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18 juillet 2016

En direct de Dour 2016 (pardon : de Dourreeeuuhhh 2016)

par rédaction Tsugi

« C’est de l’amour mes frères, c’est de l’amour mes sœurs – et on en a bien besoin de ce moment », scandent les Odezenne avant d’entamer « Je veux te baiser » samedi, à Dour. L’ambiance est incroyable : des poupées gonflables dansent dans les airs, deux garçons se sont fabriqués un bonnet avec des pastèques, d’autres sont travestis, et tout le monde reprend en choeur les paroles de la chanson… Le portrait exacerbé d’une jeunesse, libre et heureuse, qui emmerde ce qui se passe « en ce moment », les événements de la veille dont personne ne parle au festival. L’organisation a publié un émouvant édito sur l’un des programmes, évidemment. Mais à part cette allusion d’Odezenne, on a rien entendu du côté des artistes ni du public. Alors bien sûr, on n’a pas vu tous les concerts (280!) ni écouté les conversations de tous les festivaliers (235.000!). Mais l’horreur, on la laisse pour lundi. Hors de question que la France et la Belgique ne partagent que l’horrible point commun d’être en deuil : il y aura aussi celui de produire de solides festivaliers, prêts à braver vents et marées (ok, sable et coups de soleil) pour assister à quelques uns des meilleurs concerts de la saison. C’est ce qu’on a fait vendredi et samedi.

Crédit photo : Clémence Meunier

Deux jours de Dour (et encore, on est petits joueurs, certains restent du mercredi au dimanche), c’est ainsi des dizaines de kilomètres parcourus, un sandwich au boudin absolument effrayant, quelques litres de bières renversées, une dizaine de « Dourrééééééé » criés, une voix cassée et, dans ce cas bien précis, dix coups de cœur. Jeanne Added d’abord, pour nous le tout premier concert du week-end. Quel accueil : voix incroyable, yeux plantés bien droits dans ceux du public, charisme à toute épreuve et live bien rodé, que demande le peuple ? On la recroisera un peu plus tard, dansant devant le concert de Peaches, notre deuxième coup de cœur douresque. Mais est-ce vraiment sage d’utiliser le mot « concert » pour qualifier ce freak-show génial, entre spectacle de cirque, performance et discours engagé ? Peu importe, ce sera le moment le plus jouissif du festival, le plus festif aussi. On y retrouve les deux danseurs du clip « Vaginoplasty », déguisés en sexes féminins, en string à paillettes, avec ou sans corne de licorne, magnifiquement grotesques. Peaches chante en faisant le grand écart, enchaîne les costumes ou fait péter le champagne ; c’est franchement drôle et malin.


Crédit photo : Nicolas Debacker

Complet changement d’ambiance avec Stuff, jouant sous le chapiteau Le Laboratoire dédié ce jour-là aux artistes belges. Armés d’un piano à vent (aka melodica), nos cinq Gantois naviguent entre jazz et électronique, prennent des risques, expérimentent, mettent en avant une basse funky… Avec, à la clé, le sentiment d’écouter un son unique. Le Labo a aussi accueilli un super concert de Samba De La Muerte le lendemain, malheureusement à l’ambiance pas franchement explosive. Le groupe n’y est pour rien contrairement à la chaleur étouffante qui règne sous le chapiteau – seul moyen de survivre: se rafraîchir sous la fontaine installée à l’entrée de la grotte des Salut C’est Cool, jouant chaque jour en début d’après-midi avec des spectateurs pas très frais dansant avec des branches d’arbre. Samba De La Muerte, promis, on ramène de gros ventilos la prochaine fois.

On est pas les seuls à avoir eu chaud : Jay Prince a tenu à garder son gros sweat à capuche sur scène. Ca n’a pas empêcher le prodige rappeur de l’est Londonien de s’imposer comme une des plus belles découvertes du festival, ou quand le hip-hop est classe et sans esbroufe, avec un flow rapide et précis. 22 ans à peine et à surveiller de très près – notre cinquième coup de cœur si vous suivez bien.

Crédit photo : Laurence Guenoun

Du hip-hop, du rock, une performance clownesque, de la pop, du jazz refaçonné… Et l’électronique dans tout ça ? Dour n’a évidemment pas été avare en beau nom pour la nuit, avec en tête un Marek Hemmann en live et en forme olympique. A croire qu’il pourrait remixer le bottin et faire tout de même danser un chapiteau entier. Live toujours avec Richie Hawtin et Pantha Du Prince venus tous deux présenter leurs nouveaux shows : chez le premier on voit en direct ce que fait le producteur sur ses machines pour un set-up original, et chez le second l’onirisme prend (un peu trop peut-être) le dessus sur l’installation – un tout petit écran sur lequel on ne voit pas grand chose. Mais le meilleur live, celui qui installe un parfait équilibre entre beauté visuelle et musique, celui qui fout la chair de poule et demande un peu de temps pour s’en remettre… Il n’est ni rock, ni hip-hop, ni électronique : il s’agit des incantations chantées en islandais par Sigur Ros qui résonnent depuis la scène The Last Arena, au coucher du soleil. Le son est clair, les images sublimes (animations en 3D où l’on devine le groupe au milieu d’un paysage apocalyptique, effets appliqués aux captations en direct, couleurs magnifiques…), Jonsi Birgisson joue toujours de la guitare avec un archet de violoncelle tandis que Goggi Holm s’amuse parfois à maltraiter sa basse avec une baguette de batterie. Et là, quand la beauté de Sigur Ros frappe un grand coup, difficile de résister à un petit pincement au cœur : lundi, il va falloir retourner à Paris, à Nice ou à Bruxelles, rouvrir les journaux et les yeux. Mais pas tout de suite. Alors en attendant, à la fin du concert, on gueule : Dourééééééé.

Crédit photo : Romain S. Donadio

Meilleur moment : La navette du retour samedi soir, meilleur chauffeur ever.

Pire moment : Les repas. La gastronomie n’est pas vraiment le fort de Dour, à part si vous aimez vraiment (mais alors vraiment) les frites et les trucs gras.

NB : Tsugi apporte toutes ses condoléances à la famille du jeune Français décédé d’overdose en marge du festival ce week-end.

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