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Crédit photo : Mads Perch
22 juin 2017

Dégustation à l’aveugle : Alt-J passe l’épreuve du blindtest

par Francois Blanc

Article extrait de Tsugi 103, disponible en kiosque et à la commande ici.

L’un des groupes majeurs de la scène indie rock anglaise sort déjà son troisième album, cinq ans après le premier. L’occasion d’un blind-test avec Joe, le chanteur, et Gus, le claviériste.

  • Nina Simone – « The House Of The Rising Sun »

Extrait de l’album Nina Simone Sings The Blues

Gus : C’est la version de Nina Simone, mais on reprend aussi cette chanson dans le nouvel album.

Tsugi : Vous avez toujours tracé un chemin très singulier, c’est surprenant de vous voir vous emparer d’une des chansons les plus reprises de l’histoire.

Gus : C’est un tel classique qu’on ne nous attend pas sur ce terrain. Mais c’est une chanson avec laquelle on a grandi, cette idée de reprise est venue naturellement quand Joe jouait de la guitare.

Joe : On l’a reprise de manière vraiment différente. J’avais une petite mélodie en tête et le texte de ce classique m’est venu. Le premier couplet est emprunté à la version de Woody Guthrie, le deuxième couplet est à nous, les parties de guitares sont très différentes, on n’a emprunté que le titre et une partie des paroles.

Gus : Faire des reprises, on n’aime pas vraiment ça, surtout quand on nous le réclame, comme les émissions de radio qui te demandent des reprises exclusives. Comme si ça sortait comme ça de réarranger un morceau à notre sauce !

  • The Films – « Black Shoes »

Extrait de l’album Don’t Dance Rattlesnake

(Ils ne trouvent pas)

Tsugi : C’est le groupe américain The Films, il paraît que vous vous appeliez Films à vos débuts et que vous avez été forcés de changer.
Gus : On a vu l’orage arriver, notre manager nous a prévenus des potentielles emmerdes légales qui pouvaient nous tomber dessus. Ça arrive à beaucoup de jeunes groupes, c’est dur de trouver un nom original.

Joe : On n’avait pas trop pensé à ça avant cet épisode, on était concentré sur l’écriture de chansons et on n’avait pas anticipé ce stress potentiel. Notre premier nom, c’était Daljit Dhaliwal, ce qui n’était pas vraiment une bonne idée non plus puisque même moi je ne savais pas l’écrire. (rires) Films n’était pas mieux, impossible à googler. On a galéré à en trouver un nouveau, moi j’aimais bien Napoleon.

Gus : Moi je voulais The Marines. On a même pensé au nom Colour Colour, quelle horreur ça aurait été ! Ça a duré longtemps. Very Heavy était une autre option, que j’aimais bien.

Joe : Je me souviens du moment où Gwil (l’ancien bassiste du groupe, ndr), est venu me dire: “Je crois que j’ai trouvé le nom.” Et on lui a dit de fermer sa gueule.

Gus : Bizarre qu’il ait choisi de quitter le groupe. (rires) Il a proposé alt-J, on ne comprenait même pas ce qu’il disait. On en avait tellement marre de plancher sur le nom que cette idée bizarre a semblé rigolote, avec le fait que sur certains ordinateurs si tu tapes alt-J, tu obtiens le triangle qui nous a servi de logo.

Tsugi : Le pire c’est que le groupe The Films est mort avant votre premier album.
Gus : On pensait à ça l’autre jour, mais ils pourraient quand même nous faire un procès, vu qu’il y a un back-catalogue…

  • Kaiser Chiefs – « Ruby »

Extrait de l’album Stay Together

Gus : Kaiser Chiefs, un groupe de Leeds, d’où l’on vient. On les croisait parfois en ville et c’était un petit évènement quand ils débarquaient dans un bar, les héros locaux. Mais on… (il hésite) n’aimait pas franchement Kaiser Chiefs. J’ai eu ma phase Kaiser Chiefs, quand je devais avoir 14 ou 15 ans, avec leur premier album, mais c’était plutôt un truc d’ado. Après tu te sens très vite trop cool pour Kaiser Chiefs. (rires) C’est marrant Ricky, le chanteur, est devenu coach de The Voice, en annonçant qu’il faisait ça pour relancer la carrière du groupe. Et ça a marché, l’album de 2014 était numéro 1.

Tsugi : Qui sont vos héros de Leeds ?

Gus : Quand j’étais adolescent, j’adorais le groupe Forward Russia. Quelques années après les débuts d’alt-J, on était en concert et l’ingénieur du son de la salle était le chanteur de Forward Russia! Je suis tombé sur le cul : “Mec, j’avais ton autographe.”

 

  • Koji Kondo – « The Legend Of Zelda Theme »

Gus : C’est un générique de dessin animé ?

Tsugi : Non, le thème principal du jeu vidéo Zelda. Vous avez créé un jeu vidéo pour promouvoir le nouvel album…

Gus : On a trouvé la pochette de l’album en faisant une capture d’écran d’une image de LSD: Dream Emulator (un jeu d’exploration en 3D culte et trippé de 1998. Sa BO a remixée par μ-Ziq ou Morgan Geist, ndr). Il est devenu l’inspiration visuelle globale de l’album, les pochettes des singles, le design du site web, etc. Jusqu’à ce qu’un esprit brillant, je ne sais plus qui, propose de carrément recréer le jeu de manière simpliste sur notre site. C’est une manière fun d’offrir du contenu aux fans, qui peuvent trouver des vidéos ou photos à travers le jeu. Thom (le batteur du groupe, présent dans la pièce, mais resté à l’écart, ndr) adore les jeux vidéos.

Tsugi : C’est fatigant pour un groupe de devoir penser à tant de choses, au- delà de la musique ?
Joe : Si c’est gérer un compte Instagram, ça va encore. On prend en photo des trucs cons, ça ne nous demande pas tant d’efforts que ça. Mais le jargon d’attaché de presse envahit vite nos journées et me fatigue, ça m’emmerde.

Gus : Les fans ne sont pas débiles, ils se rendent compte de ce qui vient de nous sur nos réseaux et de ce qui est écrit par le label. Ça se voit que c’est le label qui a écrit le message quand sur Twitter notre compte dit: “On est super excité de revenir à Paris cet été jouer à Lollapalooza.”

Joe : D’ailleurs quand on a annoncé les dates de la tournée, on a eu 10 000 likes, et grâce à une vidéo où l’on a empalé un ourson en guimauve sur des pics anti-pigeons, on en a eu cinq fois plus. (rires)

  • DJ Raff – « Latino N’ Proud »

Générique de la série Broad City

(ils sèchent)

Tsugi : C’est le générique de la série Broad City. Votre musique est de toutes les séries. À quel point contrôlez-vous où elle apparaît ?

Joe : Jamais entendu parler de celle-là !

Gus : On reçoit plein d’emails de demandes de synchros, où l’on nous sollicite pour prêter notre musique à telle émission, lm, etc. Mais c’est toujours de l’hypothétique, on donne notre accord, mais la plupart du temps la chanson n’est pas utilisée. Alors on approuve à la chaîne. J’ai entendu l’une de nos chansons à la télé dans une pub pour le site de rencontre match.com, je me suis dit : “Ah bon, j’avais donné mon accord pour ça ?” J’ai retrouvé mon accord dans mes mails. Mais c’est cool, on a bien été payé, ça ne me dérange pas.

Joe : Un certain nombre de nos fans nous ont découverts grâce à des séries télé. À l’inverse, moi je découvre des séries télé parce que nos fans nous disent qu’ils y ont entendu notre musique !

Gus : Des chansons sont devenues célèbres uniquement grâce à la télé, je me souviens ado de cette chanson d’Imogen Heap à la fin de la saison 2 de The O.C., “Hide And Seek”. À cette époque, des groupes se produisaient même en live dans certaines séries. J’aurais adoré faire ça.

Joe : Tu parles, il faut mimer sans faire de bruit pour qu’on entende les dialogues, quel enfer.

Tsugi : Quel est le contexte le plus étrange dans lequel votre musique été utilisée ?

Gus : Tous les trois mois, on reçoit des rapports qui listent tous les endroits où notre musique a été utilisée. Je crois bien qu’on a déjà gagné cinquante centimes pour une diffusion sur une chaîne de porno. Genre une musique de fond de pub pour téléphone rose.

  • Miley Cyrus – « We Can’t Stop »

Extrait de l’album Bangerz

Gus : C’est Miley. Il y a peut-être trois ans, elle avait tweeté qu’elle était fan du groupe, ce qui nous a amené beaucoup de monde. Ensuite elle a demandé si on voulait faire un remix d’un de ses morceaux, Thom s’y est collé parce que c’est le producteur du groupe. Du coup, on avait les parties vocales du morceau dans nos disques durs quelque part quand on composait le deuxième album. On a utilisé des samples de sa voix sur le morceau “Hunger Of The Pine”.

Tsugi : Vous avez déjà été en contact direct ?
Gus : On s’est même vus deux fois, elle est venue nous voir jouer à Los Angeles et on est allé la voir jouer à Londres. Et à chaque fois elle passait son temps à fumer de la weed. Elle est très cool… et elle aime vraiment beaucoup la weed.
Tsugi : C’est une idée absolument stupide de vous imaginer collaborer pour de bon ?
Joe : Ce n’est pas stupide, on ne ferme aucune porte, mais on ne ressent pas le besoin de collaborer. Si on le voulait, on pourrait être en contact avec n’importe qui… et ils nous diraient tous non. (rires)

  • Alice Coltrane feat. Pharoah Sanders – « Journey In Satchidananda »

Extrait de l’album Journey In Satchidananda

Gus : Je vais trouver ! (il ne trouve pas)

Tsugi : Alice Coltrane dans une de ses périodes très mystiques. D’où vient tout le mysticisme de votre musique ?

Gus : Je crois que nous sommes dirigés par notre imagination. Quand on fait de la musique, on vit dans un monde imaginaire, la musique et les paroles viennent de ce monde alternatif. J’ai toujours écouté des trucs assez étranges. Beaucoup de très vieille musique d’il y a 500 ou 600 ans, des polyphonies vocales et chants anciens d’Europe, France, Italie, etc. C’est l’équivalent musical des peintures des grottes, de la musique qu’on ne peut attribuer à personne, comme provenant d’un autre monde.

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