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25 septembre 2014

Ben Vedren : Masterclass

par rédaction Tsugi

Article publié dans Tsugi n°75- septembre 2014

Parfois je me dis que j’ai bien fait d’attendre : la période actuelle est assez savoureuse”, reconnaît avec une certaine ironie Benoît Vedrenne, en considérant la belle aubaine de débuter sa carrière dans une période aussi propice à la musique électronique en France. Cette effervescence dont on vous parle régulièrement dans ces pages profite également à toute une génération de producteurs qui s’engagent aujourd’hui sur une scène bien plus accueillante que celle qu’ont connue leurs prédécesseurs. “Il y a quatre ou cinq ans, je prenais l’avion pour Francfort ou Berlin pour aller à de bonnes soirées. Désormais, on a presque les meilleures soirées ici, parfois tu en as même trois l’une à côté de l’autre et tu ne sais plus où aller. D’un côté, c’est très excitant de faire partie de tout ça, d’un autre, je ne réalise pas trop, je me laisse porter comme tout le monde sans trop y penser.” L’émulation a pris de telles proportions qu’on pourrait craindre que la scène ne sature vite, mais si Ben reconnaît un “effet de foule” vertigineux, il aborde les choses avec optimisme et insouciance. “Il ne faut pas non plus se mettre de pression, je n’ai pas l’impression qu’il y ait de la compétition ni entre artistes ni au niveau des soirées, on se nourrit les uns les autres. Il y a de la place pour tout le monde.

L’expert et l’instinct

Si son émergence publique est relativement récente, ce Parisien de 32 ans est pourtant impliqué dans la musique depuis toujours, hors de la sphère techno. Guitariste dans un groupe de jazz-funk pendant un temps, il a professionnalisé dans le domaine une formation d’ingénieur du son live et studio, background qui fait la différence en tant que producteur mais qui débouche parfois sur un perfectionnisme handicapant. “J’ai longtemps été très pointilleux et c’était insupportable, j’essaie de me détacher de la technique, de ne pas chercher la perfection, parce que dans ce cas tu fonces dans le mur. Lorsque j’ai collaboré avec James Taylor de Swayzak sur quelques morceaux à mes débuts, ses méthodes très rustiques me semblaient aberrantes, pourtant je me suis rendu compte que ça marchait très bien comme ça. Je me force à revenir à quelque chose de plus instinctif, à me déstresser. Je prends soin de ma santé mentale en somme. »

Comme pour compléter ce zèle de studio, Vedren s’est également retrouvé formateur Ableton par le biais d’un ami, auprès d’un public assez varié qui va de 18 à 50 ans, de quoi lui assurer une expertise de producteur. “Ça apporte une certaine aise, tu es plus fidèle aux idées que tu as en tête, tu perds moins de temps à les reproduire, c’est plus proche de l’inspiration du moment.” De nature assez modeste et discrète, il a longtemps été impliqué dans la musique de courts-métrages, ou dans des installations multi-artistiques éphémères en collaboration avec des artistes pour des grosses institutions comme la Villa Médicis à Rome ou la Nuit Blanche. Cet ascendant artistique se retrouve aussi dans son goût pour la musique contemporaine de Philip Glass ou Steve Reich, dont le “minimalisme ultime” d’une pièce comme “Come Out” (souvent considérée comme un des premiers exemples du sampling) l’inspire encore aujourd’hui. Il situe sa première rencontre avec l’électronique à un très jeune âge, par un biais que d’autres n’auraient pas forcément revendiqué, mais que Ben dévoile sans gêne. “C’était un concert de Jean-Michel Jarre au château de Versailles. Les synthés, ces écrans géants, la science-fiction, j’ai immédiatement connecté.

Néanmoins, il n’en restera pas à Équinoxe et entamera sa vie de clubbeur dans des soirées trance à Paris à la fin des 90’s, avant de devenir un régulier du Rex en plein boom techno type Soma Records. Lassé de “jouer la musique des autres” dans des configurations de groupe, il s’attelle à ses compos dans son coin, et se connecte avec Dan Ghenacia et Jennifer Cardini, jusqu’à ce qu’il soit lancé pour de bon par un concours Beatport de remix du “Bug In A Bassbin” de Carl Craig, qu’il remporte. Après quelques tracks plutôt planants pour le label de Swayzak, le label parisien Minibar sort en 2012 son premier EP solo “I Know You Know”, affichant un goût pour une micro-house crépitante dans la veine de Perlon. “Il a une saveur spéciale, et illustre bien ma rencontre avec le label de Cabanne. Minibar a une intégrité musicale et humaine très respectable dans le milieu, et je m’identifie très bien à leur état d’esprit : pointu sans jamais se prendre au sérieux.

D3 forever

La palette de Vedren comprend aussi un versant très tendre et sensuel, qu’il a poussé à son paroxysme aux côtés de la légende américaine de la house, Chez Damier, avec lequel il collabore en tant que Heart 2 Heart. Plus hybride et hors cadre, son troisième EP “D3” vient sceller son inclusion dans la famille Concrete ; il joue souvent dans leurs soirées. Contrastant avec les assauts techno plus virils qui caractérisent ce cercle, Vedren y développe une house teintée de techno de Detroit, enlevée, discrète et veloutée. Cette chaleur et cette minutie se sont notamment distinguées pendant le Weather Festival, en marge d’autres scènes plus agressives, ce sont elles également qu’on s’attend à retrouver sur Reduce, le label qu’il monte en collaboration avec Patrice Leiris, bref, c’est la carte de visite du bonhomme. “Dans le clubbing, je cherche plus un voyage que quelque chose d’éprouvant, ça oriente mes productions. Je ne suis pas forcément sur l’efficacité, mais plutôt sur une recherche d’énergie sur la longueur, d’esthétique. Je souhaite faire une musique qui envoie sans envoyer, si je puis dire. Je ne veux pas taper pour taper.” C’est bien gentil de sa part.

Thomas Corlin

 

Ben Vedren “D3” (Concrete Music)

 

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