En direct du Polaris Festival 2016

Per­ché dans les mon­tagnes suiss­es du val de Bagnes, Ver­bier accueil­lait du 9 au 11 décem­bre la deux­ième édi­tion du Polaris Fes­ti­val, un tout jeune événe­ment con­sacré aux musiques élec­tron­iques. Au pro­gramme de ces trois jours à haute alti­tude : Lil Louis, Moody­mann, Dixon, Luciano, D’Julz et bien d’autres. On vous raconte. 

Le main event du fes­ti­val se déroule au Mou­ton Noir, un espace niché à 2200 mètres d’altitude offrant une belle vue sur les pistes enneigées. Le Mou­ton Noir étant acces­si­ble depuis le vil­lage par des télé­cab­ines, on a le droit à une rapi­de balade sus­pendue dans le vide. Le paysage qui défile est mag­nifique, et le vil­lage n’est main­tenant qu’un ensem­ble de petits points.

Mieux que Uber ou le Vélib, la télé­cab­ine devient en quelques min­utes notre moyen de trans­port favori pour aller faire la teuf. Une fois en haut, on se rend compte qu’il n’y a finale­ment que quelques pas à faire dans la neige pour rejoin­dre le fes­ti­val. On aurait mieux faire de garder nos con­vers­es au lieu de pren­dre de gross­es bottes de mon­tagne four­rées — qui vont nous tenir chaud, très chaud. Et là, la magie de la mon­tagne opère : cer­tains fes­ti­va­liers arrivent directe­ment après leurs ses­sions de ski ou de snow, habil­lés de leurs encom­brantes mais amu­santes com­bi­naisons. L’espace est plutôt vaste, le DJ booth est surélevé et fait face à la mon­tagne. Même si la vue de la ter­rasse est mag­nifique, on regrette néan­moins la présence d’un espace chill out digne de ce nom.

Lil Louis — crédit : Lau­rent Reichenbach

Le pre­mier jour, Lil Louis nous offre un voy­age excep­tion­nel à la ren­con­tre de la house orig­inelle. Avec une énergie sans pareille — et un t‑shirt enlevé au bout de quelques min­utes, on ne perd pas ses bonnes habi­tudes — il dégaine des titres, cer­tains très con­nus, d’autres plus con­fi­den­tiels. Mais on retient surtout un morceau intriguant, où une voix répète inlass­able­ment “It is house or is it tech­no ?”. Un vrai gim­mick : Lil Louis l’u­tilise dans presque tous ses sets. Luciano, le par­rain du fes­ti­val et surtout DJ et pro­duc­teur suisse à la renom­mée inter­na­tionale, prend la suite. S’il est pour­tant com­pliqué de se démar­quer après la tor­nade Lil Louis, Luciano est bien con­scient qu’il récupère un pub­lic sur­volté. Pas ques­tion de faire redescen­dre tout ce beau petit monde. Il con­tin­ue dans la même lignée que son aîné avec de la house fine et par­fois même trib­ale. Le soir, on décide de tester la ver­sion club du fes­ti­val. Cap sur le Farinet, où joue en fin de soirée D’Julz. Fir­ty Flav, pas franche­ment aidé par un soundsys­tem mal cal­i­bré, fait danser les pre­miers arrivants au son d’une tech­no un peu mol­las­sonne. L’arrivée de Djer­ry C (le DA du D !Club) signe le vrai départ de la soirée. Pas de doute, il sait ce qui plaît au pub­lic suisse ! D’Julz, la tête pen­sante der­rière le label Bass Cul­ture, pren­dra ensuite la relève, pour deux heures de tech­no. Mal­gré une fin de soirée mar­quée par un set très bien con­stru­it, le Farinet est bien loin de la magie qui opère plus haut au Mou­ton Noir.

Laolu B2B Mirko Loko — Crédit : François Melilla

Le lende­main, Moody­mann, accom­pa­g­né de ses deux insé­para­bles Moody Girls, com­mence son set sous un grand soleil. Il est presque dif­fi­cile de regarder le pro­duc­teur de Détroit s’affairer der­rière les platines, mais on remar­que cepen­dant qu’il mixe avec son kit mains libres, fidèle à son image un brin “je‑m’en-foutiste”. Son set fait écho à son récent DJ Kicks, plutôt down­tem­po et funk, avec par­fois quelques beaux moments deep house. Alors que l’espace se rem­plit d’une lumière presque divine, Moody bal­ance l’hymne nu dis­co “People’s” de LTJ Xpe­ri­ence. Cer­taine­ment le plus beau moment du fes­ti­val, ex-aequo avec Lil Louis bien sûr. Après cette par­en­thèse de deux heures sur la planète Moody, deux tal­ents suiss­es se lan­cent dans un B2B enlevé. D’un côté il y a Mirko Loko — passé sur des labels comme Plan­et E, Des­o­lat et même Bor­der Com­mu­ni­ty à ses débuts — et de l’autre, Laolu, qui puise ses inspi­ra­tions aus­si bien dans les rythmes africains que dans les clas­siques deep house. Les deux amis nous offrent un couch­er de soleil par­ti­c­ulière­ment dynamique, entre tech house et tech­no. Laolu passera même son déjà célèbre edit de “Too Much Infor­ma­tion” de Dele Sosi­mi Afrobeat Orches­tra, sor­ti l’année dernière sur Innervi­sions. Un choix par­fait pour pré­par­er l’arrivée de Dixon.

Dixon — Crédit : Wolf Mike

L’Allemand, élu meilleur DJ par les util­isa­teurs de RA pour la qua­trième année con­séc­u­tive, est très atten­du. Cer­tains veu­lent voir s’il mérite vrai­ment son titre. Après un début sans for­cé­ment beau­coup de relief, il entame une deux­ième par­tie plus psy­ché, à l’image de ce remix enchanteur par Radio Slave. Cer­tains pensent que c’est le bon moment pour se faire livr­er des piz­zas : les gens com­men­cent alors à se pass­er des car­tons, et cha­cun est invité à pren­dre des forces. Ah la sym­pa­thie Suisse ! Les gens dansent, par­fois une part piz­za à la main, ils se font des câlins quand d’autres pla­nent en solo, tout cela sous la nuit qui laisse apercevoir ses pre­mières étoiles. Il est main­tenant l’heure de redescen­dre voir ce que les clubs ont à nous offrir ce soir. Le fes­ti­val affichant com­plet, les clubs le sont d’autant plus. Si bien qu’il est dif­fi­cile de se fray­er un chemin à l’Etoile Rouge pour aller voir Rare Move­ment et Bas Ibelli­ni, et c’est le même con­stat pour Osun­lade qui joue au Farinet. Qu’à cela ne tienne, on ren­tr­era avec de très bons sou­venirs de ce fes­ti­val per­ché dans les mon­tagnes suiss­es, toute­fois un peu déçus d’avoir dû louper Richie Hawtin le lende­main pour ne pas rater notre avion.

Meilleur moment : Lil Louis et son “Is it Tech­no Or Is It House”. Apparem­ment ce titre sera présent sur son prochain album… Fin­gers crossed !

Pire moment : le mec qui s’est approché de Moody­mann, alors en plein set, pour lui dire de met­tre de la tech­no. Le respect est défini­tive­ment mort.

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