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30 décembre 2016

Dans les photos souvenirs de Bonobo

par Francois Blanc

Extrait de Tsugi 98 (décembre-janvier)

Le champion de Ninja Tune, inspirateur de la vague Superpoze-Fakear-Chet Faker, reviendra le 13 janvier et après quatre ans d’absence avec Migration, un élégant sixième album, et s’est prêté pour nous au jeu de l’interview en images.

Scuba EP

« Oh mon dieu, c’est vieux, mon premier EP en 1999. Un copain de Brighton tenait ce minuscule label, Fly Casual, une référence à une réplique de Star Wars. J’étais à l’université, j’avais fait ça sur du matos tout pourri. J’expérimentais depuis quelque temps, mais ça ne ressemblait à rien, un jour « The Sicilian » a pris forme et je me suis dit : « Merde alors, j’ai fait un morceau entier et rien n’a foiré, c’est à peu près écoutable. » Je passais beaucoup de temps avec Amon Tobin, qui était dans ma fac, il avait déjà signé chez Ninja Tune. Sur le morceau « Scuba », c’est lui qui a fait la ligne de basse et il a aussi fait un remix. Je m’étais toujours dit que le jour où je sortirai un vinyle, ce serait mon accomplissement, je pourrai laisser tomber la musique. C’est marrant quand je suis en DJ-set, je suis en train de jouer de la dance music et il y a des gars prostrés devant le DJ-booth qui tendent leur portable avec écrit dessus leurs « requests » pour des morceaux downtempo d’il y a quinze ans ! Si je m’exécutais, l’ambiance serait franchement bizarre ! »

 

Ninja Tune

Ce logo a été dessiné par Kevin Foakes, alias DJ Food. J’étais fan de Ninja avant de signer, j’avais essayé de les contacter, mais c’est Amon Tobin qui a fait la connexion. C’est marrant, il a sorti ce maxi, « 4 Ton Mantis », mon nom avant Bonobo, je trouvais ça stupide alors je l’ai abandonné et il me l’a piqué. Mais j’ai remixé ce morceau qui est devenu mon premier titre sur Ninja Tune.

Aujourd’hui, quand on pense à Ninja Tune, on pense directement à toi !

Peut-être, mais je suis arrivé alors que le label était bien implanté, la première génération était très orientée scratch, turntablism, cut & paste, de Coldcut à DJ Food. Ensuite il y a eu une vague avec Fink, Amon Tobin ou Cinematic Orchestra, je ne suis que la troisième vague, avec Mr Scruff.


Output Club

C’est mon club de résidence, j’ai commencé fin 2015 car j’ai vécu un moment à New York, Le son est mortel et je joue des sets de six heures, c’est rare que la foule te fasse confiance quand tu prends ton temps, je peux jouer des trucs vraiment bizarres. Beaucoup des morceaux de ce nouvel album ont été testés dans ce club, la réaction du public avait pouvoir de vie ou de mort sur eux ! Certains que je pensais très forts ont été rétrogradés en seconde division, ils sortiront probablement, mais pas sur l’album en lui-même. J’ai beaucoup composé sur la route, puis quand j’ai eu le temps de me poser, de retourner chez moi en Californie, j’ai fait les morceaux plus lents et vocaux, je vis sur les collines dans un endroit isolé.

On ne te connaît pas avant tout pour ta facette dance. Tu aimes toujours autant le deejaying ?

Ça a toujours fait partie de moi, même si beaucoup de mes auditeurs ne se soucient que de mes morceaux plus downtempo et vocaux. J’aime montrer que j’ai une palette variée, je joue pas mal de jazz à Output par exemple. J’aime toujours autant ça, mais j’ai de plus en plus de mal avec le fait de voyager, je vieillis, ça fait une semaine que je suis à Paris et je suis toujours une épave à cause du décalage horaire. Je vais commencer à ralentir un peu, être plus sélectif.

Nick Murphy (Chet Faker)
Crédit photo : Philistine DSGN

Ce bon Nick Murphy ! C’est un de mes meilleurs amis depuis 2013, où il faisait l’ouverture de ma tournée, puis il a déménagé de l’Australie à New York, on a fait plusieurs morceaux ensemble, même si un seul est sur le disque, des trucs assez disco. Et j’ai fait des petites choses sur son nouvel album aussi.

Tes morceaux les plus connus ont des vocalistes, lesquels t’ont laissé la marque la plus forte ?

Andreya Triana bien sûr, elle a chanté pour moi et j’ai produit son album. Ça m’a fait sortir de ma zone de confort, c’était un disque assez folk, j’ai rejoué de la guitare, du ukulele, de la mandoline, etc. D’ailleurs sur mon nouvel album, je joue de beaucoup d’instruments.

Los Angeles

C’est l’image que les gens ont de la ville, mais je suis loin des conneries d’Hollywood, je suis dans l’East L.A. Il y a une communauté créative incroyable, pas seulement Flying Lotus et le crew Low End Theory, il y a plein d’autres soirées chouettes, notamment dans des entrepôts de l’ancien quartier industriel, comme les Restless Nites ou Rhonda (le “Palais de la fête pansexuelle”, selon l’équipe du lieu, ndr), de grosses soirées gay où j’ai joué et vu DJ Harvey, Guy Gerber, Floating Points… Dans ma rue, il y a Grizzly Bear, Vampire Weekend, Jon Hopkins vient de s’installer aussi. Los Angeles décolle vraiment et tout le monde semble y mettre beaucoup de bonne volonté, New York est tellement chère, et la ville a tellement changé, menacée dans sa vie nocturne comme peut l’être Londres, que Los Angeles prend le relais. Et puis c’est tellement relaxant de vivre là-bas, retiré.

Fakear
Crédit photo : Boby Allin

Il a joué à ma soirée Warehouse Project, où j’avais invité Lone, Jon Hopkins, Maribou State et Gilles Peterson. Il bosse avec Andreya Triana d’ailleurs. J’ai entendu parler de lui en venant en France !

Il y a toute une nouvelle génération qui parle de toi comme d’une référence.

Ah bon ? Fakear est un mec talentueux, je l’ai remarqué quand il a joué avant moi aux Folies Bergères (fin 2014, ndr). On n’a jamais beaucoup échangé hélas. Je m’isole avant de jouer, ça a toujours été comme ça.

Un sèche-linge

J’enregistre plein de sons un peu partout, j’ai un petit dictaphone sur moi, comme on trimballe un appareil photo. Je ne sors pas pour enregistrer des choses, mais si j’entends quelque chose, hop, je l’enregistre. Souvent les choses les plus triviales font des bruits intéressants. Notamment ce sèche-linge qui tournait backstage à un de mes concerts à Boston et lavait les chiffons du bar. Le bruit m’a semblé cool. De manière générale, je bloque sur des sons répétitifs, des boucles. Tout ce qui est musical, quand des mecs jouent des percussions dans la rue par exemple, fonctionne moins bien sur un morceau. Plus c’est abstrait, mieux ça marche. (Il fouille son téléphone) À l’aéroport à Porto il y a quelques jours, j’ai enregistré les bruits de cette chaise étrange et j’ai décidé d’en faire un morceau pendant les deux heures d’avion, seulement avec des sons assez basiques sur l’ordinateur.

Tu aimes travailler dans la contrainte.

Tout à fait, ça fait partie de mon background, sur l’EP Scuba, je ne pouvais avoir que huit pistes différentes. Aujourd’hui on peut travailler avec des possibilités infinies, mais j’aime avoir un périmètre défini.

Kompakt Records

J’étais dans les studios berlinois de Kompakt récemment, avec l’un de ses producteurs, Dauwd, on a fait un peu de musique ensemble, c’était plutôt cool. Mais Berlin est pour moi un endroit étrange, ce son techno est complètement saturé, il y a tellement de musiciens sur place… J’ai beaucoup bougé, mais je n’ai jamais eu envie de déménager à Berlin. Je pense vraiment que Berlin n’a pas besoin d’un putain de producteur de plus. J’aime beaucoup la ville pourtant, j’aime y jouer.

Y a-t-il des scènes, des pays qui ne se sont jamais ouverts à toi ?

À chaque fois que je suis invité à jouer dans des évènements EDM américains, genre Ultra à Miami, c’est la catastrophe avec ce public à l’attention très faible, qui a besoin de montagnes russes, des grosses montées et des gros drops. La bonne nouvelle, c’est que vu que le public ne réagit pas, je n’ai pas à y remettre les pieds. Ils ne comprennent pas comment ils doivent réagir face à moi, qui ne suis pas du genre à sauter dans mon DJ booth, d’ailleurs mes bras ne montent pas plus haut que la hauteur du matos sur ma table.

On parlait de Ninja Tune et Kompakt, il y a d’autres labels qui te fascinent ?

Mon label préféré c’est sûrement Erased Tapes, avec Nils Frahm bien sûr, mais aussi Rival Consoles, etc. J’adore son esthétique, ce truc néoclassique mêlé à une facette électronique underground.

Migration est attendu sur Ninja Tune pour le 13 janvier. Le premier single « Kerala » est déjà sorti :

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