| En direct de... Melt! Festival (Ferropolis, Allemagne) |
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| 16-07-2012 | ||||||||||||||
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Des grues, du feu, des boules à facettes, et de la bonne musique à n'en plus finir. Il a fallu traverser l'Allemagne pour ça, mais ça valait le coup.
On est un peu trop fiers de notre paysage de festivals, nous les Français. Oh, on a de bonnes raisons, à commencer par le nombre hallucinant de manifestations estivales, qui étanchent largement la soif de musique du public hexagonal. Un peu flemmards d'aller voir ailleurs, nous sommes. Quitte à en oublier que l'ambiance, le cadre, l'atmosphère d'un festival sont tout aussi importants que le line-up. Et qu'un peu de post-industrialisme fait toujours chaud au cœur.
Ferropolis, c'est assez glamour pour passer le week-end. Ce musée à ciel ouvert, situé en plein milieu de l'ex-RDA, est situé sur une presqu'île, au beau milieu d'un lac artificiel créé pour recouvrir une ancienne mine. Une fois le matériel rassemblé sur un caillou central, bien sûr. Ces gigantesques excavatrices servent de décor surréaliste au Melt! Festival, qui y a pris ses aises depuis quelques temps déjà. Conçu comme un festival électro à son origine, il a largement ouvert son spectre sonore, tout en restant, au fond, dédié à la danse enivrée. Niveau normes de sécu, pas de stress : les berges ne sont pas clôturées, on peut aller barboter si on le souhaite (l'édition 2012 sera pauvre en baigneurs, vu le temps approximatif), le bonheur de se savoir sans barrières étant salvateur sans pour autant avoir à faire le con pour l'apprécier. Bref, ce festival a une gueule, et elle est en béton.
Heureusement, d'ailleurs : à notre arrivée sur le site, il pleut. On imagine rapidement ce qu'aurait pu donner le résultat sur un festival classique, et on ne regrette pas d'avoir fait 1500km, le béton mouillé étant finalement à peine moins sexy que le béton sec. Et en l'occurrence, le temps a passé son week-end à faire le malin, les rayons du soleil ayant parfois largement titillé nos visages fourbus. De tout le week-end, c'est bien la scène Melt!Selektor (chapeautée par qui vous savez) qui remportera la palme de l'endroit le plus cool du festival, les six scènes balayant un spectre très large de styles et d'ambiances. Brandt Brauer Frick, même en formation serrée, donne des frissons tant ce qu'ils nous donnent à manger est malin et inspiré. Caribou, aka Dan Snaith, fera deux apparitions : la première, en tant que leader de Caribou sur la grande scène, laissera toujours la même impression : agréable, sympa, mais pas de quoi casser trois pattes à un canard. Mélodiquement imparable, mais un peu faiblard au niveau de la gestion de la pression, c'est bien là tout le problème. En face, Mouse On Mars prouve brillamment que ce nom doit être compté pour encore quelques temps, la renaissance étant plus qu'effective. Modeselektor ne fait pas dans la dentelle : un DJ-set le vendredi soir et un live le samedi... Dur de savoir laquelle des prestations a été la plus imparable des deux, même si le live l'emporte évidemment par la puissance du show visuel. Dans le mille, et pas sur le bord du cercle.
La scène Big Wheel, dédiée à la techno "classique", aura également ses highlights, même si la vibe qui s'en dégage reste assez évanescente (il nous manquait peut-être les remontants nécessaire, soit dit en passant). Cocorico, Laurent Garnier fait encore du merveilleux boulot, même si, en tant que "homies", nous n'avons pas été surpris par la teneur de son set. Steffi, résidente au Berghain, a fait dans le solide, dans un style plus vaporeux, et forcément très classe. Oui, on oublie de parler du live de Mathew Jonson, de Todd Terje, de Seth Troxler... Pour la bonne raison que nous n'avions que deux oreilles sur place. Grand mal nous en fasse, d'ailleurs.
Un hommage se doit d'être tenu aux grands malades de Buraka Som Sistema, probablement le groupe qui aura le plus foutu le feu de tout le week-end (bon, on n'était pas là le dimanche, on extrapole un peu). Les tubes de Black Diamond créent de véritables dancefloors sauvages partout dans la (gigantesque) fosse, il est légitime de se demander ce qu'ils mettent dans le café le matin pour tenir un tel rythme. Il est probable que la plupart des personnes de l'assistance aient perdu un bon kilo en une heure. Ceux qui ont choisi Gossip, au même moment, beaucoup moins.
La clique électro française, fièrement représentée, a rempli sa mission sans sourciller. Le set de la Sound Pellegrino Thermal Team, absolument fun, tapera bien au dessus de celui d'AraabMuzik, un peu crétin sur les bords. Surkin, qui ferme les hostilités tard le soir (tôt le matin), n'a pas un monde fou devant lui, mais qu'importe, les survivants sont toujours les meilleurs danseurs. En ce qui nous concerne, pas de Gesaffelstein et Brodinski, mais les réactions du public sur Twitter semblent prouver que le boulot a été fait avec brio, comme à leur habitude.
Dur de sélectionner les choses qui ont particulièrement marqué les esprits durant ce week-end carrément fou. Le décor semble constamment tenir tête au line-up, le Melt! Se vivant finalement autant la tête levée au ciel que les yeux vissés sur les platines des DJs. Ce qui, dans un sens, les remettent à la place qui est la leur. Reste le sentiment de liberté, bien plus fort que dans n'importe quel festival français, malgré l'omniprésence de l'eau, qui encercle presque totalement le site. Dur, aussi, d'expliquer ce qu'on a ressenti lorsqu'on a vu le soleil se lever sur le lac, alors même que de gigantesques flammes sortaient du sommet de ces machines géantes qui nous ont toisé du regard deux nuits durant. On les remercie de leur bienveillance, d'ailleurs.
Meilleur moment : en Allemagne, un quart des stands de bouffe sont végétariens. Et ça, c'est important de le dire.
Pire moment : La météo du vendredi, qui ressemblait gravement à ces icônes ambigües du bulletin météo, avec tout dedans : pluie, vent, soleil, nuages.
Texte : Mathias Riquier Photos : Mathias Riquier & Jonathan Achille (pour Tsugi)
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