Crédit : Hugo Pillard

Dégustation à l’aveugle : Tim Dup passe l’épreuve du blindtest

Tim Dup sera les 14 et 15 décem­bre en con­cert à Paris (Les Étoiles). Repéré dans Tsu­gi l’an dernier à la faveur d’un foudroy­ant maxi Vers les ours­es polaires, le jeune Tim Dup (22 ans) con­firme avec son pre­mier album une per­son­nalité pas­sion­nante qui touche à la fois à la chan­son française, à l’électronique et au hip-hop. À l’image de ce blind­test, pub­lié dans le Tsu­gi 107 :

Jacques Brel — “Jef”

Extrait de l’album Jef.

C’est Jacques Brel, mais je ne me sou­viens pas de la chan­son. Je crois avoir dit un jour en inter­view que Brel, c’était le slam d’aujourd’hui. Ses textes sont très fleuves, il y a déjà cette idée de ne pas avoir de struc­tures organisées. En tout cas quand on écoute, c’est la sen­sa­tion que l’on a, d’être promené du cou­plet au refrain, comme emporté par une vague. C’est com­mun au hip-hop. C’est pour ça que beau­coup de rappeurs dis­ent être influencés par lui. Et c’est un mec qui a su racon­ter son époque. Mais je ne l’ai pas tant écouté que ça. Dans la chan­son française, c’est mar­rant de voir les différentes générations : d’abord Brel, Brassens, puis Sou­chon, Voulzy et enfin Del­erm, Beau­pain, Thomas Fersen. C’est celle-là que j’ai le plus écoutée avec mon père. Je me considère faire par­tie de la chan­son dans le sens où je racon­te des his­toires avec un regard qui n’est pas un juge­ment, mais qui observe.

Bob Marley — “Buffalo Soldier”

Extrait de l’album Leg­end.

Pen­dant un an, j’ai fait par­tie d’un groupe de reg­gae, c’était génial, j’ai adoré cette période. J’avais 16 ans, j’étais au lycée et une fois par semaine j’allais répéter à Ram­bouil­let dans une cave-studio. Les mecs avec qui je jouais avaient tous 30 piges, ils buvaient des bières, ils fumaient des pétards. Moi j’étais tout sage, mes par­ents me con­dui­saient aux répets’. (rires) Je jouais des claviers, mais bon, au bout d’un an, dans un groupe de reg­gae, on se fait chi­er. De temps en temps sur un morceau, tu as des solos, tu sors ton mélodica et puis hop c’est fini, sinon c’est beau­coup de ponts. Mais j’ai adoré, car c’est vrai­ment la musique du partage. Ça fait bouger tout le monde. J’ai com­mencé le piano parce qu’il y en avait un à la mai­son. Mes par­ents voulaient que l’on découvre tous un instru­ment. J’étais hyper flem­mard, mais j’ai aimé le con­tact avec l’instrument. Je n’étais pas très fort, mais j’ai eu très vite envie de l’accaparer. Je n’ai pas un niveau de con­certiste, j’ai beau­coup de mal avec le déchiffrage. Mais ce n’est pas forcément nécessaire dans la chan­son, où il n’est ques­tion que d’accompagnement. J’aime énormément la musique électronique du coup, j’essaie quand même que ma musique soit à degré égal avec le texte qu’elle doit servir.

Oxmo Puccino — “J’ai mal au mic”

Extrait de l’album L’Amour est mort.

Ah l’Oxmo ! Mag­nifique. Le hip-hop c’est l’influence qui est arrivée le plus tard chez moi. J’ai com­mencé par Oxmo, ensuite j’ai écouté Gaël Faye, Orel­san, MC Solaar. Au départ, j’ai écouté énormément de rock, et on avait même un groupe à la fac où on fai­sait des repris­es de rock­a­bil­ly. En fait, je suis passé par tous les styles. Aujourd’hui je pense avoir trou­vé le mien, mais il m’a fal­lu du temps. Le hip-hop est venu également en fac. Aujourd’hui, j’aime surtout Kanye West, Child­ish Gam­bi­no, Frank Ocean que j’écoute en boucle. Tous ces artistes sont en train de m’influencer dans l’écriture de mon sec­ond album. Le hip-hop, c’est la musique pop­u­laire comme l’était le rock dans les années 70. Je trou­ve que les 20/30 ans aiment beau­coup de musiques et sans rejet. Mon frère aîné, qui a 35 ans, était, lui, vrai­ment en rup­ture avec la musique qu’écoutaient mes par­ents, alors que nous, on écoute tout.

Daft Punk — “Revolution 909”

Extrait de l’album Home­work.

Ça doit être Daft Punk. Mais ce n’est qu’à par­tir de Dis­cov­ery que je les ai vrai­ment écoutés. Ils m’ont amené à la musique électronique. Il y a con­stam­ment un truc qui monte, c’est la musique de la ten­sion. J’aime bien aller en soirée, je ne suis pas fan des boîtes de nuit, surtout le lieu, ce que ça représente, je trou­ve que c’est hyper triste. Les gens se dégomment la gueule et il y a un truc un peu névrosé dans la boîte de nuit. J’ai de la chance de faire quelque chose qui me plaît. Parce que j’ai plein de copains qui bossent la semaine et qui ne kif­f­ent pas trop ce qu’ils font, du coup ils atten­dent le week-end avec impa­tience et ils vont en boîte, ils pren­nent des drogues. Moi je ne suis pas trop dans ce truc-là. Mais par con­tre, j’aime vache­ment danser. On est une génération où on se la colle jeune et bizarrement j’en reviens un peu alors que je ne suis pas si vieux. Main­tenant je trou­ve ça très drôle de faire des soirées qua­si­ment à jeun alors que les autres sont dans la cinquième dimen­sion. On prof­ite vache­ment plus.

Mac DeMarco — “This Old Dog”

Extrait de l’album This Old Dog.

C’est ma plus grosse claque de ces dernières années. J’aime beau­coup sa sincérité, même si tu as l’impression que c’est un jeu, qu’il ne se prend pas trop au sérieux. Il com­pose des chan­sons vrai­ment mag­nifiques. J’ai revu sur Cul­ture­box son live à Rock en Seine, c’est génial, le mec est telle­ment spon­tané. C’est mon côté pop, c’est ce que j’ai le plus écouté enfant, les Bea­t­les, Cat Stevens… Les artistes qui m’ont donné envie de com­pos­er des chan­sons ce sont des artistes très pop comme Jason Mraz, Yael Naïm et Jack John­son. J’écoutais ça en troisième. Ils font des grandes chan­sons avec très peu de choses. Les Bea­t­les c’était vrai­ment mon pre­mier choc musi­cal. Je ne me suis jamais lassé de les écouter, c’est le seul groupe comme ça. Abbey Road est un album qui est fou. Dans leurs chan­sons, tout est à sa place et de manière opti­male. Alors qu’il y a des artistes où tu te dis : “Ah, moi, je n’aurais pas fait ça comme ça !””

Fauve — “Les hautes lumières”

Extrait de l’album Vieux Frères — Par­tie 2.

C’est ma préférée de Fauve. C’est une ressem­blance que l’on me fait sou­vent remar­quer : “Ha, ça fait penser à du Fauve.” Je ne renie pas du tout, mais je n’ai jamais écouté Fauve, sauf quand on m’en a par­lé et où je me suis dit : “Je vais peut-être écouter quand même !” (rires) Mais avec Quentin, le chanteur, avec qui je suis bien copain main­tenant, on a des influ­ences com­munes. Il y a un côté très urgent et brut chez eux. Il y a ce côté aus­si un peu je-m’en-foutiste : je vais au bout de ce que je fais, que cela marche ou pas. Ils n’ont jamais eu de com­pro­mis artis­tique et moi non plus, même si je bataille parce que ce n’est pas tou­jours facile. Les gens investis­sent sur moi, donc il faut essay­er de con­tenter un peu tout le monde, je m’adapte. Mais les con­vic­tions artis­tiques, ce n’est pas un truc négociable.

Alexandre Tharaud — “Septembre (avec Camélia Jordana)”

Extrait de l’album Bar­bara.

“Sep­tem­bre” ? C’est l’original ? Non, c’est sur l’album d’Alexandre, c’est une de mes préférés dessus. Bar­bara, c’est un mythe donc il y a tout un pan de la pop­u­la­tion, dont les grands insti­ga­teurs de la chronique chan­son en France, qui dis­ent : “Non, on ne reprend pas Bar­bara.” Eh bien je trou­ve cet album très élégant, parce qu’il est respectueux, mais tous les interprètes du disque ont essayé de se réapproprier les chan­sons, quitte à les amen­er dans leurs univers. On me sol­licite de plus en plus pour des pro­jets. On s’entend très bien avec Gaël Faye, donc on fera des morceaux ensem­ble. Je fais un fea­tur­ing en français sur l’album de Synap­son, et j’ai écrit deux chan­sons sur le prochain album de Louane. Tu vois je ne suis pas quelqu’un de snob dans mon approche de la musique. C’est d’abord basé sur des ren­con­tres. C’est ce qui me plaît dans ce milieu que je com­mence à découvrir. Il y a moins de con­cours d’ego qu’à une époque, peut-être parce que c’est plus dif­fi­cile qu’avant.

Pavane — “Pélléas”

Extrait de l’album pppp.

Ça, c’est Damien Tron­chot, avec un petit sam­ple de Debussy. C’est une ren­con­tre impor­tante. Moi je com­pose, j’arrange, je fais mes maque­ttes, mais je ne suis pas du tout un geek des logi­ciels, je suis lim­ité et je ne pour­rais pas me pro­duire tout seul. Il m’apporte sa créativité, ses tex­tures, qu’on con­fronte aux miennes et on arrive avec ces chan­sons. Je cher­chais un binôme pour le son comme pour l’image, pour qui j’ai trou­vé Hugo Pil­lard. On a beau­coup d’influences com­munes à la fois la chan­son, la musique électronique et nous sommes tous les deux pianistes. On arrange les morceaux tous les deux. On a pris le par­ti avec Damien de n’avoir que de l’électronique sur le disque, à part mon piano et ma voix.

Tim Dup — “Un peu de mélancolie heureuse”

Extrait de l’album Mélan­col­ie heureuse.

Ah, qui est-ce ? (rires) J’ai eu de la chance, l’EP a bien fonc­tionné, cela m’a per­mis de faire plein de con­certs. Mais il ne faut pas en faire des caiss­es, cela ne reste pas grand-chose, même si l’industrie musi­cale s’est tout de suite affolée. Si tu prends l’ensemble de la France, per­son­ne ne me connaît, et c’est un peu dif­fi­cile pour le moment de rem­plir mes dates en province. Faut pren­dre le temps, c’est la clé. J’ai appelé mon album Mélancolie heureuse parce que ça décrit un peu l’ambiance générale. Je n’avais pas d’ambition spéciale, j’essaie de prof­iter petit à petit. Par con­tre, j’espère qu’il y aura du monde aux con­certs. Mes man­agers sont directeurs de la salle EMB à San­nois et du coup ils m’ont trans­mis l’ADN de la scène. Pour eux, il faut que cela fasse dress­er les poils. La base du pro­jet, c’est quelque chose de sincère, j’ai l’impression que l’album l’est et qu’il me ressem­ble, je vais être à l’aise pour aller le défendre et en par­ler.

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