Crédit : Louis Destradidov

Arte Mix ø Trabendo : The Driver aka Manu Le Malin prévoit un set 100% français

Chloé, Arnaud Rebo­ti­ni, Cabaret Con­tem­po­rain, Maud Gef­fray, Yan Wag­n­er… Arte et Tsu­gi ont con­coc­té une très belle pro­gram­ma­tion pour cette nou­velle édi­tion d’Arte Mix ø Tra­ben­do, de retour dans la salle du Parc de la Vil­lette ce ven­dre­di 1er décem­bre. Et pour le clos­ing ? Un set de The Dri­ver, l’alias que prend Manu Le Malin quand il joue tech­no et pas hard­core.

Mais atten­tion, à soirée spé­ciale set spé­cial : Manu est en train de pré­par­er, à sa manière évidem­ment, une sélec­tion 100% made in France. Pas par chau­vin­isme pri­maire, mais parce que notre scène tech­no actuelle est aus­si pas­sion­nante que var­iée. On lui a du coup posé quelques ques­tions pour savoir à quoi s’attendre ce ven­dre­di, mais aus­si en appren­dre un peu plus sur l’envers du décor et le tra­vail en amont qu’effectue un DJ avant une date :

Com­ment est venue cette idée de faire un mix 100% français ? C’est rare de te voir faire des sets à thème…

Gildas Rioualen d’Astropolis (Astro s’occupe de mon book­ing) m’a dit qu’Arte pré­parait une soirée spé­ciale, Arte Mix ø Tra­ben­do, et que générale­ment ils aimaient bien que les artistes fassent un truc par­ti­c­uli­er. Qu’est-ce que je peux faire, moi, si ce n’est pass­er des dis­ques ? Donc, comme d’habitude, je n’ai pas dit non, mais presque. Puis Gildas est venu avec cette idée de ne jouer que de la musique pro­duite par des Français. Je n’étais pas super embal­lé, mais il sait mieux que moi ce que je passe en mix : c’est lui qui reçoit les fac­tures Tool­box (dis­quaire du 11ème dans lequel Manu a ses habi­tudes, ndr.). Et il m’a donc appris, qu’en fait, je pas­sais beau­coup de titres français – per­son­nelle­ment, je ne m’intéresse qu’aux morceaux, je ne regarde jamais les dis­ques et les noms des mecs qui les ont faits. Il m’a mis en con­tact avec les mecs de Tri­pal­i­um par exem­ple, qui m’ont envoyé plein de références, et je me suis ren­du compte que je pas­sais déjà pas mal de leurs dis­ques. C’est finale­ment une des pre­mières fois où je regar­dais qui fai­sait quoi (rires). Bon, j’étais quand même au courant pour cer­tains, comme Min­i­mum Syn­di­cat, qui m’envoient leurs tracks depuis longtemps. Mais je ne savais même pas qu’ils étaient chez Tri­pal­i­um, entre autres. Aus­si, je me suis ren­du compte que la pro­duc­tion actuelle française est assez bar­rée, avec pas mal de broken‐beat. Et comme je n’ai pas for­cé­ment envie de ne pass­er que les copains, il va être com­pliqué à faire ce set !

En dehors de Tri­pal­i­um qui t’a envoyé des références, com­ment as‐tu fait pour pré­par­er ta sélec­tion ?

J’ai passé le mes­sage à pleins de mecs, qui con­nais­sent untel et untel. J’ai par exem­ple ren­con­tré UVB 76 aux Eveil­lés au Tra­ben­do, je lui ai expliqué le con­cept de ce set pour Arte Mix, et il m’a envoyé des morceaux. Voiron aus­si. Mon prob­lème, ça va être de n’avoir qua­si­ment pas de vinyles sur quoi jouer. Je com­mence un peu à m’habituer, car dans le hard­core il n’y a qua­si­ment plus de vinyles, à moins de ne vouloir jouer que des vieux morceaux et ren­tr­er dans la case “carte ver­meil”. C’est ce qu’ils appel­lent les salles “old‐school” en Hol­lande, et ce n’est pas ce que je recherche, j’aime la musique mod­erne. Mais en 6–7 mois, en hard­core, je suis passé de 60% dig­i­tal, 40% vinyles, à 80–20 aujourd’hui. C’est comme ça ! En tech­no, le ratio était beau­coup plus large pour les vinyles, mais pour ce set en par­ti­c­uli­er ça va être beau­coup en dig­i­tal, car j’ai reçu des morceaux qui ne sont pas encore sor­tis, ou qui vien­nent de jeunes pro­duc­teurs qui n’ont même pas encore pressé de dis­ques – ils m’envoient leurs maque­ttes pour avoir mon avis, et par­fois je tombe sur des per­les donc je leur ai demandé si je pou­vais les jouer. Comme ce mec, R.Organic, qui a fait un super morceau avec un sam­ple de L’Exorciste.

Tu sais donc déjà ce que tu vas jouer ?

Pour l’instant, j’engrange, mais je n’ai qua­si­ment rien écouté. Juste avant la date, je passerai une nuit voire deux jours com­plets à tout écouter – je fonc­tionne comme ça, je ne peux pas tra­vailler un peu tous les jours pour me faire une petite playlist à la fin. Tout est bal­ancé sur ma clé USB, je n’utilise même pas Reko­rd­box, ça me dépasse. A tout écouter d’un coup, je dois pass­er à côté de choses peut‐être, mais ça m’évite d’avoir des doutes – si j’ai un doute, au revoir. Au dis­quaire, même chose : je pose le bras sur un vinyle et j’écoute deux‐trois boucles et c’est tout. Si j’entends quelque chose qui me plait, je vais éventuelle­ment écouter le disque en entier, mais je vais vite.

Avant de faire tes recherch­es, tu avais déjà des noms en tête, des artistes que tu voulais absol­u­ment pass­er ?

Alors évidem­ment, je vais sûre­ment pass­er du Elec­tric Res­cue, du Kmyle, 14Anger, The Hacker/Amato. Voilà pour le gros name‐dropping. Et du W.LV.S, mon pro­jet avec Elec­tric Res­cue, tant qu’à faire ! Mais de toute façon, ces morceaux seront sur ma clé USB, je les jouerai unique­ment si ça s’y prête à l’instant T. Je fais tou­jours une sélec­tion, mais je ne pré­pare pas mes sets à pro­pre­ment par­lé. Par exem­ple, à Pos­i­tive Edu­ca­tion il y a quinze jours, j’ai joué en tout dernier morceau un titre que je n’avais jamais passé, alors que ça fai­sait quelques mois qu’il était sur ma clé. C’était le bon moment pour le faire, et il a tout cassé ; c’était un titre inédit qui sera sur le pre­mier album de Mad­ben, un morceau qu’on a fait Rebe­ka War­rior, lui et moi. Je ne peux pas trop savoir ce qui passera, même un titre comme “Mis­eri­cor­dia”, que je joue pas mal en ce moment, peut très bien pass­er à la trappe si je ne le sens pas. Et puis je ne suis pas dans le copinage, dans le cor­po­rate, je ne l’ai jamais été et ce n’est pas main­tenant que je vais com­mencer ! C’est pour ça que j’avais quelques doutes sur ce mix “100 % français” au tout départ, je voulais com­mencer à trich­er : si c’est un label français qui a signé un artiste étranger, je peux ? Par exem­ple, sur le label d’Umwelt, Rave Or Die, il y a un morceau génial de The Mover – alias Marc Acardi­pane. Mais je ne vais pas le jouer parce qu’il est alle­mand… Ça me com­plique un peu la tâche, mais c’est bien, ça me fait sor­tir de ma zone de con­fort. Et si évidem­ment, ça me per­met de met­tre en avant des gens qui ne le sont pas encore, tant mieux !

Tu dis que tu as été sur­pris par ce que tu as reçu, éton­né du style de cette scène française. En quoi ?

Oui, car­ré­ment ! Ça m’a encore plus angois­sé, car je me suis dit que le set ne va pas être 4–4 du tout, avec énor­mé­ment de trucs breakés. Mais bon je devrais m’en sor­tir (rires).

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