Crédit : Richard Bellia

Dix titres (et trois bonus) pour s’initier au jazz selon Laurent Garnier

Lau­rent Gar­nier ne fait rien comme tout le monde. C’est notre DJ français préféré, mais c’est aus­si un fan de jazz (nul n’est par­fait). Et quand nous lui avons demandé de nous pro­pos­er une playlist de dix titres ini­ti­a­tiques, il en a livré treize. Sym­pa Lau­rent, mais ce n’est pas ce que l’on t’avait demandé. Allez, c’est vrai­ment parce que c’est toi.

 

  • Miles Davis — “So What” (Colum­bia, 1959) 

Le clas­sique du clas­sique. Gil Evans au piano, Miles Davis et John Coltrane qui se tirent la bourre. Du beau linge. C’est le sax­o­phon­iste Philippe Nadeau qui me l’a offert en me dis­ant “quand tu arriveras à fre­donner les deux solos on fera peut-être quelque chose avec toi”. Il faut écouter ce titre pour com­mencer toute ini­ti­a­tion au jazz.

 

  • Bill Evans — “My Fool­ish Heart” (Mile­stone, 1961) 

L’élé­gance à l’é­tat pur. Un enreg­istrement live extrême­ment min­i­mal, le moment sus­pendu de grâce absolu. La pureté totale, rien à dire d’autre.

 

  • Kip Han­ra­han — “You Can Tell A Guy By His Anger” (Amer­i­can Clavé, 1992) 

C’est Jean-François Bizot, le fon­da­teur du mag­a­zine Actuel, qui m’a fait décou­vrir ce titre d’un avant-gardiste du jazz mod­erne. Kip Han­rahn est sans doute l’un des plus grands mélangeurs de sons et d’artistes. Toute son oeu­vre est intéres­sante, mais si j’ai choisi ce titre, c’est à cause de l’u­til­i­sa­tion de la voix, du slam avant l’heure.

 

  • Art Ensem­ble Of Chica­go — “Theme De Yoyo” (Nes­sa, 1970) 

Un de mes morceaux favoris, sans doute plus com­pliqué à appréhen­der pour les gens qui sont her­mé­tiques au jazz. Un titre extrait d’une musique de film français, Les Stances à Sophie, enreg­istrée à Paris au début des années 70. L’Art Ensem­ble était une tribu d’ac­tivistes et de bar­jots en même temps.

 

  • John Coltrane — “A Love Supreme” (Impulse!, 1964) 

Que dire ? Le sax­o­phon­iste le plus révo­lu­tion­naire de l’his­toire du jazz. Il existe un boot­leg house de ce titre sub­lime, que je joue régulière­ment. Tous ceux qui détes­tent le sax­o­phone devraient écoute “A Love Supreme” pour chang­er d’avis.

 

  • George Gruntz — “Hal-Lucy‑n’-o’-One Step” (MPS, 1975) 

Un com­pos­i­teur suisse que j’ai décou­vert dans une com­pi­la­tion plus psy­chédélique que jazz, un roi des expéri­ences sonores. Le jazz a fait énor­mé­ment d’ex­péri­ences et Gruntz en est un sym­bole. Un titre lent et un peu déca­dent.

 

  • War — “Fly­ing Machine” (Unit­ed Artists, 1978) 

Aux con­fins du jazz et du funk, un morceau fait pour un film, la ver­sion orig­i­nale est tou­jours dans ma caisse de DJ, je la joue depuis des années. La meilleure preuve que le jazz peut faire danser.

 

  • Lalo Schifrin — “Dirty Har­ry’s Creed” (Warn­er Bros., 1983) 

Un des thèmes de la série de films avec Clint East­wood en flic dés­abusé. Un morceau très ciné donc, mais très funk en même temps. On ressent l’in­flu­ence de son Amérique latine natale. Un morceau qui me sem­ble emblé­ma­tique de son tra­vail.

 

  • Nina Simone — “Funki­er Than A Mos­qui­to’s Tweet­er” (Jazzman, 2002) 

Peut-être le morceau de jazz le plus funky du monde. Ceux qui ne ressen­tent pas le groove et n’ar­rivent pas à danser sur ce titre ont un sérieux prob­lème. Mon­strueux.

 

  • Bohren & Der Club Of Gore — “Max­i­mum Black” (Won­der, 2002)

Noir, som­bre et lent, en un mot : atmo­sphérique. Ce sont des Alle­mands que Miss Kit­tin m’a fait décou­vrir en me racon­tant que les mecs jouaient dans des cer­cueils. Ils vien­nent de groupes de métal un peu intel­lo et ont fondé ce groupe pour explor­er de nou­veaux ter­ri­toires.

 

  • Chick Corea — “Light As A Feath­er” (Poly­dor, 1973) 

Pas un morceau super facile, il peut grat­ter les oreilles avec ses grandes envolées, touf­fues et lyriques. Je suis cer­tain que quelqu’un comme Gilles Peter­son adore, mais je ne con­seillerais pas de com­mencer le jazz avec ça. C’est un morceau que j’ai beau­coup écouté peu après l’en­reg­istrement de mon album Unrea­son­able Behav­iour.

 

  • Brad Mehldau — “Song Song” (Warn­er Bros. 1998) 

Pour se pos­er un peu, un jazzman con­tem­po­rain majeur. On sent l’in­flu­ence de la musique clas­sique et con­tem­po­raine, c’est un des jazzmen d’au­jour­d’hui qui me touche plus. Élé­gant et sub­til à souhait.

 

  • Rev­erend Jay — “Gonna Be Funky” (Pure, 1993) 

Un titre pas con­nu du tout, mais que je joue sou­vent, un clas­sique des soirées ware­house lon­doni­ennes du début des années 90, quand on pou­vait tout jouer, pas seule­ment de la house et de la tech­no. Je crois que c’est Gilles Peter­son qui me l’a fait décou­vrir.

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