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Crédit : Louis Destradidov
26 novembre 2017

Arte Mix ø Trabendo : The Driver aka Manu Le Malin prévoit un set 100% français

par Clémence Meunier

Chloé, Arnaud Rebotini, Cabaret Contemporain, Maud Geffray, Yan Wagner… Arte et Tsugi ont concocté une très belle programmation pour cette nouvelle édition d’Arte Mix ø Trabendo, de retour dans la salle du Parc de la Villette ce vendredi 1er décembre. Et pour le closing ? Un set de The Driver, l’alias que prend Manu Le Malin quand il joue techno et pas hardcore.

Mais attention, à soirée spéciale set spécial : Manu est en train de préparer, à sa manière évidemment, une sélection 100% made in France. Pas par chauvinisme primaire, mais parce que notre scène techno actuelle est aussi passionnante que variée. On lui a du coup posé quelques questions pour savoir à quoi s’attendre ce vendredi, mais aussi en apprendre un peu plus sur l’envers du décor et le travail en amont qu’effectue un DJ avant une date :

Comment est venue cette idée de faire un mix 100% français ? C’est rare de te voir faire des sets à thème…

Gildas Rioualen d’Astropolis (Astro s’occupe de mon booking) m’a dit qu’Arte préparait une soirée spéciale, Arte Mix ø Trabendo, et que généralement ils aimaient bien que les artistes fassent un truc particulier. Qu’est-ce que je peux faire, moi, si ce n’est passer des disques ? Donc, comme d’habitude, je n’ai pas dit non, mais presque. Puis Gildas est venu avec cette idée de ne jouer que de la musique produite par des Français. Je n’étais pas super emballé, mais il sait mieux que moi ce que je passe en mix : c’est lui qui reçoit les factures Toolbox (disquaire du 11ème dans lequel Manu a ses habitudes, ndr.). Et il m’a donc appris, qu’en fait, je passais beaucoup de titres français – personnellement, je ne m’intéresse qu’aux morceaux, je ne regarde jamais les disques et les noms des mecs qui les ont faits. Il m’a mis en contact avec les mecs de Tripalium par exemple, qui m’ont envoyé plein de références, et je me suis rendu compte que je passais déjà pas mal de leurs disques. C’est finalement une des premières fois où je regardais qui faisait quoi (rires). Bon, j’étais quand même au courant pour certains, comme Minimum Syndicat, qui m’envoient leurs tracks depuis longtemps. Mais je ne savais même pas qu’ils étaient chez Tripalium, entre autres. Aussi, je me suis rendu compte que la production actuelle française est assez barrée, avec pas mal de broken-beat. Et comme je n’ai pas forcément envie de ne passer que les copains, il va être compliqué à faire ce set !

En dehors de Tripalium qui t’a envoyé des références, comment as-tu fait pour préparer ta sélection ?

J’ai passé le message à pleins de mecs, qui connaissent untel et untel. J’ai par exemple rencontré UVB 76 aux Eveillés au Trabendo, je lui ai expliqué le concept de ce set pour Arte Mix, et il m’a envoyé des morceaux. Voiron aussi. Mon problème, ça va être de n’avoir quasiment pas de vinyles sur quoi jouer. Je commence un peu à m’habituer, car dans le hardcore il n’y a quasiment plus de vinyles, à moins de ne vouloir jouer que des vieux morceaux et rentrer dans la case « carte vermeil ». C’est ce qu’ils appellent les salles « old-school » en Hollande, et ce n’est pas ce que je recherche, j’aime la musique moderne. Mais en 6-7 mois, en hardcore, je suis passé de 60% digital, 40% vinyles, à 80-20 aujourd’hui. C’est comme ça ! En techno, le ratio était beaucoup plus large pour les vinyles, mais pour ce set en particulier ça va être beaucoup en digital, car j’ai reçu des morceaux qui ne sont pas encore sortis, ou qui viennent de jeunes producteurs qui n’ont même pas encore pressé de disques – ils m’envoient leurs maquettes pour avoir mon avis, et parfois je tombe sur des perles donc je leur ai demandé si je pouvais les jouer. Comme ce mec, R.Organic, qui a fait un super morceau avec un sample de L’Exorciste.

Tu sais donc déjà ce que tu vas jouer ?

Pour l’instant, j’engrange, mais je n’ai quasiment rien écouté. Juste avant la date, je passerai une nuit voire deux jours complets à tout écouter – je fonctionne comme ça, je ne peux pas travailler un peu tous les jours pour me faire une petite playlist à la fin. Tout est balancé sur ma clé USB, je n’utilise même pas Rekordbox, ça me dépasse. A tout écouter d’un coup, je dois passer à côté de choses peut-être, mais ça m’évite d’avoir des doutes – si j’ai un doute, au revoir. Au disquaire, même chose : je pose le bras sur un vinyle et j’écoute deux-trois boucles et c’est tout. Si j’entends quelque chose qui me plait, je vais éventuellement écouter le disque en entier, mais je vais vite.

Avant de faire tes recherches, tu avais déjà des noms en tête, des artistes que tu voulais absolument passer ?

Alors évidemment, je vais sûrement passer du Electric Rescue, du Kmyle, 14Anger, The Hacker/Amato. Voilà pour le gros name-dropping. Et du W.LV.S, mon projet avec Electric Rescue, tant qu’à faire ! Mais de toute façon, ces morceaux seront sur ma clé USB, je les jouerai uniquement si ça s’y prête à l’instant T. Je fais toujours une sélection, mais je ne prépare pas mes sets à proprement parlé. Par exemple, à Positive Education il y a quinze jours, j’ai joué en tout dernier morceau un titre que je n’avais jamais passé, alors que ça faisait quelques mois qu’il était sur ma clé. C’était le bon moment pour le faire, et il a tout cassé ; c’était un titre inédit qui sera sur le premier album de Madben, un morceau qu’on a fait Rebeka Warrior, lui et moi. Je ne peux pas trop savoir ce qui passera, même un titre comme « Misericordia », que je joue pas mal en ce moment, peut très bien passer à la trappe si je ne le sens pas. Et puis je ne suis pas dans le copinage, dans le corporate, je ne l’ai jamais été et ce n’est pas maintenant que je vais commencer ! C’est pour ça que j’avais quelques doutes sur ce mix « 100 % français » au tout départ, je voulais commencer à tricher : si c’est un label français qui a signé un artiste étranger, je peux ? Par exemple, sur le label d’Umwelt, Rave Or Die, il y a un morceau génial de The Mover – alias Marc Acardipane. Mais je ne vais pas le jouer parce qu’il est allemand… Ça me complique un peu la tâche, mais c’est bien, ça me fait sortir de ma zone de confort. Et si évidemment, ça me permet de mettre en avant des gens qui ne le sont pas encore, tant mieux !

Tu dis que tu as été surpris par ce que tu as reçu, étonné du style de cette scène française. En quoi ?

Oui, carrément ! Ça m’a encore plus angoissé, car je me suis dit que le set ne va pas être 4-4 du tout, avec énormément de trucs breakés. Mais bon je devrais m’en sortir (rires).

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