En direct de Dour 2016 (pardon : de Dourreeeuuhhh 2016)

C’est de l’amour mes frères, c’est de l’amour mes sœurs – et on en a bien besoin de ce moment”, scan­dent les Odezenne avant d’en­tamer “Je veux te bais­er” same­di, à Dour. L’am­biance est incroy­able : des poupées gon­flables dansent dans les airs, deux garçons se sont fab­riqués un bon­net avec des pastèques, d’autres sont trav­es­tis, et tout le monde reprend en choeur les paroles de la chan­son… Le por­trait exac­er­bé d’une jeunesse, libre et heureuse, qui emmerde ce qui se passe “en ce moment”, les événe­ments de la veille dont per­son­ne ne par­le au fes­ti­val. L’or­gan­i­sa­tion a pub­lié un émou­vant édi­to sur l’un des pro­grammes, évidem­ment. Mais à part cette allu­sion d’Odezenne, on a rien enten­du du côté des artistes ni du pub­lic. Alors bien sûr, on n’a pas vu tous les con­certs (280!) ni écouté les con­ver­sa­tions de tous les fes­ti­va­liers (235.000!). Mais l’hor­reur, on la laisse pour lun­di. Hors de ques­tion que la France et la Bel­gique ne parta­gent que l’hor­ri­ble point com­mun d’être en deuil : il y aura aus­si celui de pro­duire de solides fes­ti­va­liers, prêts à braver vents et marées (ok, sable et coups de soleil) pour assis­ter à quelques uns des meilleurs con­certs de la sai­son. C’est ce qu’on a fait ven­dre­di et samedi.

Crédit pho­to : Clé­mence Meunier

Deux jours de Dour (et encore, on est petits joueurs, cer­tains restent du mer­cre­di au dimanche), c’est ain­si des dizaines de kilo­mètres par­cou­rus, un sand­wich au boudin absol­u­ment effrayant, quelques litres de bières ren­ver­sées, une dizaine de “Dour­rééééééé” criés, une voix cassée et, dans ce cas bien pré­cis, dix coups de cœur. Jeanne Added d’abord, pour nous le tout pre­mier con­cert du week-end. Quel accueil : voix incroy­able, yeux plan­tés bien droits dans ceux du pub­lic, charisme à toute épreuve et live bien rodé, que demande le peu­ple ? On la recrois­era un peu plus tard, dansant devant le con­cert de Peach­es, notre deux­ième coup de cœur douresque. Mais est-ce vrai­ment sage d’u­tilis­er le mot “con­cert” pour qual­i­fi­er ce freak-show génial, entre spec­ta­cle de cirque, per­for­mance et dis­cours engagé ? Peu importe, ce sera le moment le plus jouis­sif du fes­ti­val, le plus fes­tif aus­si. On y retrou­ve les deux danseurs du clip “Vagino­plas­ty”, déguisés en sex­es féminins, en string à pail­lettes, avec ou sans corne de licorne, mag­nifique­ment grotesques. Peach­es chante en faisant le grand écart, enchaîne les cos­tumes ou fait péter le cham­pagne ; c’est franche­ment drôle et malin.


Crédit pho­to : Nico­las Debacker

Com­plet change­ment d’am­biance avec Stuff, jouant sous le chapiteau Le Lab­o­ra­toire dédié ce jour-là aux artistes belges. Armés d’un piano à vent (aka melod­i­ca), nos cinq Gan­tois nav­iguent entre jazz et élec­tron­ique, pren­nent des risques, expéri­mentent, met­tent en avant une basse funky… Avec, à la clé, le sen­ti­ment d’é­couter un son unique. Le Labo a aus­si accueil­li un super con­cert de Sam­ba De La Muerte le lende­main, mal­heureuse­ment à l’am­biance pas franche­ment explo­sive. Le groupe n’y est pour rien con­traire­ment à la chaleur étouf­fante qui règne sous le chapiteau – seul moyen de sur­vivre: se rafraîchir sous la fontaine instal­lée à l’en­trée de la grotte des Salut C’est Cool, jouant chaque jour en début d’après-midi avec des spec­ta­teurs pas très frais dansant avec des branch­es d’ar­bre. Sam­ba De La Muerte, promis, on ramène de gros ven­ti­los la prochaine fois.

On est pas les seuls à avoir eu chaud : Jay Prince a tenu à garder son gros sweat à capuche sur scène. Ca n’a pas empêch­er le prodi­ge rappeur de l’est Lon­donien de s’im­pos­er comme une des plus belles décou­vertes du fes­ti­val, ou quand le hip-hop est classe et sans esbroufe, avec un flow rapi­de et pré­cis. 22 ans à peine et à sur­veiller de très près – notre cinquième coup de cœur si vous suiv­ez bien.

Crédit pho­to : Lau­rence Guenoun

Du hip-hop, du rock, une per­for­mance clow­nesque, de la pop, du jazz refaçon­né… Et l’élec­tron­ique dans tout ça ? Dour n’a évidem­ment pas été avare en beau nom pour la nuit, avec en tête un Marek Hem­mann en live et en forme olympique. A croire qu’il pour­rait remix­er le bot­tin et faire tout de même danser un chapiteau entier. Live tou­jours avec Richie Hawtin et Pan­tha Du Prince venus tous deux présen­ter leurs nou­veaux shows : chez le pre­mier on voit en direct ce que fait le pro­duc­teur sur ses machines pour un set-up orig­i­nal, et chez le sec­ond l’onirisme prend (un peu trop peut-être) le dessus sur l’in­stal­la­tion – un tout petit écran sur lequel on ne voit pas grand chose. Mais le meilleur live, celui qui installe un par­fait équili­bre entre beauté visuelle et musique, celui qui fout la chair de poule et demande un peu de temps pour s’en remet­tre… Il n’est ni rock, ni hip-hop, ni élec­tron­ique : il s’ag­it des incan­ta­tions chan­tées en islandais par Sig­ur Ros qui réson­nent depuis la scène The Last Are­na, au couch­er du soleil. Le son est clair, les images sub­limes (ani­ma­tions en 3D où l’on devine le groupe au milieu d’un paysage apoc­a­lyp­tique, effets appliqués aux cap­ta­tions en direct, couleurs mag­nifiques…), Jon­si Bir­gis­son joue tou­jours de la gui­tare avec un archet de vio­lon­celle tan­dis que Gog­gi Holm s’a­muse par­fois à mal­traiter sa basse avec une baguette de bat­terie. Et là, quand la beauté de Sig­ur Ros frappe un grand coup, dif­fi­cile de résis­ter à un petit pince­ment au cœur : lun­di, il va fal­loir retourn­er à Paris, à Nice ou à Brux­elles, rou­vrir les jour­naux et les yeux. Mais pas tout de suite. Alors en atten­dant, à la fin du con­cert, on gueule : Dourééééééé.

Crédit pho­to : Romain S. Donadio

Meilleur moment : La navette du retour same­di soir, meilleur chauf­feur ever.

Pire moment : Les repas. La gas­tronomie n’est pas vrai­ment le fort de Dour, à part si vous aimez vrai­ment (mais alors vrai­ment) les frites et les trucs gras.

NBTsu­gi apporte toutes ses con­doléances à la famille du jeune Français décédé d’over­dose en marge du fes­ti­val ce week-end.

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