Ça chauffe

En direct de Coachella — Les grands moments du samedi

Le hip-hop rafle tout !

Un soleil de plomb, 33 degrés. Nous arrivons un peu après le début des fes­tiv­ités, au gigan­tesque Polo Empire Field, le site du fes­ti­val Coachel­la situé dans la val­lée déser­tique de la Cal­i­fornie du sud non loin de Palm Springs. Mais c’est seule­ment après de nom­breux points de fouilles bien plus sécurisés que dans un aéro­port que nous pénétrons enfin dans l’en­ceinte d’un fes­ti­val qui mar­que aus­si le spring­break d’une foule d’étudiant(e)s friv­o­les et/ou fils-à-papa venus dépenser 800€ pour un pass 3 jours (plus les extras…). Au total plus de 200 000 per­son­nes sont atten­dus sur les trois jours.

Direc­tion la scène Sahara, assez grande pour y gar­er deux Boe­ing 747 pour y voir Brodin­s­ki. Le ton est don­né : on ne fait pas les choses à moitié. Le son est super fat, les écrans Led d’une déf­i­ni­tion par­faite, il y a bien 15 000 per­son­nes autour de nous mais il reste encore de la place. Bro­di nous sert un cock­tail future elec­tron­ique bien som­bre saupoudré du flow des rappeurs d’At­lanta (bon hon­néte­ment on a pas repéré qui était qui…), présents sur son dernier EP “Brain Dis­or­der” et qui sont venus lui prêter main forte sur scène. Les Amer­i­cains kif­f­ent et nous aus­si.

Change­ment d’ambiance à la scène DOLAB toute proche : Sabo le pro­duc­teur de deep tech­no de Los Ange­les nous sert une bonne fusion de trop­i­cal bass, de dis­co et de deep house, pen­dant que des nanas avec des masques à fleurs et des mini shorts à pail­lettes nous bom­bar­dent avec leurs bazookas à eau. La tente octo­gone est mul­ti­col­ore et ouverte à la fête, la vraie avec quelques bons nuages de cannabis qui flot­tent (Cal­i­fornie oblige!), l’e­sprit est bon enfant. Claire­ment la scène la plus fun de tout le fes­ti­val.

Ben UFO lui, envoit une tech­no bien à lui, à la Hessle audio du côté de la tente Yuma, trans­for­mée en club som­bre mais bien cli­ma­tisé (ouf !). Du break, des bonnes bass­es et du 4/4. Super effi­cace. On serait bien restés, mais Thun­der­cat joue à Mojave. Quelle claque. L’homme à la basse à 6 cordes chante de sa voix soul et aigue tan­dis que la légende locale Michael Mac­don­ald lui répond au chant et au piano. Le bat­teur lui, har­monise comme jamais nous l’avions enten­du aupar­a­vant. Jazz psy­ché et hip-hop soul, on sent bien la touche Cal­i­forni­enne, et surtout l’esprit de la con­frèrie Brain­feed­er, le label de Fly­ing Lotus. Le pub­lic est con­quis, il est 18 h, il fait 27 degrés, on est bien.

De retour à Yuma, le Com­mon­wealth est tou­jours bien représen­té avec Four Tet, Daph­ni et Float­ing Points jouant à six mains pen­dant plus de trois heures sur un sound sys­tem divine­ment réglé. Tout y passe, dis­co, house, tech­no, exper­i­men­tal, dubtech. A la suite, Mod­er­at qu’on ne présente plus, est tou­jours aus­si la pointe, le trio Berli­nois qui pos­sède sa plus grosse fan base au Mex­ique tout proche, n’en est pas à son coup d’es­sai aux Etats Unis.

Mais au même moment, c’est Future qui fait vrai­ment le show. Ty dol­la Sign, Migos et Drake ont tous débar­qué en fea­tur­ing devant une des plus gross­es foules de chahuteurs du week-end. Un pub­lic qui devient lit­térale­ment fou à l’é­coute de “Jump­man” ou “Bad and Bou­jee”, ce qui nous donne une bonne indi­ca­tion sur ce que c’est qu’être jeune aujour­d’hui. Future est bien le son du présent.

School­boy Q lui invite A$ap Rocky sur son show, c’est beau mais plutôt bor­del­i­que, il enchaine avec “Hands on the Wheel” et un pur show visuel en map­ping comme si nous etions sur la route avec lui.

Inutile de pré­cis­er que DJ Snake est hyper atten­du lui aus­si, son invité à lui c’est…Migos qui débar­que au milieu des fumigènes. Pen­dant qu’il sam­ple les Fugees à la sauce trap, la tente voi­sine attends patiem­ment l’ar­rivée de Nico­las Jaar. Et quel délice. Après une longue intro de plus d’une quart d’heure, stri­dente, à grands coups d’ex­péri­men­ta­tions mod­u­laires, dans une ambiance angois­sante mais flam­boy­ante, sans beat, mais avec des sons de jun­gle, des bruitages, du sax­o­phone live joué comme une sirène, Jaar se dévoile enfin. Il chante en espag­nol, et envoit  une deep tech­no tein­tée de rock au final inclass­able. Le New-yorkais est tou­jours à l’avant-garde.

On fini­ra avec le dernier frenchie de l’af­fiche du same­di, Break­bot. Ambiance nos­tal­gie funk 80’s pour des popotins qui se tré­moussent. Les ricains en raf­fo­lent et les six musi­ciens sur scène en costard rose ou blanc pren­nent un sacré plaisir. Le tout devant les yeux aguer­ris de Xavier de Ros­nay (Jus­tice) instal­lé en régie.

Euh, non en fait, on fini­ra avec Lady Gaga, venue rem­plac­er Bey­on­cé (trop enceinte). Très à l’aise, sous les feux d’ar­ti­fice, devant un parterre de plus de 100 000 per­son­nes et. Ça danse, ça vole, ça provoque, de la pop à l’améri­caine, quoi. Les “jeunes”, eux, sont devant le dernier set de ce same­di soir : Guc­ci Mane. Et ils sont bien.

 

Gaby de Vill­outreys envoyée spé­ciale en Cal­i­fornie

 

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