Cassy : la consécration

Si Cassy est née en Angleterre et a gran­di en Autriche, c’est depuis son exil d’Ibiza qu’on s’entretient avec elle au cours d’une con­ver­sa­tion Skype égayée de cris joyeux de son enfant et de ten­ta­tives d’autorité de son petit ami qui voudrait con­trôler le bam­bin. Et si elle sort son pre­mier album, la jeune femme fait fig­ure de valeur sûre de la house avec quinze années de DJ-sets partout dans le monde et de rési­dences pres­tigieuses, émail­lées de quelques pro­duc­tions et fea­tur­ings vocaux. Tout a com­mencé dans un petit vil­lage autrichien, où elle a gran­di avec un père caribéen et une mère autrichi­enne, “un milieu très con­ser­va­teur, pas for­cé­ment accueil­lant pour une famille bira­ciale”, précise-t-elle. Dans la région, des amis de ses par­ents organ­isent un fes­ti­val de jazz et cer­tains musi­ciens vien­nent dormir chez elle, comme Archie Shepp ou Sun Ra. Très jeune, elle chante dans des chorales et dans des monastères.

Dans les années 90, Cassy démé­nage à Vienne pour étudi­er. Pile au moment où une vraie scène élec­tron­ique émerge avec comme fig­ure de proue Kruder&Dorfmeister. “Il y avait aus­si les soirées Soul Seduc­tion, où j’ai vu beau­coup jouer Gilles Peter­son.” Elle com­mence à traîn­er dans le milieu de la nuit, copinant notam­ment avec une grande fig­ure de la scène de cette époque, Elec­tric Indi­go, puis démé­nage à 20 ans à Lon­dres pour inté­gr­er une école d’art dra­ma­tique. “On y appre­nait à tra­vailler sur tout, sa gestuelle, son apparence, son chant, sa danse et surtout sa force de car­ac­tère. Mais je me suis ren­du compte que je ne voulais pas devenir actrice. La scène musi­cale me sem­blait telle­ment plus ouverte et mod­erne que le petit milieu des acteurs.” De retour à Vienne en 1999, sa copine Elec­tric Indi­go lui pro­pose de faire son pre­mier DJ-set à l’une de ses soirées. “Elle m’encourageait, elle voy­ait bien que je me met­tais tou­jours dans le DJ booth pour regarder com­ment fai­saient les DJs, j’étais vrai­ment une éponge. Le pre­mier soir fut ter­ri­fi­ant, le truc le plus flip­pant que j’ai vécu… enfin, juste après mon accouche­ment.” Par­al­lèle­ment Cassy se voit pro­pos­er de chanter sur des morceaux de divers pro­duc­teurs, d’abord sur un titre de Elin (plus con­nu chez nous sous le nom de Autore­peat) “Music Takes Me High­er” puis sur un morceau de Zom­bie Nation.

LA BOUGEOTTE ET LA FRENCH CONNECTION
Elec­tric Indi­go était très copine avec Miss Kit­tin, alors on s’est retrou­vées à jouer sou­vent toutes les trois en Europe. Kit­tin vivait à Genève, je lui rendais sou­vent vis­ite et traî­nais avec elle et son copain, qui s’occupait du label Men­tal Groove. J’en avais marre de jouer en Autriche, j’ai trou­vé un boulot à Genève et j’ai démé­nagé. Miss Kit­tin m’a ouvert une infinité de nou­velles pos­si­bil­ités.” En 2003, elle démé­nage à nou­veau pour vivre dans l’œil du cyclone, à Berlin. Cette époque est l’une de ses plus fastes créa­tive­ment, elle col­la­bore avec Math­ew Jon­son, Steve Bug, Swayzak ou même Ricar­do Vil­lalo­bos, avec lequel elle chante par­fois en after.

En 2004 ouvre le Panora­ma Bar, qui offre une soirée à Caden­za, le label de Luciano, qu’elle avait ren­con­tré à Genève. Il l’invite à y jouer et Cassy devient rési­dente du lieu. Sa car­rière de DJ bien instal­lée, elle enchaîne quelques belles sor­ties discographiques, dont plusieurs max­is sur Per­lon et des mix­es pour Ostgut Ton et Fab­ric. Puis la french con­nec­tion reprend ses droits. “J’avais le même agent que Steve Bug et c’est comme ça que j’ai ren­con­tré son copain D’julz, il était tou­jours calme et silen­cieux. Je croy­ais qu’il ne m’aimait pas, mais un jour il m’a invitée à jouer au Rex Club. C’est là qu’on s’est vrai­ment enten­dus, c’est devenu mon meilleur ami DJ. Notre petite sauterie au Rex est dev­enue régulière, à une époque où la vie noc­turne parisi­enne était loin d’être aus­si exci­tante qu’aujourd’hui. Le Rex reste ma rési­dence préférée avec le Panora­ma.” Elle démé­nage même briève­ment à Paris, avant de par­tir pour Ams­ter­dam où elle trou­ve une nou­velle rési­dence de pres­tige au fameux Trouw. Depuis Cassy est dans sa péri­ode Ibiza, d’abord rési­dente des soirées Cocoon à l’Amnesia, puis au Cir­co Loco.

L’ALBUM
Une car­rière bien rem­plie qui explique que Cassy ne s’y prenne que main­tenant pour sor­tir son tout pre­mier album. Un disque qui a aus­si été retardé par la rup­ture douloureuse de Cassy et de son mari, ingénieur du son qui l’avait épaulée dans ses pre­miers pas de pro­duc­trice. “J’ai atten­du le bon moment, de remon­ter la pente, il a fal­lu les bonnes cir­con­stances et la bonne équipe. Je ne voulais pas faire un album qui aligne douze morceaux de house, un pur disque de club, je voulais chanter, faire un album qui s’écoute en entier.” Et si les deux pre­miers morceaux de Don­na ont claire­ment les deux pieds sur le dance­floor, la suite réserve pas mal de sur­pris­es et évite de jon­gler unique­ment entre house et tech­no. On y trou­ve notam­ment “Cuan­do”, petite ritour­nelle aux airs de bossa-nova qu’on imag­ine hom­mage à ses orig­ines caribéennes, ou “Strange Rela­tion­ship”, une reprise de Prince tout en funk dig­i­tal enreg­istrée avant la mort de l’idole. Un disque var­ié et pas­sion­nant qui nous con­sole d’avoir dû atten­dre si longtemps pour enten­dre Cassy sur un long for­mat.

François Blanc

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