En direct d’AllttA (20syl & Mr. J. Medeiros) à l’Elysée Montmartre

Un peu plus d’un mois après la sor­tie de leur excel­lent pre­mier album The Upper Hand, les deux Allt­tA (Mr. J. Medeiros, croisé chez The Pro­cus­sions, et 20syl, con­nu chez Hocus Pocus et C2C, qui depuis offi­cie en solo) ont rem­pli l’Elysée Mont­martre hier soir. On ne va pas faire de sus­pens : c’était génial. 

Un con­cert généreux : si la for­mule peut paraître sur­faite (surtout qu’on a sacré­ment envie de la dire avec l’accent de Maïté), elle peut par­fois être juste. C’était le cas hier soir, au con­cert d’AllttA à l’Elysée Mont­martre. Et ce dès le pre­mier morceau. Pas besoin de tour de chauffe, Mr. J. Medeiros démarre à cent à l’heure, le flow acéré, gon­flé à l’hélium, ultra‐rapide, comme si le “Rap God” d’Eminem n’était qu’une petite berceuse. Le pub­lic ne s’y trompe pas, et l’ambiance qui se dégage du pub­lic ressem­ble à celle d’une fin de con­cert — suante, dansante, bruyante, la totale.

Il faut dire que les deux don­nent de leur per­son­ne. Mr. J. Medeiros occupe la scène aux décors min­i­mal­istes (une grande table pour 20syl, un micro pour lui, quelques néons et un écran allumé en fin de con­cert), esquisse sou­vent quelques pas de danse, inter­ag­it avec le pub­lic sans tomber dans le numéro de foire, et voilà qu’assez rapi­de­ment 20syl prend le micro pour enton­ner… “Hip‐hop” d’Hocus Pocus. Un cadeau fait aux fans de la pre­mière heure, mais pas une oblig­a­tion : le con­cert aurait très bien fonc­tion­né sans. Mais, on le répète, les deux sont généreux. Les deux, puis les qua­tre, puisque le rap­pel a été en par­tie tenu par… les C2C au grand com­plet ! Bref, c’est tout un pan de la vie de 20syl que l’on explore, sans nos­tal­gie aucune, sim­ple­ment comme un rassem­ble­ment de vieux potes autour d’une pas­sion com­mune : le hip‐hop. Car ce n’est pas un hasard si les anciens tubes repris ont été “Hip‐hop” (qui mar­quait il y a douze ans l’une des pre­mières col­lab­o­ra­tions entre les Nan­tais et Mr. J. Medeiros) et “Vocab!”. Quand le duo chante “J’veux pas d’tes ‘Fuck !’, pas d’tes ‘Shit !’, pas d’tes ‘Moth­er­fuck­er !’ / J’veux pas d’tes ‘Nig­ga !’, pas d’tes ‘Bitch !’, pas d’tes ‘Suck­er !’ ”, et que Medeiros refuse de pronon­cer le N‐word, c’est une cer­taine vision du hip‐hop qu’ils défend­ent, à mille lieues des paroles vul­gaires du bling‐bling d’un Lil’ Wayne, quitte à don­ner à ce con­cert une patine pro­pre et à l’ancienne — ce qui n’est pas pour nous déplaire, finale­ment, surtout quand réson­nent “The Woods”, “Drugs” ou “Allt­tA” en rap­pel.

Musi­cale­ment au top (réé­coutez The Upper Hand), ambiance de dingue (même les bar­mans et les vig­iles se pren­nent au jeu), une envie de célébr­er le hip‐hop comme un art noble, sans smart­phones bran­dis ni pos­ture, un vrai MC classe, doué, du fan‐service juste­ment dosé pour un live con­stru­it par des mecs qui pensent à leur pub­lic et se font vis­i­ble­ment plaisir. … C’est tout ça, un con­cert généreux.

Meilleur moment : Un inter­lude drum’n’bass (très bien) exé­cuté par Mr. J. Medeiros à la MPC — de quoi se défouler encore plus, et repér­er les teufeurs dans la foule.

Pire moment : Euh… Bah… On voit pas là.

Les Allt­tA enta­ment une grosse tournée, notam­ment des fes­ti­vals, et passeront par le Mythos à Rennes le 7 avril, Panora­mas à Mor­laix le 8, seront à Angoulème et Biar­ritz les 13 et 14, aux Z’éclectiques à Chemille le lende­main, au Print­emps de Bourges le 21, à Alençon le 5 mai, aux Nuits Botaniques le 18, à la Mag­nifique Soci­ety le lende­main, à Marsa­t­ac le 23 juin… Ou encore aux Vieilles Char­rues et Dour.  

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