En direct du MaMA Festival 2016

123 con­certs, 81 con­férences dans 15 lieux et tout ça sur 3 jours. For­cé­ment, on n’a pas pu tout voir du MaMA Fes­ti­val, et il a fal­lu courir. Un marathon plein de décou­vertes qui a tout de même occa­sion­né quelques con­trac­tures audi­tives.

Leur dra­peau, un M rouge, flot­tait partout dans Pigalle. La Cigale, Le Tri­anon, Le Bus Pal­la­di­um, et surtout l’Elysée Mont­martre, à peine réou­vert, autant de lieux mythiques de la vie cul­turelle parisi­enne qui por­taient haut les couleurs de ce fes­ti­val. Il y en avait pour tous les goûts niveau espace, du lieu intimiste comme le minus­cule sous sol d’Au Petit Moulin, jusqu’à La Machine Du Moulin Rouge, bien con­nue des clubbeurs fran­ciliens. Niveau musique, l’éclectisme était égale­ment la clé. De Christophe à Jacques, en pas­sant par Yous­soupha ou Le Col­isée. On pou­vait par­tir à la décou­verte d’artistes incon­nus, comme ser­pen­ter dans le quarti­er, de salle en salle, sans ris­quer les décon­v­enues. Une pra­tique ras­sur­ante pour le pub­lic.

L’affluence était vari­able d’une salle à une autre. Le con­cert puis­sant du groupe de rock français Pogo Car Crash Con­trol à La Boule noire affichait une petite queue patien­tant sous la pluie tant la salle était bondée, mais les fes­ti­va­liers n’ont majori­taire­ment pas atten­du la fin de la pre­mière soirée et la tech­no de Mad­ben, déploy­ant son tal­ent dans une ambiance intimiste. Pas de queue, mais une vis­i­bil­ité très réduite lors du con­cert du Tal­is­co au Back­stage By The Mills tant la salle était pleine. Dans le même temps, La chauf­ferie, petite salle du sous-sol de La Machine du Moulin Rouge, était loin d’être rem­plie pour le très bon con­cert de Sekuoia et encore moins pour celui du très sym­pa­thique Mal­ca.

Du pop­u­laire et de l’u­nique 

Autre prob­lème causé par ce pub­lic bicéphale, les choix musi­caux des artistes : devaient-ils s’adapter à ce pub­lic éclec­tique en ren­dant leur musique plus acces­si­ble ? C’est le choix qu’ont fait cer­tains artistes. Par­mi eux, les deux DJs Pfel & Greem, revenus à leur amour du beat­mak­ing avec un cat­a­logue par­fois un peu pau­vre : “Crank That” de Soula Boy ou encore “Tox­ic” de Brit­ney Spears en tête. Si cela sem­ble avoir pris dans la salle bondée du Divan Du Monde, on a rapi­de­ment fait demi-tour, déçu de cette presta­tion que l’on sait en deçà de leurs habi­tudes. Même chose chez Jean Tonique qui jouait en DJ set des sons house piochés dans un cat­a­logue très acces­si­ble et le B2B de Roche Musique, qui offrait égale­ment un cat­a­logue main­stream — dont du Drake — alors même que les qual­ités mélodiques du label sont indé­ni­ables… Dom­mage. A leur décharge, ils jouaient face au déluré Jacques, très atten­du, qui a su capter l’attention des con­nais­seurs autant que des néo­phytes. Le con­cert du quatuor 3Somesisters était lui sans con­ces­sion. S’appropriant la salle du Divan Du Monde, ils ont su impos­er leur univers si par­ti­c­uli­er et si atti­rant. Un choix que l’on a égale­ment retrou­vé lors du show de Throes + The Shine où le groupe ango­lais et por­tu­gais a partagé avec pas­sion sa bonne humeur et ses rythmes dansants, dans le style unique qui les définit. 

Le fes­ti­val était surtout l’occasion de pro­pos­er un pan­el d’artistes émergeants auquel les organ­isa­teurs ont fait con­fi­ance pour séduire le pub­lic. A rai­son con­cer­nant I Am Stram­gram, véri­ta­ble coup de coeur de ce fes­ti­val. Il fai­sait chaud dans la minus­cule salle au pub­lic com­pacté du Petit Moulin. Face à la mini-foule, deux hommes : l’un à la gui­tare, et un sec­ond à la bat­terie — qui a réus­si l’exploit de garder un masque de T‑rex pen­dant tout le con­cert ! -, ain­si qu’une peluche de dinosaure. En résulte une pop entê­tante et séduisante. Autre pari : inviter Cheva­lien. L’univers som­bre du rappeur, proche de l’ésotérique, offre l’un des con­certs les plus orig­i­nal du fes­ti­val, reste qu’il fal­lait s’accrocher car le tout s’adressait à un pub­lic ini­tié. On notera aus­si la presta­tion de Haute, lumineuse dans le cadre du Car­men, suvie de Les Gor­don, tout aus­si réjouis­sant. Autre bonne sur­prise : le set de Cot­ton Claw à la mise en scène intéres­sante, les qua­tre DJs placés au cen­tre du pub­lic se partageaient une table en éclairant leur pad comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo à qua­tre mains.

Pour sa sep­tième édi­tion, le fes­ti­val a su faire le lien entre tous les publics et leurs attentes respec­tives, pro­posant une vraie expéri­ence musi­cale et une redé­cou­verte de la richesse musi­cale de la ville, de ses salles de con­certs, de son pub­lic.

Meilleur sou­venir : Les stands inno­va­tions de la musique dans le coeur du Tri­anon, un univers plein de start-up et de bonnes idées sur lesquelles on garde nos yeux rivés !

Pire sou­venir : Marcher sous la pluie bat­tante pen­dant 2 jours…

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