers, les synthés sont droits devant, c’est magique. Cowley l’avait rendu 100 % gay.” Après plusieurs années de diffusion confidentielle, cette version sort enfin pour le grand public en 1982. C’est déjà la deuxième vie pour “I Feel Love” qui en profite pour renouer avec les sommets des charts. Patrick Cowley, lui, décède du sida la même année, à 32 ans. Des reprises, il y en aura d’autres, à commencer par celle de Bronski Beat et Marc Almond en 1984. Dix ans plus tard, des remixes signés Masters At Work et Faithless voient le jour sur un label anglais. Donna Summer réenregistre les vocaux pour l’occasion. En 2011, enfin, Arnaud Rebotini publie sa propre version. C’est à lui que nous donnons le mot de la fin. “J’ai eu l’idée de faire cette reprise car je m’amusais à jouer la ligne de basse lors de mes lives, quatre notes répétées en double croche, immédiatement reconnaissables. Le public réagissait à chaque fois. C’est un morceau qui a toujours fait partie de ma vie, que j’ai toujours aimé. Je l’ai entendu des centaines de fois et pourtant, à chaque fois, je le trouve fantastique. Il est assez simple, mais c’est ce qui fait sa force. Il a ce côté originel et il fait écho dans tous les styles électroniques dancefloor qui en sont finalement les descendants.”

 

Par Nicolas Bresson

 

www.donnasummer.com
www.moroder.net

 

 

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Commentaires
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Anonyme 2012-05-18 12:00:08

Trop bien
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Dernière mise à jour : ( 17-05-2012 )
 
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