©Alexis Janicot

Ce week-end, on est tombé amoureux des 3 Éléphants

Vous êtes bien arrivé en gare de Laval”, dit le haut-parleur. Et le Parisien de base de sourire ironique­ment, habil­lé de tout le mépris réflexe de ceux qui vivent “à la cap­i­tale” : Laval, ça fait pas rêver. On plaide coupable. Et, promis mon­sieur le juge, on regrette. Car au delà de décou­vrir une petite ville char­mante, pro­pre, avec ses rues pavées et ses maisons à colom­bages, c’est une cer­taine manière d’or­gan­is­er un fes­ti­val que l’on a retrou­vé aux 3 Éléphants. Verre de vin à 1€30, pinte à 5€, aucune attente pour être servi. Des vig­iles, bar­men et sec­ouristes adorables. Un pub­lic intergénéra­tionnel, et une pro­gram­ma­tion qui essaye, le plus sincère­ment pos­si­ble, de faire plaisir à tout le monde. On est loin des ambi­tions tou­jours plus grandes de cer­tains fes­ti­vals, fran­ciliens notam­ment, qui n’hési­tent pas à oubli­er d’ac­cueil­lir cor­recte­ment ses spec­ta­teurs pour gag­n­er plus de sous – et ain­si pou­voir se pay­er tou­jours plus de têtes d’af­fiche.

Non, du côté des “3LF”, on mise sur la qual­ité plutôt que sur la quan­tité. Mais ce n’est pas pour ça que le fes­ti­val, avec ses trois scènes, a oublié de fig­nol­er son affiche. Qui retenir ? Buvette d’abord, sorte de crooner-loser irré­sistible, errant non­cha­la­m­ment sur scène entre ses trois musi­ciens et incor­po­rant tou­jours plus de styles dif­férents dans ses morceaux : ce n’est pas parce qu’un titre com­mence rock qu’il ne se retrou­vera pas habil­lé de sonorités dub au bout de quelques min­utes. Oiseaux-Tempête en col­lab­o­ra­tion avec Mond­kopf aus­si, offrant sur la micro­scopique troisième scène un beau moment ston­er et psy­chédélique. Ou encore Acid Arab qui, armé de son nou­veau live, est tout sim­ple­ment bluffant, oscil­lant entre musiques ori­en­tales et moments car­ré­ment acid — tout est dans leur nom, certes, mais le groupe arrive enfin avec son pre­mier album et son live à dépass­er la blague pour en faire un vrai con­cert… Cha­peau ! Autre moment pour danser ? Møme, son gros show à l’améri­caine et un pub­lic en folie, ou encore Pou­voir Mag­ique et un DJ-set ultra-dansant pour clore le same­di soir.

Les 3 Eléphants, c’est égale­ment une belle place accordée à la chan­son en français, avec Fish­bach notam­ment. Habitée, sexy, bête de scène… Ce ne sont pas les clichés qui man­quent pour décrire le show, et pour­tant, c’est tout à fait ça : un univers rap­pelant par­fois Taran­ti­no, avec une femme forte, sen­suelle, par­fois un peu mas­cu­line, qui fume une clope allongée sur scène et n’hésite pas à taper la pose à chaque fin de morceaux, pour autant de tableaux en clair-obscur. Mais, aus­si, un côté Rita Mit­souko assumé, avec choré, gri­maces, sons eight­ies et tout le toutim. La veille, c’est l’im­mense Christophe qui aura occupé la scène de l’Arène. L’événe­ment du week-end. Il régalera avec des titres extraits de son nou­v­el album Les Ves­tiges du Chaos mais égale­ment avec des repris­es mod­ernisées de “Señori­ta”, “Aline” et “Les Mots bleus”.

Un superbe por­trait de Christophe par Lame de Son.

Mais atten­tion, dan­ger : on a beau écouter des con­certs toute la soirée et danser toute la nuit, c’est qu’il faut pou­voir se réveiller… Car les 3 Eléphants se vivent aus­si de jour ! Une com­pag­nie de danse con­tem­po­raine néer­landaise (Woest) a ain­si pris d’as­saut le joli jardin de la Per­rine, pour un spec­ta­cle poé­tique et loufoque, à quelques mètres du Freaky­club, le plus petit club qu’on n’ait jamais vu, instal­lé dans une espèce d’abri de jardin. Et puis, Les Trois Points de Sus­pen­sion. La com­pag­nie aura mar­qué tout le monde ce week-end avec son spec­ta­cle de théâtre, musique et d’acrobaties pas vrai­ment gamins-friendly (on pense avec émo­tion à cette pau­vre gosse trau­ma­tisée à vie same­di après-midi), par­fois queer, par­fois dada, tou­jours drôle et absurde. En même temps, ça fait 10 ans que cette pièce, Voy­age en bor­dure du bout du monde, tourne un peu partout en France — c’est qu’il y a une rai­son !

Com­ment finir un week-end pareil ? Faire la fête ? C’est fait. Chanter “Joyeux anniver­saire Les 3 Éléphants !” avec Meute comme fan­fare ? C’est fait. Ecouter un con­cert de Cléa Vin­cent en se lais­sant tran­quille­ment bercer sur une péniche ? Ah, pas con. Et c’é­tait exacte­ment la dernière étape du fes­ti­val, où les gueules de bois cara­binées côtoient des enfants fascinés, où les petites mamies prenant le soleil sur les rives de la Mayenne font coucou au bateau et où le cap­i­taine de la péniche s’of­fre une stand­ing ova­tion… A savoir le meilleur moyen exis­tant pour finir un week-end en beauté et douceur… “J’m’y attendais pas, à t’aimer comme ça…”, chante Cléa Vin­cent. Nous non plus les 3LF, nous non plus.

Meilleur moment : La belle sur­prise Fish­bach, mag­né­tique en live – mieux vaut tard que jamais pour s’en ren­dre compte !

Pire moment : Avoir la tête dans les nuages en ren­trant à Paris, c’est bien. En oubli­er son sac à main dans le métro avec toute sa vie dedans, c’est vache­ment moins bien.

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