En direct de... Spring, château de Kériolet, mercredi 16 mai 2012 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
18-05-2012
Le désormais culte soirée de printemps organisée par la clique d'Astropolis a évidemment tenu ses promesses. Souvenirs d'un soir...

 

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SPRING
Château de Kériolet (Concarneau) – mercredi 16 mai

 

Presque un rituel. En tout cas, une célébration. Du printemps, déjà, mais aussi de l'annonce officielle de la programmation d'Astropolis, qui prenait vie dans l'enceinte de ce manoir, il y a des lunes de ça. Sis à Brest depuis de nombreuses années, le festival, qui peut se targuer d'être l'un des fers de lance dans l'événementiel électro hexagonal, a pris soin de laisser un héritage sur son lieu de naissance. Et ses organisateurs, les toujours motivés Sonics, n'ont pas l'air de vouloir lâcher "Kériolet", comme ils l'appellent. Le châtelin, Christophe, aussi affable qu'excentrique, n'ayant visiblement aucune objection à ce que plus de 2000 amateurs de techno viennent charcuter le gravier de sa cour, pourquoi s'en priver ?

 

La Spring, cette année, s'est dotée d'une programmation accrue par rapport à ses habitudes. Presque trop fournie, l'affiche aura accéléré l'inévitable victoire annuelle : la soirée est sold-out bien avant le soir fatidique. Jessica Bert, assistante promo du festival Astropolis, explique : "devant le succès, on a été contraints de réinjecter un petit nombre de places dans des commerces locaux quelques jours avant la soirée, pour faire plaisir à notre public habituel, qui prend souvent ses places à la dernière minute mais qui fait preuve de la plus grande fidélité". Au programme des festivités, donc : Le doux Rone, le dur Manu le Malin, mais également deux stars du deejaying, au style et à la longévité pourtant fondamentalement différentes : Fritz Kalkbrenner, le frère de Paul, dont la notoriété ne cesse de grimper ces derniers mois, et celui qu'on ne présente plus, Kevin Saunderson, membre du triumvirat dorénavant statufié des pionniers de la techno de Detroit. Forcément, c'est blindé...

 

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C'est peut-être le seul point noir de cette soirée réussie de bout en bout : victime de son succès, la Spring, cette année, était peut-être un peu trop bondée pour être réellement appréciée à sa juste valeur. La fréquentation idéale aura été relevée vers 6h du matin : la plupart des aficionados sont toujours là, ceux qui sont venus voir un artiste en particulier sont partis se coucher. Bah oui, 6h. Le Finistère, en effet, pratique des horaires qui se rapprochent davantage de ceux des raves, rien à voir avec une soirée du week-end en club parisien, donc. Dès 22h, Matthieu Guerre-Berthelot, aka Georges Selector, chauffe les studieux, qui attendaient sagement l'ouverture dans la file d'attente, insatiables de son. Ce beau jeune homme en marinière, l'une des deux têtes pensantes d'Astropolis, nous confiera un peu plus tard qu'il n'a pas été nécessaire de se démener pour faire fonctionner cette soirée, qui existe depuis maintenant un bail. "On a du imprimer 2000 flyers, ce qui est peu pour une jauge de cette taille. On a une chance inouïe : notre public pratique très bien le bouche-à-oreille". Des arbres heureux, donc. Quoique : si tu veux soulager ta vessie, jeune alterno, dans des copeaux tu urineras. C'est ça l'esprit du coin. Autre composante inévitable de toute soirée organisée par ces acharnés du bout du monde : la décoration. Composante essentielle d'une soirée électro réussie, ça, ils l'ont compris. Des énormes ballons argentés flottent au dessus de la foule, un lustre de boules à facettes surplombe le porche d'entrée, les fenêtres sont illuminées de couleurs... La salle de garde, dans laquelle la cheminée reste toujours allumée pour réchauffer les ardeurs des pieds les plus frais, est transformé en espace chill-out. Le chevalier qui surplombe tout ça d'un œil centenaire s'est vu affublé d'un glow-stick électrique, qu'il brandit avec fierté. Collision des époques. Le jardin, enfin, est propice à l'évasion mentale et au repos de l'être. On y trouvera notamment un live de Halfsquare, assez idéal pour se déconnecter (pour un temps) de ce qui se passe dans le chaudron.

 

Manu le Malin, qui entame les hostilités vers 23h30, ne semble pas le moins du monde effrayé d'entamer si "tôt", lui qui a expérimenté Kériolet d'innombrables fois, notamment aux débuts d'Astropolis. Le son sera rude, sans être tapageur, et en tout cas maîtrisé de bout en bout. Même s'il ne mixe pas hardcore, il reste un enfant de la rave, et cela se ressent. Toujours aussi gentil une fois les platines lâchées, fidèle à sa légende, il reste imperturbable lorsqu'il est au turbin. Pas d'esbrouffe non plus pour Rone. Le Berlinois d'adoption reste racé dans ses choix, qui l’amèneront évidemment à passer son tube "So So So", qui illumine les dancefloors depuis plus d'un an maintenant sans jamais perdre de force. Probablement le set le plus malin de la soirée, et celui qui appelle le plus à l'imagination.

 

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On a entendu tout et son contraire sur Fritz Kalkbrenner durant cette nuit. Entre les "on n'attend que lui" et les "franchement, les frangins, on commence à en avoir marre", on peut entrevoir le début d'une scission entre Paul Kalkbrenner, le premier à s'y être mis, et son public, la houle clapotant largement sur les pieds de Fritz. Un drôle d'effet nous saisira lorsqu'il arrêtera son set pour passer la main à Kevin Saunderson, comme si leurs visions respectives de la techno pouvaient s'opposer avec autant de force que les facettes d'une pièce. Fritz, donc, qui fera la part belle aux mélodies chaleureuses et au groove. Avec un sens de la pop qu'on attendait pas forcément à entendre dans cette cour, plus habituée aux kicks sans visage qu'aux vocaux samplés d'une star de l'électronique teutonne. D'une propreté hallucinante, très enlevé, ce set souffrira de l'ombre de Paul, qui a, malgré lui, imprimé son style sur celui de son petit frère, parfois obligé à un peu de mimétisme pour exister. Il risque peut-être de se faire prendre à son propre jeu un de ces quatre. En attendant, il confirme qu'il possède un bagage sonore qu'il peut exploiter davantage, celui du hip-hop. On reste convaincus par son chouette Suol Mates, et ce mix, somme toute, reste un moment agréable.

 

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Côté face. Kevin Sauderson a peut-être chopé un peu de bide, il charpente mieux que n'importe quel newcomer. Pas de coup d'éclat du genre "coucou, j'ai changé, je mixe ghetto-tech". De la techno, dure, classique, et extrêmement bien mixée, avec dynamisme. Oh, tiens, "The Bells" de Jeff Mills. Forcément, pour qui veut des surprises, ce n'est pas le meilleur moment. Ceux qui, en bons ravers hédonistes, sont juste venus de prendre une grosse claque, en seront pour leur frais. Probablement le point d'orgue de la soirée, qui a failli être entaché. Sur le coup de 4h30, on sent poindre du stress et de l'inquiétude dans les yeux de Gildas Rioualen, seconde moitié du duo exécutif d'Astropolis, pourtant toujours souriant. On comprend vite ses inquiétudes : des grosses gouttes, pourtant espacées, nous claquent sur le crâne. Mise en place d'un système de protection du matériel en dix minutes, tout va bien, d'autant que cela ne dure pas. Soulagement. "La pluie aura été mon ennemie ce soir", avoue Gildas en rigolant. Toujours un peu stressé, cependant, et on comprend pourquoi : il prend la suite de Kevin Saunderson pour clôturer la soirée, en compagnie de ses deux acolytes du Sonic Crew. Un bon "Jacques In The Box" de Laurent Garnier suffira à rassurer le trio, qui clôture la soirée pendant que le jour se lève. 8H et des brouettes, l'ampli est débranché, fin de bataille.

 

Peu sont ceux qui peuvent se targuer d'avoir vécu Astropolis dans cette cour, au XXème siècle, et nous en sommes les premiers marris. On se prend à penser que ça devait ressembler à ce qu'on vient de vivre. Un one-shot dingue, sans filets, fraternel et assez magique, environnement visuel oblige. On ne préfère pas savoir ce qu'on a raté, d'ailleurs, c'est très bien comme ça. Cet été, Astropolis fêtera sa majorité. 18 ans que cette université d'été de l'électro, qui aura cultivé des cohortes d'amateurs du genre, met tout le monde d'accord. On a compris pourquoi, ce soir. Pour faire un vrai festival, il faut de vrais gens derrière. Rendez-vous en août.

 

Par Mathias Riquier

Crédits photo : Marco Strullu

 

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www.astropolis.org

 

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Commentaires
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Un peu de géographie finistérienne
Alain 2012-05-18 11:53:25

Keroual, c'est l'Astropolis d'été, à côté de Brest. Là, tu étais à Keriolet, mon
gars.
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Dernière mise à jour : ( 18-05-2012 )
 
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