Dans les photos souvenirs de Bonobo

Extrait de Tsu­gi 98 (décembre-janvier)

Le cham­pi­on de Nin­ja Tune, inspi­ra­teur de la vague Superpoze-Fakear-Chet Fak­er, revien­dra le 13 jan­vi­er et après qua­tre ans d’absence avec Migra­tion, un élé­gant six­ième album, et s’est prêté pour nous au jeu de l’interview en images.

Scu­ba EP

Oh mon dieu, c’est vieux, mon pre­mier EP en 1999. Un copain de Brighton tenait ce minus­cule label, Fly Casu­al, une référence à une réplique de Star Wars. J’étais à l’université, j’avais fait ça sur du matos tout pour­ri. J’expérimentais depuis quelque temps, mais ça ne ressem­blait à rien, un jour “The Sicil­ian” a pris forme et je me suis dit : “Merde alors, j’ai fait un morceau entier et rien n’a foiré, c’est à peu près écoutable.” Je pas­sais beau­coup de temps avec Amon Tobin, qui était dans ma fac, il avait déjà signé chez Nin­ja Tune. Sur le morceau “Scu­ba”, c’est lui qui a fait la ligne de basse et il a aus­si fait un remix. Je m’étais tou­jours dit que le jour où je sor­ti­rai un vinyle, ce serait mon accom­plisse­ment, je pour­rai laiss­er tomber la musique. C’est mar­rant quand je suis en DJ-set, je suis en train de jouer de la dance music et il y a des gars prostrés devant le DJ-booth qui ten­dent leur portable avec écrit dessus leurs “requests” pour des morceaux down­tem­po d’il y a quinze ans ! Si je m’exécutais, l’ambiance serait franche­ment bizarre !”

 

Nin­ja Tune

Ce logo a été dess­iné par Kevin Foakes, alias DJ Food. J’étais fan de Nin­ja avant de sign­er, j’avais essayé de les con­tac­ter, mais c’est Amon Tobin qui a fait la con­nex­ion. C’est mar­rant, il a sor­ti ce maxi, “4 Ton Man­tis”, mon nom avant Bonobo, je trou­vais ça stu­pide alors je l’ai aban­don­né et il me l’a piqué. Mais j’ai remixé ce morceau qui est devenu mon pre­mier titre sur Nin­ja Tune.

Aujourd’hui, quand on pense à Nin­ja Tune, on pense directe­ment à toi !

Peut-être, mais je suis arrivé alors que le label était bien implan­té, la pre­mière généra­tion était très ori­en­tée scratch, turntab­lism, cut & paste, de Cold­cut à DJ Food. Ensuite il y a eu une vague avec Fink, Amon Tobin ou Cin­e­mat­ic Orches­tra, je ne suis que la troisième vague, avec Mr Scruff.


Out­put Club

C’est mon club de rési­dence, j’ai com­mencé fin 2015 car j’ai vécu un moment à New York, Le son est mor­tel et je joue des sets de six heures, c’est rare que la foule te fasse con­fi­ance quand tu prends ton temps, je peux jouer des trucs vrai­ment bizarres. Beau­coup des morceaux de ce nou­v­el album ont été testés dans ce club, la réac­tion du pub­lic avait pou­voir de vie ou de mort sur eux ! Cer­tains que je pen­sais très forts ont été rétro­gradés en sec­onde divi­sion, ils sor­tiront prob­a­ble­ment, mais pas sur l’album en lui-même. J’ai beau­coup com­posé sur la route, puis quand j’ai eu le temps de me pos­er, de retourn­er chez moi en Cal­i­fornie, j’ai fait les morceaux plus lents et vocaux, je vis sur les collines dans un endroit isolé.

On ne te con­naît pas avant tout pour ta facette dance. Tu aimes tou­jours autant le dee­jay­ing ?

Ça a tou­jours fait par­tie de moi, même si beau­coup de mes audi­teurs ne se soucient que de mes morceaux plus down­tem­po et vocaux. J’aime mon­tr­er que j’ai une palette var­iée, je joue pas mal de jazz à Out­put par exem­ple. J’aime tou­jours autant ça, mais j’ai de plus en plus de mal avec le fait de voy­ager, je vieil­lis, ça fait une semaine que je suis à Paris et je suis tou­jours une épave à cause du décalage horaire. Je vais com­mencer à ralen­tir un peu, être plus sélec­tif.

Nick Mur­phy (Chet Fak­er)
Crédit pho­to : Philis­tine DSGN

Ce bon Nick Mur­phy ! C’est un de mes meilleurs amis depuis 2013, où il fai­sait l’ouverture de ma tournée, puis il a démé­nagé de l’Australie à New York, on a fait plusieurs morceaux ensem­ble, même si un seul est sur le disque, des trucs assez dis­co. Et j’ai fait des petites choses sur son nou­v­el album aus­si.

Tes morceaux les plus con­nus ont des vocal­istes, lesquels t’ont lais­sé la mar­que la plus forte ?

Andreya Tri­ana bien sûr, elle a chan­té pour moi et j’ai pro­duit son album. Ça m’a fait sor­tir de ma zone de con­fort, c’était un disque assez folk, j’ai rejoué de la gui­tare, du ukulele, de la man­do­line, etc. D’ailleurs sur mon nou­v­el album, je joue de beau­coup d’instruments.

Los Ange­les

C’est l’image que les gens ont de la ville, mais je suis loin des con­ner­ies d’Hollywood, je suis dans l’East L.A. Il y a une com­mu­nauté créa­tive incroy­able, pas seule­ment Fly­ing Lotus et le crew Low End The­o­ry, il y a plein d’autres soirées chou­ettes, notam­ment dans des entre­pôts de l’ancien quarti­er indus­triel, comme les Rest­less Nites ou Rhon­da (le “Palais de la fête pan­sex­uelle”, selon l’équipe du lieu, ndr), de gross­es soirées gay où j’ai joué et vu DJ Har­vey, Guy Ger­ber, Float­ing Points… Dans ma rue, il y a Griz­zly Bear, Vam­pire Week­end, Jon Hop­kins vient de s’installer aus­si. Los Ange­les décolle vrai­ment et tout le monde sem­ble y met­tre beau­coup de bonne volon­té, New York est telle­ment chère, et la ville a telle­ment changé, men­acée dans sa vie noc­turne comme peut l’être Lon­dres, que Los Ange­les prend le relais. Et puis c’est telle­ment relax­ant de vivre là-bas, retiré.

Fakear
Crédit pho­to : Boby Allin

Il a joué à ma soirée Ware­house Project, où j’avais invité Lone, Jon Hop­kins, Mari­bou State et Gilles Peter­son. Il bosse avec Andreya Tri­ana d’ailleurs. J’ai enten­du par­ler de lui en venant en France !

Il y a toute une nou­velle généra­tion qui par­le de toi comme d’une référence.

Ah bon ? Fakear est un mec tal­entueux, je l’ai remar­qué quand il a joué avant moi aux Folies Bergères (fin 2014, ndr). On n’a jamais beau­coup échangé hélas. Je m’isole avant de jouer, ça a tou­jours été comme ça.

Un sèche-linge

J’enregistre plein de sons un peu partout, j’ai un petit dic­ta­phone sur moi, comme on trim­balle un appareil pho­to. Je ne sors pas pour enreg­istr­er des choses, mais si j’entends quelque chose, hop, je l’enregistre. Sou­vent les choses les plus triv­iales font des bruits intéres­sants. Notam­ment ce sèche-linge qui tour­nait back­stage à un de mes con­certs à Boston et lavait les chif­fons du bar. Le bruit m’a sem­blé cool. De manière générale, je bloque sur des sons répéti­tifs, des boucles. Tout ce qui est musi­cal, quand des mecs jouent des per­cus­sions dans la rue par exem­ple, fonc­tionne moins bien sur un morceau. Plus c’est abstrait, mieux ça marche. (Il fouille son télé­phone) À l’aéroport à Por­to il y a quelques jours, j’ai enreg­istré les bruits de cette chaise étrange et j’ai décidé d’en faire un morceau pen­dant les deux heures d’avion, seule­ment avec des sons assez basiques sur l’ordinateur.

Tu aimes tra­vailler dans la con­trainte.

Tout à fait, ça fait par­tie de mon back­ground, sur l’EP Scu­ba, je ne pou­vais avoir que huit pistes dif­férentes. Aujourd’hui on peut tra­vailler avec des pos­si­bil­ités infinies, mais j’aime avoir un périmètre défi­ni.

Kom­pakt Records

J’étais dans les stu­dios berli­nois de Kom­pakt récem­ment, avec l’un de ses pro­duc­teurs, Dauwd, on a fait un peu de musique ensem­ble, c’était plutôt cool. Mais Berlin est pour moi un endroit étrange, ce son tech­no est com­plète­ment sat­uré, il y a telle­ment de musi­ciens sur place… J’ai beau­coup bougé, mais je n’ai jamais eu envie de démé­nag­er à Berlin. Je pense vrai­ment que Berlin n’a pas besoin d’un putain de pro­duc­teur de plus. J’aime beau­coup la ville pour­tant, j’aime y jouer.

Y a‑t-il des scènes, des pays qui ne se sont jamais ouverts à toi ?

À chaque fois que je suis invité à jouer dans des évène­ments EDM améri­cains, genre Ultra à Mia­mi, c’est la cat­a­stro­phe avec ce pub­lic à l’attention très faible, qui a besoin de mon­tagnes russ­es, des gross­es mon­tées et des gros drops. La bonne nou­velle, c’est que vu que le pub­lic ne réag­it pas, je n’ai pas à y remet­tre les pieds. Ils ne com­pren­nent pas com­ment ils doivent réa­gir face à moi, qui ne suis pas du genre à sauter dans mon DJ booth, d’ailleurs mes bras ne mon­tent pas plus haut que la hau­teur du matos sur ma table.

On par­lait de Nin­ja Tune et Kom­pakt, il y a d’autres labels qui te fasci­nent ?

Mon label préféré c’est sûre­ment Erased Tapes, avec Nils Frahm bien sûr, mais aus­si Rival Con­soles, etc. J’adore son esthé­tique, ce truc néo­clas­sique mêlé à une facette élec­tron­ique under­ground.

Migra­tion est atten­du sur Nin­ja Tune pour le 13 jan­vi­er. Le pre­mier sin­gle “Ker­ala” est déjà sor­ti :

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