A Dour 2017. Crédit : Rémi Debreu.

Dour, c’est l’amour !

L’édi­tion 2017 du fes­ti­val belge, dont on se remet tout juste (ouch!), n’a pas fait excep­tion : Dour, c’est bel et bien que de l’amour.

Dire d’un fes­ti­val qu’il est “un monde à part”, c’est sou­vent un peu cliché. Mais que faire quand c’est vrai ? Qu’écrire sans tomber dans le moule gnan-gnan des “invi­ta­tions au voy­age” et autres “par­en­thès­es enchan­tées”, alors que, toute mièvrerie mise à part, c’est ce qu’on a vécu ? Que faire quand on se retrou­ve ain­si coincée dans une série de ques­tion pseudo-spirituelles en essayant de la jouer à la Car­rie Brad­shaw, car on ne sait tout sim­ple­ment pas par où com­mencer un arti­cle qui sera, pour sûr, bour­ré de super­lat­ifs ? Dour a un drôle d’ef­fet sur les gens qui y par­ticipent. Les con­frères de Sour­dor­eille craque­nt com­plète­ment et font faire leur reportage par un céleri rave. D’autres embar­quent François Mar­ry de Frànçois & The Atlas Moun­tains sur un stade pour lui faire inter­view­er des pâquerettes (ok, aveu : ça c’é­tait nous avec Jafar, et la vidéo arrive bien­tôt). Cer­tains fes­ti­va­liers, enfin, s’a­musent à imiter le Manneken-Pis un peu partout sur l’im­mense site, sous le regard ten­dre de leurs amis. Car oui, tu as beau piss­er partout dans un état proche du lam­en­ta­ble ou te balad­er avec un légume cru, à Dour, per­son­ne ne te regardera de tra­vers. Le céleri de Sour­dor­eille s’ap­pelle “Rave”, for­cé­ment. Quant à nous, on n’a pas pu s’empêcher de porter le tee-shirt “rave up” d’As­trop­o­lis. Coïn­ci­dence ? Pas du tout : on a beau être allé voir du rap belge, du jazz ou du garage, c’est par­fois l’e­sprit rave qui plane sur Dour, immense fes­ti­val (55 000 per­son­nes accueil­lies rien que le same­di !) à la pro­gram­ma­tion voulue alter­na­tive. “Viens comme tu veux et repars comme tu peux”, en somme.

Comme on est des petites natures, on n’au­ra vu que deux soirs de Dour, qui s’é­tale pour­tant du mer­cre­di au dimanche. Pas de Vald en ouver­ture, pas de Manu Le Malin en fer­me­ture, donc. Mais les pro­gram­ma­tions du ven­dre­di et surtout du same­di ont de quoi éponger les plus grandes frus­tra­tions. À com­mencer par les New-Yorkais de Blonde Red­head, portés par une voix à la Bri­an Molko (dans ce cas, c’est un com­pli­ment) et visuelle­ment fasci­nant : les jumeaux Amadeo et Simone Pace, bouclettes et barbes gris­es, entourent une Kazu Maki­no à béret et tim­bre lyrique, pour un tableau scotchant, incar­na­tion du cool. Quelques morceaux nous embar­quent hors du temps. Le week-end com­mence très bien.

Blonde Red­head / Dour Fes­ti­val 2017. Crédit : Lau­rence Gue­noun.

On quitte le chapiteau de la Petite Mai­son dans la prairie, l’une des sept scènes du fes­ti­val, pour fil­er à la Cav­erne, anci­en­nement appelée la Can­ni­bale Stage. “Cav­erne”, ça fait tout de suite moins peur, et pour cause : autre­fois réservée unique­ment aux musiques extrêmes, met­al en tête, la scène accueille main­tenant un line-up un poil plus var­ié et plus doux. Et là, on a très envie d’aller voir The Kills, avec tous nos sou­venirs d’a­dos en ban­doulière. Bonne sur­prise : Jamie Hince a beau avoir été propul­sé super-star des tabloids après son mariage avec Kate Moss, Ali­son Mosshart a beau avoir été débauchée par Jack White pour le super-groupe Dead Weath­er, le duo n’a pas per­du ses accords sales et son charisme. Un con­cert sexy au pos­si­ble, porté par leurs nou­veaux sin­gles mais aus­si, dès le deux­ième titre de la set-list, par d’an­ci­ennes pépites (en l’oc­cur­rence “U.R.A Fever”). “Tape Song”, deux-trois mer­cis et puis s’en vont, le show est cal­i­bré à la minute, à l’améri­caine, et doit être exacte­ment le même à chaque date. Mais qu’im­porte : on a de nou­veau treize ans, et même pas honte.

Retour à la Petite Mai­son pour (re)voir le live de Trentemøller. Jehn­ny Beth de Sav­ages l’ac­com­pa­gne sur cer­tains titres, dont le réus­si et tou­jours noir cor­beau “Com­pli­cat­ed”. Mais c’est pas tout ça, il est 23 heures, et il fait faim. Pre­mière “pita géante enroulée” du week-end, pre­mière erreur : impos­si­ble de redé­coller, et la fin de la soirée sera mal­heureuse­ment plus mar­quée par l’im­pres­sion d’avoir un parpaing dans le ven­tre que par le con­cert, au demeu­rant mag­nifique, de Super­poze. Demain, ce sera salade verte et c’est tout.

Camp­ing et humour fin. Dour Fes­ti­val 2017 / Crédit : Vanes­sa Coquelle.

Loupé : le same­di, en fait, c’est boudin blanc. Car merde, on n’est pas à Dour pour manger du quinoa, ce n’est pas le genre de la mai­son, même dans l’écrin priv­ilégié du Bar du Petit Bois. Cet espace semi-VIP (avoir un bracelet pro per­met de ne pas faire la queue pour y ren­tr­er, mais théorique­ment tout le monde a le droit d’en prof­iter) est un des plus mignons bars qu’on ait pu voir en fes­ti­val – et promis, on en vis­ite pas mal chaque année, des bars. Pour s’asseoir ? De la pelouse, des souch­es, et un unique siège en forme de champignon – fun fact : le pre­mier à y pos­er ses fess­es pous­siéreuses chaque jour a droit à un verre gratos. Pour danser ? Des Djs, comme Surf­ing Leons ou DC Salas, mix­ant depuis la Cabane… Par­fois dans les odeurs de boudin. Car cette année, Dour accueille Boudin Room, par­o­die bouchère de Boil­er Room. Enten­dre par­ler de “mise en boy­aux” entre deux dis­ques, et danser en mangeant un boudin blanc dans du pain beur­ré… C’est telle­ment belge que ça en devient poé­tique.

En par­lant de Bel­gique, Dour a mis l’ac­cent sur une scène locale qui trou­ve de nom­breux adeptes de notre côté de la fron­tière : la nou­velle scène rap. Roméo Elvis, Damso, Caballero & Jean­Jass, L’Or du com­mun, le 77… Dif­fi­cile de pass­er à côté tant ses acteurs squat­tent la pro­gram­ma­tion de Dour. La foule a l’air aux anges, vrai­ment. Nous, on atten­dra l’ar­rivée d’Hen­ry Wu, plutôt. Le live-band lon­donien de jazz fusion n’a pas grand-chose à voir avec le 77, qui se pro­dui­sait juste avant sur la Jupil­er Boom­box, la scène hip-hop tenue ce jour‑à par Lefto. Pein­tures de Basquiat en guise de visuels, bat­teur excep­tion­nel, bassiste pro du slap, clar­inette, flûte tra­ver­sière… Ce n’est pas tous les jours qu’un fes­ti­val se per­met d’ac­cueil­lir un pro­jet hybride, où le swing ren­con­tre le jazz et les syn­thés se font organiques. Bluffant.

Pen­dant Meute. Dour Fes­ti­val 2017 / Crédit : Nico­las Debacker.

What else ? Rone et son live tou­jours impec­ca­ble, en atten­dant de décou­vrir son prochain album ? Meute et ses repris­es en fan­fares de clas­siques tech­no ? Car­pen­ter Brut qui reprend “She’s A Mani­ac” de Flash­dance en pro­je­tant les paroles sur écran de sorte que les bour­rins de la Cav­erne puisse chanter tout ça en choeur ? Frànçois & The Atlas Moun­tains et ses chorés sur “Le Grand Dérè­gle­ment” ? Ou AZF, en toute fin de soirée, qui nous fera danser comme des forçats sur sa tech­no peu avare en BPMs et coups de poings ? La scéno de la Red Bull Elek­tro­pe­dia Balza­al hyper impres­sion­nante ? Non, le what else, ce sont les innom­brables fes­ti­va­liers le sourire aux lèvres, le per­son­nel de la sécu adorable quelque soit l’heure de la nuit, les “doureu­u­uh” hurlés à la Lune. Une ambiance et une bien­veil­lance rare entre par­tic­i­pants. Et un vil­lage où s’or­gan­isent des con­cours d’en­fi­lage de capotes et autres activ­ités ô com­bi­en intel­lectuelles. Et un manège-qui-fait-peur. Que de l’amour on vous dit.

Meilleur moment : “Bora” remanié chez Rone, tou­jours un mag­nifique moment.

Pire moment : la tra­di­tion­nelle grippette-post-Dour, en pleine canicule, et un live de Phoenix un peu plan­plan.

Nous, lun­di matin. Dour Fes­ti­val 2017 / Nico­las Debacker.

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