En direct de The Peacock Society 2016

Il y a de la tech­no à Pea­cock, bien sûr. Qui tabasse, de chez nous ou directe­ment importée d’Alle­magne, bref, du 4x4 qui fait bouger les pieds et écrase lour­de­ment le sol du Parc Flo­ral — en qua­tre édi­tions, la grande ware­house de Vin­cennes devrait être habituée. Mais il n’y avait pas que ça. Et c’est ça la force de Pea­cock : une pro­gram­ma­tion pointue qui n’ou­blie pas de se diver­si­fi­er tout en offrant pléthore de col­lab­o­ra­tions, B2B et petits événe­ments en soi… A l’im­age d’un Lau­rent Gar­nier qui, après avoir con­clut le fes­ti­val l’an­née dernière, s’est occupé de l’ouverture des portes avec un set de qua­tre heures ven­dre­di. Impos­si­ble de rater ça : on pénètre dans la ware­house et on est sur­pris de con­stater que seule­ment une cinquan­taine de per­son­nes atten­dent devant les bar­rières ! Deux heures de set et un beau couch­er de soleil auront fini de rem­plir la ware­house, pour un mix pas­sant de Don­na Sum­mer au dernier titre de KiNK “Strings”, sans oubli­er son clas­sique “Jacques In The Box”.

Un acrobate place un drapeau de la France en hommage aux victimes des événements de NiceUn acro­bate place un dra­peau de la France en hom­mage aux vic­times des éven­e­ments de Nice (Pho­to : Tiphaine Lachaise)

Allez, déroulons les coups de coeur 4x4 de cette édi­tion — le plus doux vien­dra ensuite, achevons d’abord nos oreilles qui tin­tent. Rendez-vous à la salle estampil­lée Res­i­dent Advi­sor, sou­vent vic­time de son suc­cès. La sueur se cristallise sur les car­reaux de la petite salle de la cour, et impos­si­ble de met­tre un pied à l’intérieur. On prend notre mal en patience en écoutant du bout des oreilles Dax J dérouler une tabasse qui nous rap­pelle que la tech­no est aus­si tout un art lorsqu’il s’agit de faire par­ler la poudre avec précision. ?

Le reste du plateau est titanesque. L’Anglais Func­tion, en grande forme, offre un set sin­ueux, men­tal. Son mix est à l’image de ses pro­duc­tions : prop­ice à l’égarement et la schiz­o­phrénie. A tel point qu’il nous faut pren­dre l’air, his­toire de ne pas per­dre tous nos repères sous les sec­ouss­es de l’Anglais. Le Français Bam­bounou accom­pa­g­né de sa com­parse alle­mande Mar­garet Dygas jouent aus­si sur cette veine froide et prenante. Si on n’a pas beau­coup enten­du de morceaux issus de leur EP partagé See You Soon / Pop­u­lar Reli­gions, il sem­ble évi­dent que ces deux-là parta­gent une vision musi­cale tant les enchaîne­ments parais­sent sim­ples. Au con­traire, la ren­con­tre de Len Faki con­tre Rød­håd tourne plutôt au duel et nous offre deux heures de sons dens­es et froids, aus­si. Autre gros suc­cès côté tech­no avec Cyril­lic (aka KiNK) pour qui tout le fes­ti­val sem­ble s’être don­né rendez-vous. Avec une tem­péra­ture affichant facile­ment les 35°, il est dif­fi­cile de tenir en place. Les dix min­utes passées à l’intérieur nous ont don­né un aperçu d’une tech­no puis­sante et d’une foule en délire sur un remix de “I Wan­na Go Bang” de Bjar­ki.  ?

Kink, Crédit Photo : MGKink, très atten­du. (Pho­to : DR)

Mais, osons le dire, le meilleur DJ de cette qua­trième édi­tion est Maceo Plex, qui inter­vient après un Sven Väth en folie et un set acide. Dès les pre­mières notes, Mr Plex nous trans­porte dans sa tech­no à la fois froide et douce. Entre fris­sons et émo­tions, le Cubain nous sur­prend en pas­sant la célèbre musique de fin du film Trainspot­ting pour ensuite enchaîn­er avec son fameux “Soli­tary Daze”. Pour le plaisir de tous, il joue les pro­lon­ga­tions, il est 7h15 lorsqu’il fait vibr­er sa dernière note. ?

Mais au milieu du tumulte, on trou­ve aus­si de la chaleur et de légèreté. Recon­dite prou­ve sans mal que la tech­no sait s’éloigner du clas­sique 4x4 pour créer une lumineuse chaleur grâce à un choix de titres éton­nant mais qui sait nous faire voy­ager. Il faut dire que le fes­ti­val nous a bien mis en jambe dès mer­cre­di avec un live haut de gamme de Pan­tha du Prince, qui nous trot­tait dans la tête depuis l’annonce de la pro­gram­ma­tion. Fidèle à lui-même, le pro­duc­teur alle­mand offre des instants dont on s’enivre avec délec­ta­tion. Autre doux moment avec David August, pas­sant juste après Lau­rent Gar­nier (une prise de risque à saluer du côté des pro­gram­ma­teurs). Le jeune Alle­mand à la tech­no mélodieuse est venu présen­ter son tout nou­veau live band avec deux autres musi­ciens. Son heure de set s’achève en mêlant des sons de bat­terie, gui­tare et syn­thé, lais­sant der­rière lui un pub­lic qui en demande encore. Et pour embras­er les pre­miers rayons de soleils, quoi de mieux qu’un set de Ker­ri Chan­dler tran­spi­rant la sen­su­al­ité et l’amour. Le set sera à l’image de sa reprise très per­son­nelle du “East Orange” de DJ Steaw, dis­til­lant des notes de piano groovy. ?

Point Point

Le quatuor devenu trio, Point Point en final à Pea­cock. (Pho­to : Tiphaine Lachaise)

Tech­no tou­jours pas pareille donc. Brodin­s­ki l’a très bien mon­tré avec un set empreint de hip-hop, comme sou­vent chez le patron de Bro­mance. On y retrou­ve de nom­breux titres issus de son pre­mier album Bra­va — effi­cace. Il est dif­fi­cile de bouger tant la foule est com­pacte. Autre moment aux touch­es hip-hop, le set de Point Point qui passe du mythique “Me, Myself and I” de De La Soul, for­cé­ment tout en rythme à un “Life In Grey” très doux. Plus tôt déjà, Four Tet nous avait enchan­té avec une douce elec­tron­i­ca de haute volée parsemée de gros coups tech­no. SBTRKT en DJ set jouera lui la corde rock à fond tout en plaçant l’air de rien ses pro­pres morceaux. On reste surtout blo­qué sur son “Wild­fire”, sor­ti en fin de set et qu’on gardera en tête jusqu’au lende­main… Et jusqu’à l’an­née prochaine. 

Meilleur moment : À cet homme qui accroche un dra­peau tri­col­ore dans la ware­house à la fin du set de Bam­bounou et Mar­garet Dygas, mer­ci pour cet hom­mage plein d’amour pour Nice. 

Pire moment : Un groupe à la recherche de poké­mons qui te bous­cule pen­dant que tu dans­es devant le set de Sven Väth. On se serait presque trans­former en Pikachu de colère.

(Vis­ité 88 fois)