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12 août 2016

Comment une école de commerce gère un label techno

par rédaction Tsugi

Pour faire ses premiers pas dans l’industrie culturelle, rien ne vaut un premier test grandeur nature. C’est la possibilité qu’offre Nymphony Records, label de musique électronique étudiant fondé à Grenoble. 

Lorsqu’il intègre GEM, l’école de Management de Grenoble, Vincent Locanetto constate que sur les 7780 étudiants que compte l’école, beaucoup ont des projets ou des expériences culturelles. D’un côté « certains ont déjà signé un album en indépendant, mais ont tout laissé tomber pour aller en fac ou en prépa », de l’autre « beaucoup de gens, comme moi à l’époque, ont envie d’apprendre à bosser dans le management culturel ». Avec d’autres étudiants, il a l’idée de créer un label pour des musiciens étudiants, géré par des étudiants, réalisant ainsi un « petit laboratoire pour ceux qui veulent se frotter au management culturel ». Son nom : Nymphony Records, aux débuts très éclectiques, les organisateurs recrutant surtout dans leur vivier de base, les étudiants de l’école. Si la plupart des artistes sont électro, on trouve aussi deux rappeurs, une chanteuse entre jazz et soul, et un groupe de pop-rock. « Un pari risqué parce qu’on ne manage pas de la même façon un artiste de rock et un artiste électro », reprend Vincent. Deux ans plus tard, l’organisation se recentre sur la musique électronique. Une mutation logique qui permet à Nymphony de s’imposer et de devenir l’un des quatre piliers du milieu techno de la ville, avec Carton-Pâtes Records, MicroPop et Retour de scène. « C’est devenu un label complet », s’occupant également du management d’artistes, des activités de booking, ainsi que du mastering et du pressage d’albums physique en CD et vinyles.

FAIRE PARTIE DE LA FAMILLE

Si tous les étudiants de l’école peuvent candidater pour travailler dans l’association, des professionnels viennent les former sur des enjeux économiques et musicaux précis. « Ce qui m’intéressait le plus c’était la gestion des carrières des artistes », confie Vincent Locanetto. Pour Mila Dietrich, DJ et productrice marseillaise fièrement estampillée Nymphony, c’est aussi l’intérêt : « Être signée sur un label fixe me permet de me sentir encouragée, j’ai l’impression de faire partie de la famille. » Pour son dernier EP récemment sorti, « on a eu une grosse discussion artistique, ils ont pris le temps d’écouter et de me faire des retours. C’est important cet aller-retour sur mon travail ». Comme la plupart des artistes de l’écurie, Mila Dietrich a été repérée à l’occasion d’un concours de production, le projet phare du label qui se déroule chaque année entre avril et mai. Les artistes issus de ce concours sont ensuite choisis pour apparaître aux côtés des signatures maison sur une compilation annuelle de dix à douze morceaux pressée à plus de 10 000 exemplaires.

Au sein de l’école, le label est largement cité par les candidats lors de l’épreuve des oraux de motivation d’entrée à l’école, et jouit d’une forte demande d’adhésion, et ce depuis sa création. Mais l’an dernier, ils n’étaient que 45 étudiants à être sélectionnés. Un écrémage nécessaire puisque les nouveaux adhérents sont formés pendant l’année afin de devenir les responsables de labels de demain, Nymphony se voulant comme une start-up, une sorte d’incubateur à artistes, mais aussi à managers culturels.

UN MOT D’ORDRE : LA DEBROUILLE 

Le label est également parfaitement intégré au niveau pédagogique via le parcours associatif, un cursus permettant à des étudiants de bénéficier d’un emploi du temps aménagé, des cours le matin et leurs activités associatives l’après-midi. Béatrice Nerson, directrice adjointe de l’ESC Grenoble (une des écoles de GEM), assure qu’ils sont 160 par an dans ce cas. De plus, le label collabore dans le cadre d’un cours de gestion de projet. Soixante groupes de dix étudiants peuvent réaliser des travaux en rapport avec l’école et ses associations. « Le cours donne les outils et la méthodologie pour gérer des projets de toutes sortes. » Et justement, l’année dernière, l’un d’eux était dédié à Nymphony. Laureen Toussaint, nouvelle présidente de la Zone Art, l’association qui régit Nymphony, en poste pour un an, a justement participé à cette expérience, qui lui a donné envie de s’investir d’autant plus l’année suivante. « Mon but, quand je suis arrivée à GEM, était d’entrer dans Nymphony parce que je veux travailler dans l’événementiel, dans la musique. Et là, travailler dans le premier label étudiant de France… C’est quand même fou ! »

Le plus dur reste la recherche de financements. Si l’école soutient le projet depuis sa création, elle se refuse à financer à perte. « On est très fiers de toutes nos associations. Nous sommes prêts à verser des subventions de l’école pour les aider à se développer, mais on attend aussi un retour », prévient Béatrice Nerson. Dans le cadre du cours de gestion de projet, l’équipe de Laureen Toussaint a ainsi dû trouver les 3000 euros nécessaires via des partenariats, des appels d’offres ou encore du crowdfunding. De la débrouille… Une pratique courante chez Nymphony qui dispose d’un bureau dédié. Dernier fait d’armes : la négociation d’un partenariat d’une valeur de 1000 euros avec l’assureur MAE et une demande de subvention auprès de l’école pour financer le concours de production de l’année permettant de recruter les nouvelles signatures du label.

Lilian Roux, trésorier de l’association l’an passé, estime que son budget total varie « entre 30 000 et 40 000 euros, dont 3000 dédiés au mastering ». Une évolution rapide en cinq ans. Mais les dirigeants imaginent déjà l’avenir et cherchent à développer la « DJ Academy » permettant aux étudiants de se former gratuitement aux logiciels existants. Pour l’instant déployées en interne, dix séances ont déjà eu lieu. Autre idée, « l’externalisation du label » prévoit Lilian. Après avoir organisé des soirées à Grenoble ou Paris, il envisage d’organiser des événements à Bordeaux ou Marseille. Et demain, Nymphony sera au Batofar. Aujourd’hui l’Isère, demain le monde ?

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