Au Gloria Theater en 2015 - Crédit : Niclas Weber

c/o pop : quand les festivals européens s’unissent pour proposer de meilleurs line‐up

Le spec­ta­teur lamb­da ne s’en rend peut‐être pas compte, mais à l’arrière de cer­tains fes­ti­vals s’active toute une petite ruche : book­ers, man­agers et autres pro­gram­ma­teurs de salles et fes­ti­vals s’y retrou­vent pour échang­er bons plans, par­ler de ce nou­veau groupe épatant ou met­tre en place des parte­nar­i­ats. Cer­tains événe­ments vont plus loin en organ­isant car­ré­ment des con­férences, work­shops et ren­con­tres en marge de leur pro­gram­ma­tion musi­cale plus clas­sique. C’est le cas du MaMa ou du Midem en France, qui présen­tent des artistes émer­gents en show­cas­es devant des parter­res de mélo­manes, pro­fes­sion­nels ou non. Chaque pays a son ou ses rendez‐vous : on peut citer l’ADE ou Euroson­ic aux Pays‐Bas (le pre­mier étant exclu­sive­ment con­cen­tré sur les musiques élec­tron­iques) ou The Great Escape de l’autre côté de la Manche. Nos voisins alle­mands ne font évidem­ment pas excep­tion, avec le Reeper­bahn d’Hambourg… Et le c/o pop de Cologne, qui démarre ce jeu­di 30 août et s’achèvera le 2 sep­tem­bre, l’occasion de décou­vrir des dizaines de groupes émer­gents tout en assis­tant à des con­férences sur l’industrie de la musique. Avec, à la clé, la qua­si cer­ti­tude de voir un con­cert d’un artiste qui explosera à l’affiche de plus gros fes­ti­vals d’ici un ou deux ans — même si bien sûr quelques head­lin­ers se cachent déjà çà et là, comme Actress, The Notwist ou KiNK. Au‐delà de la petite fierté type “je les ai décou­vert bien avant mes copains”, assis­ter au c/o pop est surtout un des meilleurs moyens de pren­dre le pouls de la musique made in Europe, d’observer com­ment les choses sont faites chez nos cousins ger­mains, et de ren­con­tr­er du beau monde pour qui veut, peut‐être, tra­vailler dans ce milieu. En atten­dant le début des hos­til­ités, entre lives de Coucou Chloé, Per­el, Umfang ou Yel­low Days, un anniver­saire du label Kom­pakt Records ou une soirée hom­mage à Nico (qui est née il y a 80 ans de cela à Cologne), on a dis­cuté avec Ralph Christoph, l’un des fon­da­teurs du fes­ti­val et directeur de sa par­tie con­ven­tion. De quoi décou­vrir un mail­lage beau­coup plus dense qu’il n’y paraît entre tous nos fes­ti­vals préférés. Et qui prof­ite à la fin ? Les groupes, qui se font book­er un peu partout grâce à ce bouche‐à‐oreilles pro­fes­sion­nel — voire qui reçoivent des aides — et, infiné, les spec­ta­teurs !

Com­ment est né le c/o pop ?

En France, vous avez le MaMa, qui est le prin­ci­pal rendez‐vous pro­fes­sion­nel français, avec des show­cas­es de groupes émer­gents, mais vous avez égale­ment Le Print­emps de Bourges et ses Inouis, les Trans Musi­cales, le Midem et une scène élec­tron­ique forte avec Nuits Sonores et autres – et ce depuis des dizaines d’années ! En Alle­magne, nous avions un équiv­a­lent, le Pop­komm, créé à Cologne mais qui a démé­nagé à Berlin en 2004, comme beau­coup de choses – après la chute du mur, l’industrie cul­turelle alle­mande s’est recen­tral­isée à Berlin, et avec elle beau­coup d’autres indus­tries. Le phénomène n’est pas aus­si mar­qué en France, où vous avez des fes­ti­vals à Mar­seille, Lyon, Cannes, en Bre­tagne… Chez nous, tout le monde voulait aller à Berlin. Alors, chose très rare, on a repris les dates du Pop­komm pour créer dès 2004 le c/o pop, à Cologne donc. Depuis le temps, le fes­ti­val a dou­blé de taille. L’idée était de s’inspirer du Sonar de Barcelone, dont nous sommes tous de grands fans, car il s’agissait du pre­mier fes­ti­val européen, voire mon­di­al, à s’intégrer dans une ville, dans ses clubs, ses musées… Jusque là, on con­nais­sait surtout les fes­ti­vals en extérieur, comme Glas­ton­bury ou Pukkelpop. Avec Sonar, à la fin des années 90, un nou­veau genre d’événements était en train de naître. On a voulu, à notre échelle, pro­pos­er la même chose à Cologne, tout en s’attachant à un autre type de pro­gram­ma­tion.

Et juste­ment, la pro­gram­ma­tion ?

Pop­komm ratis­sait assez large, invi­tant des gross­es têtes d’affiche qui venaient à Cologne et repar­taient aus­sitôt leur con­cert ter­miné. On a essayé avec c/o pop de faire la part belle à la scène locale, toute la scène locale : les groupes, les DJs, les clubs, les man­agers, les labels, les bookeurs… Tout le monde s’y retrou­ve, autour d’un line‐up d’artistes émer­gents. On essaye tou­jours d’anticiper ce qui va venir après, sans se con­cen­tr­er sur les têtes d’affiche – même si par­fois, les jeunes groupes que l’on défend devi­en­nent très vite de grands noms ! Par exem­ple, à notre pre­mière édi­tion, nous avions invité Phoenix qui sor­tait seule­ment son deux­ième album à l’époque – ils n’étaient pas encore si con­nus que ça en Alle­magne. La deux­ième année, on a fait venir Arcade Fire pour leur pre­mier con­cert alle­mand, tan­dis que les The Whitest Boy Alive mon­taient pour la toute pre­mière fois sur scène. On essaye de pro­gram­mer des groupes qui, si on a un peu de chance, finiront sur les affich­es de autres fes­ti­vals européens dans deux ou trois ans.

Com­ment faites‐vous pour les trou­ver ?

C’est assez facile pour la scène alle­mande, tout le monde dans l’équipe passe son temps à ren­con­tr­er des musi­ciens ou à mon­ter des groupes eux‐mêmes. Je suis dans ma quar­an­taine, je ne sais plus vrai­ment ce qu’il faut aller voir, alors je m’entoure de per­son­nes jeunes qui con­nais­sent les modes (rires). Pour les artistes inter­na­tionaux, c’est à peu près la même chose : mon équipe voy­age beau­coup, on se rend aux grands fes­ti­vals de décou­vertes que sont Euroson­ic ou les Trans Musi­cales. C’est un grand cer­cle de dig­ging, de développe­ment et d’échanges. Avec inter­net, c’est facile de trou­ver des infos sur tel ou tel artiste, et de décou­vrir de nou­veaux noms. Mais pour faire des choix, savoir si le groupe est intéres­sant en live… Pour ça, on compte sur ce fameux réseau. Si tu es un fes­ti­val qui n’est pas financé par Live Nation ou d’autres énormes com­pag­nies comme ça, c’est essen­tiel d’être en rela­tion avec d’autres pro­gram­ma­teurs, d’autres fes­ti­vals et des réseaux de pro­fes­sion­nels, pour s’échanger des idées et des con­seils.

We Are Europe @ c/o pop 2017 — ©Philipp­Pon­gartzBüro­Pong

En sep­tem­bre, tu vas remet­tre un prix au fes­ti­val Waves Vien­na, qui va aider le groupe lau­réat à s’internationaliser. C’est à ça aus­si que sert ce réseau de pro­fes­sion­nel ?

C’est un très bon exem­ple le Waves Vien­na : on pour­rait dire que c’est “le c/o Pop autrichien”, même si ils sont un peu plus petits que nous. Nous faisons par­tie d’un réseau offi­ciel appelé le INES – Inno­va­tion Net­work of Euro­pean Show­cas­es. Nous sommes douze fes­ti­vals inscrits, nous échangeons des tal­ents, met­tons en place des prix comme celui du Waves où une cer­taine somme d’argent sera attribuée à un groupe en développe­ment… C’est un bon exem­ple de réseau de pro­fes­sion­nel. Il y a aus­si le We Are Europe, qui est financé par l’Union Européenne et dont l’acteur prin­ci­pal est Arty Far­ty, l’entreprise der­rière Nuits Sonores. On y trou­ve le c/o pop, Sonar, Nuits Sonores bien sûr, mais aus­si des événe­ments plus excen­trés en Grèce (le Reworks) ou en Ser­bie (le Res­onate). La musique est partout, il suf­fit juste de la trou­ver, et faire con­fi­ance à ces parte­naires sur leurs scènes locales est un bon début. Heureuse­ment, la plu­part des pays européens ont main­tenant leurs pro­pres fes­ti­vals de show­cas­es et/ou con­ven­tion. A cha­cun de bien faire les choses, en créant des espaces où les pro­fes­sion­nels peu­vent se ren­con­tr­er, se mélanger et échang­er. Chez C/O Pop, on essaye de rester dans d’assez petits for­mats, avec un côté plus intimiste qu’Eurosonic ou Reeper­bahn.

Mais au delà des pro­fes­sion­nels qui vien­nent ren­forcer leur réseau ou assis­ter à des con­férences, com­ment faites‐vous pour attir­er du pub­lic à c/o Pop ?

Il y a telle­ment de fes­ti­vals en Europe, tout l’été ! Mais les gens n’ont que deux ou trois semaines de vacances… Cer­tains vont alors en Croat­ie, pour com­bin­er les vacances d’été avec des fes­ti­vals de musiques, sou­vent élec­tron­iques. On essaye de miser beau­coup là‐dessus, aus­si, mais ver­sion Cologne, avec une promesse de belles vacances en ville : le same­di, le fes­ti­val se situe dans un quarti­er assez branché (le quarti­er dit “belge”, car les rues tirent leurs noms de villes belges), avec beau­coup de bou­tiques de vête­ments, de dis­quaires, de cafés ou de friperies. On pro­pose alors plusieurs con­certs gra­tu­its dans ces bou­tiques pour que les gens puis­sent se balad­er, faire du shop­ping et écouter de la musique dans la même journée. On est au delà de l’idée “tu achètes un tick­et et tu vas à des soirées” : le pro­gramme jour est riche, assis­ter au fes­ti­val c’est aus­si décou­vrir la ville, avoir accès gra­tu­ite­ment aux musées sous présen­ta­tion du bil­let c/o Pop, avoir des réduc­tions pour cer­taines expo­si­tions… Sans compter ces con­certs de groupes que l’on ne trou­ve même pas encore en ligne !

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