L'arrivée au bois de Keroual - Crédit : David Boschet

Astropolis : 25 éditions, 30 degrès, tout va bien

Il y a qua­si un quart de siè­cle, les équipes d’As­trop­o­lis ont dû faire un choix, LE choix de l’époque : con­tin­uer à organ­is­er des free, à l’heure où les teufs étaient stig­ma­tisées (coucou le rap­port de 1995 “Les soirées raves : des sit­u­a­tions à haut risque” du min­istère de l’In­térieur) et inter­dites à grands ren­forts d’in­ter­ven­tions de police, ou alors créer une fête autorisée. Le Son­ic Crew et ses deux orgas his­toriques Gildas Rioualen et Matthieu Guerre-Berthelot ont pris cette deux­ième voie, pour l’une des pre­mières raves légales du pays. Et nous voilà 25 édi­tions plus tard avec la même ambi­tion : faire les choses dans les règles de l’art (lég­is­latif) tout en pro­posant aux quelques 20 000 par­tic­i­pants une belle nos­tal­gie de la teuf, celle qui fédère une com­mu­nauté de doux ravers autour de tout ce que les musiques élec­tron­iques ont à offrir de meilleur – pas seule­ment de la tech­no donc. Le tout, du moins c’est ce qu’on aura ressen­ti côté pub­lic, avec une présence plutôt organ­isée et bien­veil­lante des forces de l’or­dre, alors qu’à quelques cen­taines de kilo­mètres de là les fes­ti­va­liers de Belfort n’avaient pas vrai­ment cette chance. Et surtout, l’im­pres­sion d’as­sis­ter à une fête entre potes avec des mil­liers d’in­vités, qui chaque année rap­pelle son lot de fidèles : dans le pub­lic, cer­taines têtes se recroisent d’édi­tions en édi­tions, et pareil dans la pro­gram­ma­tion. La 25ème n’a pas dérogé à la règle, avec une scène Mekanik comme d’habi­tude par­rainée par Elisa Do Brasil et Manu le Malin, ce dernier grim­pant comme tou­jours aux pilonnes de l’As­trofloor pen­dant les dernières min­utes du set du Son­ic Crew, des chan­sons pas for­cé­ment recom­mand­ables beuglées dans la navette du retour, des “il est où l’after” et “jusqu’à la mort Manu !” hurlés à dix heures du matin, un dimanche soir dan­tesque au Vauban avec The Dri­ver pour les plus courageux… Brest ne dort jamais beau­coup ce week-end-là, nous non plus, mais impos­si­ble de rater le rendez-vous et ses petits rit­uels.

Rave Up ! Crédit : Clé­ment Le Page

Les vieux pots, les meilleures soupes donc, mais pas que : dès le mer­cre­di soir, Astro présen­tait aux Capucins un tout nou­veau pro­jet, Sonars, une créa­tion portée par La Carène entre pro­duc­teurs (ici, Maxime Dan­gles) et un lab­o­ra­toire (le BeBEST), pour inviter l’é­mo­tion dans la pra­tique sci­en­tifique et créer une BO élec­tron­ique de l’océan : bruisse­ments d’an­tennes de homard, bateaux qui péta­radent, péton­cles qui respirent, crevettes qui gig­o­tent… Maxime Dan­gles a tra­vail­lé dans une scène immer­sive en forme d’igloo une drôle de col­lec­tion de sam­ples, pour un pro­jet qui se con­stru­it petit à petit, avec l’ap­pui du CRNS, sur fond de prise de con­science écologique et d’é­tudes des impacts du son sur les ani­maux marins. A suiv­re, et pas­sion­nant.

Autre nou­veauté pour mar­quer le coup de cette édi­tion anniver­saire, Astro a opéré un petit change­ment, ouvrant les jardins du Manoir de Ker­oual dès le ven­dre­di soir à une pro­gram­ma­tion live, avec Arnaud Rebo­ti­ni et l’orchestre Don Van Club pour repren­dre la BO de 120 Bat­te­ments par minute, Kap Bam­bi­no et, coup de cœur du soir, Max Coop­er pour un live tech­no et IDM accom­pa­g­né de visuels organiques ou géométriques – un gros cliché le coup des formes qui bougent en arrière plan, mais ici bien plus chi­adées qu’à l’ac­cou­tumée, promis.

Max Coop­er — Crédit : David Boschet

La suite se pas­sait à La Suite (notre meilleur jeu de mot), en ville donc, avec entre autres Kobosil, Antho­ny Linell aka Abdul­la Rashim ou Jensen Inter­cep­tor côté noc­turne, et le lende­main en plein soleil à Beau Rivage – le dieu Râ ayant vis­i­ble­ment décidé de faire la fête avec nous au bout du bout du Fin­istère, un gros manque à gag­n­er sur le marché du k‑way mais un sacré soulage­ment pour tout le monde -, avec Blutch ou encore Earl Nest pour un super live mêlant beats élec­tron­iques et gui­tare élec­trique. On a frisé l’in­so­la­tion, mais ça valait le coup. Heureuse­ment, au bout d’un moment, la nuit tombe. Et Ker­oual se dévoile. Déco cos­mique, bars à ne plus en finir (qu’ils ont soif ces Bre­tons !), Elisa Do Brasil et Manu Le Malin évidem­ment impec­ca­bles, un dense, oppres­sant, crissant mais néan­moins génial live de Ver­set Zero (coup de cœur, enfin de poing, de cette nuit-là), Paula Tem­ple côté tech­no, DJ Pro­duc­er côté hard­core, Lakker en live audio­vi­suel dans-ta-face, DJ Mar­celle pour un set un peu plus ensoleil­lé… Tout le monde sem­ble s’être don­né le mot pour se sur­pass­er en cette 25ème, tan­dis que sur l’As­trofloor, l’une des cinq scènes, les légendaires Jeff Mills et Mike Banks ressus­ci­taient leur super­groupe X‑102. Les visuels, volon­taire­ment datés, et le voile der­rière les deux géants offi­ci­aient n’ap­por­taient certes pas grand-chose au schmil­blick, mais quel set tech­no ! Inrat­able, d’au­tant qu’il ne s’agis­sait que de leur deux­ième presta­tion depuis le début de ce revival.

En deux mots, et même si on a l’im­pres­sion de les répéter chaque année, cha­peau Astro. Entre ces habi­tudes qu’il ne faudrait per­dre pour rien au monde et petits plats dans les grands instal­lés à chaque édi­tion, d’au­tant plus quand elles sont anniver­saires, pas éton­nant que cer­tains – dont nous, donc – s’achar­nent à per­dre des points de vie chaque année au far west bre­ton. Pour encore 25 édi­tions, avec un peu d’en­durance.

Manu Le Malin — Crédit : Clé­ment Le Page

Rendez-vous les 14 et 15 févri­er pour la prochaine édi­tion (ver­sion hiv­er) d’Astrop­o­lis

(Vis­ité 572 fois)