Dirty Projectors, ses obsessions, ses inspirations et ses collaborateurs

Il y a quelques semaines, on est allé à la ren­con­tre de David Longstreth, leader de Dirty Pro­jec­tors, du côté de Pigalle, la tête rem­plie de ques­tions sur ce nou­veau long-format sor­ti ven­dre­di dernier, notre album coup de coeur du mois de févri­er.  Un album mar­qué par sa rup­ture avec Amber Coff­man — qui du coup a quit­té le groupe -, évidem­ment boulever­sant grâce à la voix de David, tou­jours plus étirée, meur­trie et vire­voltante, des sonorités élec­tron­iques pen­sées à la sec­onde et une justesse de l’é­mo­tion à en faire pâlir James Blake. La musique de David Longstreth et de ses nom­breux col­lab­o­ra­teurs (Solange, Ryan Bep­pel, Jim­my Dou­glas, Elon Rut­berg…) y explorent les pos­si­bil­ités de la pop, du r’n’b, de la folk et de l’élec­tro… Un véri­ta­ble lab­o­ra­toire d’ex­plo­rations sonores et émo­tion­nelles.

Tsu­gi : Ce nou­v­el album est beau­coup plus élec­tro que les précé­dents…

Dave Longt­streth : La musique élec­tron­ique me sem­blait l’outil le plus appro­prié. Lorsque je pro­duis, j’aime créer un univers et on a beau­coup plus de lib­ertés avec l’élec­tron­ique, les pos­si­bil­ités sont infinies. Avec le rock par exem­ple, il n’y a plus vrai­ment de sur­prise ou de nou­velles pos­si­bil­ités. L’élec­tron­ique est plus récent donc on peut plus facile­ment innover.

Tu pens­es l’in­stru ou les paroles d’abord ?

Cela dépend de la chan­son. J’ai écrit la musique et les paroles de “Keep Your Name” en même temps par exem­ple.

Même si Amber ne fait plus par­tie du groupe, tu pro­duis son pro­jet solo et tu as sam­plé sa voix sur le titre “Keep Your Name”. Est ce que cela sig­ni­fie que vous allez être amenés à tra­vailler encore tous les deux ?

Tra­vailler sur son album était une super expéri­ence. Sur les anciens albums de Dirty Pro­jec­tors, j’é­tais aux com­man­des et elle était un peu au ser­vice de ma vision, cette fois-ci, c’é­tait l’in­verse. Elle avait ses idées et j’é­tais sim­ple­ment là pour la pro­duc­tion, pour l’aider à trou­ver les sonorités aux­quelles elle avait pen­sé, un son de bat­terie, un écho de sax­o­phone…

Up In Hud­son” est la plus longue chan­son jamais pro­duite de Dirty Pro­jec­tors, pourquoi ce choix ?

Je pense que cela peut avoir cet effet avec ce long solo de gui­tare mais c’est plutôt par rap­port à la longue his­toire qu’elle racon­te. La chan­son devait être com­posée de beau­coup de cou­plets pour la décrire au mieux.

Les titres de cet album par­lent de rup­ture. Quand tu écris les paroles l’in­spi­ra­tion te vient-elle très rapi­de­ment ou alors as tu besoin de temps de réflex­ion pour com­mencer à écrire ? 

Cer­taines vien­nent assez rapi­de­ment et n’ont pas eu besoin de beau­coup de réflex­ion, ça a été le cas pour “Keep Your Name”, d’autres ont pris plus de temps. Cer­taines chan­sons ont eu besoin de murir un peu plus. Par­fois, j’écris des phras­es, des mots qui vien­nent instinc­tive­ment et j’es­saye ensuite de con­stru­ire les paroles avec des rimes.

Pour toi qu’est-ce qu’un bon paroli­er ? Par exem­ple dans ta bio tu cites Drake comme l’un de tes artistes préférés.

Une chose que j’aime avec Drake ou Joni Mitchell par exem­ple, c’est qu’ils ont le sens du détail. Lorsque l’on écoute leurs morceaux, on est emmené dans un univers unique créé par ces nom­breux détails.

C’est le deux­ième album de rup­ture de Dirty Pro­jec­tors, le pre­mier est sor­ti il y a quelques années. Tu dois cer­taine­ment voir les choses dif­férem­ment ?

Oui j’ai écrit cet album alors que j’avais 19 ans, c’é­tait mon pre­mier album, signé sur un label indépen­dant, j’é­tais encore inno­cent. Je ne l’ai pas écouté depuis très longtemps donc je ne sais pas vrai­ment si je vois les choses dif­férem­ment mais cet album est un bon sou­venir et a été impor­tant pour la car­rière de Dirty Pro­jec­tors.

Comme tou­jours tu as col­laboré avec de nom­breux artistes sur Dirty Pro­jec­tors, pourquoi as-tu choisi ces artistes-là ?

Les rythmes étaient très impor­tants pour moi sur cet album. J’ai tra­vail­lé dessus avec les per­cus­sion­nistes Tyondai Brax­ton et Mau­ro Refos­co pour qu’ils soient les plus uniques pos­si­bles. J’avais cer­taines idées et ils m’ont aidé à trou­ver com­ment les réalis­er. Mau­ro a par exem­ple eu l’é­clair de génie de ramen­er des bouts de bois, de métal ou des per­cus des bar­ios du Brésil. Solange a écrit “Cool Your Heart” que D∆WN chante. En bref, cha­cun de mes col­lab­o­ra­teurs m’ont aidé à ren­dre réelles les idées qui étaient dans mon esprit.

Tu réalis­es tes pro­pres clips. Es-tu aus­si per­fec­tion­niste que sur tes musiques ?

Je tra­vaille prob­a­ble­ment aus­si dur sur mes musiques que sur leurs vidéos. En tout cas, c’est un exer­ci­ce que j’ap­pré­cie énor­mé­ment et comme pour mes chan­sons j’aime créer un univers, une his­toire autour. Je porte beau­coup d’im­por­tance aux couleurs que j’u­tilise, pour moi chaque couleur est le miroir d’une émo­tion, cha­cune crée une ambiance dif­férente et par­ti­c­ulière.

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