Frànçois and The Atlas Mountain : politique, Franz Ferdinand et grunge

Trois ans après le som­bre Piano Ombre, Frànçois & The Atlas Moun­tains troque une par­tie de sa poésie roman­tique pour une forme de réal­isme poli­tisé qui fait du bien au paysage pop français. Un disque engagé qui mar­quera l’année.

En 2014 sur Piano Ombre, François Mar­ry s’était guéri de tout un tas de dures péripéties per­son­nelles, un disque à la part som­bre évi­dente, mais pour­tant plein d’espoir, où l’humanisme et la poésie déli­cate de son créa­teur nis­saient par tri­om­pher. Trois ans plus tard, on retrou­ve François dans les bureaux du Tra­ben­do à Paris, où il répète pour la per­for­mance excep­tion­nelle de Rone qui doit se tenir quelques jours plus tard dans le cadre pres­tigieux de la Phil­har­monie. Aujourd’hui, c’est un album bien dif­férent que nous pro­pose le natif de Saintes, un album qui, sans se dépar­tir de l’élégance poé­tique de l’écriture de François, sem­ble s’être pris une grosse claque réal­iste quant à l’état du monde. Celui qui vit désor­mais en Bel­gique a mis les pieds sur terre et l’atterrissage est douloureux.

Tu es du genre grand voyageur, mais aujourd’hui tu as posé tes valis­es en Bel­gique. Est-ce défini­tif ?

Non je vois vrai­ment Brux­elles où j’habite actuelle­ment comme un lieu de pas­sage, une étape. J’y ai ren- con­tré beau­coup de gens bien­veil­lants, de créa­teurs qui ont des lieux pour s’amuser, des moyens d’agir: tout y sem­ble instinc­tif, les gens se posent moins de ques­tions. C’est val­able pour la danse, le théâtre, la musique, la pein­ture, etc. Il y a beau­coup de petits lieux, des gen­res de squats, mais assez organ­isés. Brux­elles est la cap­i­tale de l’Europe, alors il s’y passe beau­coup de choses au niveau déci­sion­nel et poli- tique. Et mal­gré ça c’est une ville assez petite, où tu peux tout faire à pied, pas bien chère, moi qui aime aller en con­cert, je peux le faire tous les soirs sans me ruin­er pour autant. C’est fonc­tion­nel pour un artiste.

Mais c’est aus­si un choc que d’habiter dans une grande ville ?

Bien sûr, le bruit des voisins qui bougent des meubles au-dessus de chez toi, la gri­saille, la pol­lu­tion et à Brux­elles, le chaos visuel. C’est une ville divisée entre plein de com­mu­nautés qui s’entendent bien, mais font tout à leur manière, alors il n’y a aucune cohérence, dif­fi­cile d’y trou­ver une beauté fixe. Du coup, j’ai cher­ché d’autres angles pour appréci­er la ville visuelle­ment. Comme François Schuiten par exem­ple, un dessi­na­teur de BD qui révèle l’architecture néo­clas­sique (auteur en par­ti­c­uli­er de la mythique série des Cités obscures, ndr), je lisais la ville à tra­vers sa grille de lec­ture en trou­vant de beaux endroits, comme le Palais de Jus­tice où on a tourné la vidéo de “Grand Dérè­gle­ment”. Et aus­si la pein­ture sym­bol­iste du fin XIXe, qui représente les intérieurs bour­geois de manière assez onirique, il reste pas mal de ces vieux apparte­ments, le par­quet, les chem­inées, les colon­nades, etc. La vie noc­turne foi­son­nante est intéres­sante aus­si, l’obscurité rend la ville plus scin­til­lante et com­préhen­si­ble. J’ai un peu lâché l’aquarelle, qui con­ve­nait mieux à la nature, je me suis remis à dessin­er et un peu aux pas­tels en suiv­ant les sym­bol­istes belges.

Il y a trois ans, tu nous con­fi­ais ta peur de per­dre tes musi­ciens, qu’ils soient trop occupés pour tra­vailler avec toi. Aujourd’hui, c’est arrivé.

J’ai heureuse­ment la sen­sa­tion qu’on avait accom­pli tout ce qu’on avait à faire ensem­ble sur Piano Ombre. Se sépar­er de Pierre (Lous­tau­nau, alias Petit Fan­tôme, ndr) et Ger­ard (Black, alias Babe, ndr) a été entière­ment naturel. On avait atteint les lim­ites du feu qu’on avait ensem­ble, cha­cun avait envie de trans­porter sa torche dans son coin. C’était presque un soulage­ment en fait, quand je leur ai envoyé un mes­sage pour leur dire de se con­sacr­er à fond sur leur pro­pre pro­jet, je me suis dit que je repar­tais sur des bases fraîch­es. Ça me per­met d’écarter plein de pistes musi­cales qui par­fois me con­traig­naient : ils avaient une manière de jouer bien pro­pre à eux, qui est autant un point fort qu’une lim­ite. David du groupe Col­isée avait fait nos pre­mières par­ties. C’est un genre de génie musi­cal, il a rejoint le groupe. Pour le disque il y a aus­si les cordes d’Owen Pal­lett, dont je suis vrai­ment fan. C’est une propo­si­tion de Domi­no, je n’allais pas refuser! Sa sen­si­bil­ité, sa capac­ité à en met­tre plein la vue tout en étant hyper­déli­cat… On a tout fait par mail, il habite aux USA, je ne voulais pas plomber le bud­get de l’album.

Ta famille musi­cale s’est élargie au-delà des mon­tagnes, avec Rone ou Éti­enne Daho. Qu’est ce qu’ils t’apportent ?

C’est un régal de se ren­dre compte que l’homme der­rière la créa­tion est tout aus­si pro­fond et authen­tique. Daho était venu nous voir à un con­cert, on a dis­cuté, on a un peu flashé, on s’entendait trop bien alors qu’on con­nais­sait mal le tra­vail de l’autre. C’est devenu un grand frère, je le vois peu, mais quand je le vois c’est pour de vrai, je lui par­le de tout, il me con­seille énor­mé­ment… Il com­prend ma pas­sion pour les musiques indépen­dantes, il voit les com­pli­ca­tions d’un milieu musi­cal basé sur l’image, la légèreté, l’obligation de se ven­dre, etc. Il m’explique com­ment ménag­er la chèvre et le chou.

Tu as tou­jours le sen­ti­ment qu’évoluer dans la musique c’est une affaire de com­pro­mis?

Bien sûr, tu march­es sur un fil. Tu es dans les airs, donc ça reste agréable. Mais si tu cess­es de jouer le jeu, tu ne fais plus des albums et tournées comme tu l’entends.

Venons-en au disque. Quand a‑t-il ger­mé ?

Je suis lent, je laisse pouss­er les choses, j’arrose. J’ai col­lec­té des phras­es, des riffs depuis des années. J’avais répété “1982” dans une forêt à Oléron il y a six ans. Quant à “Bête morcelée”, c’est un texte que j’avais dans mes jour­naux intimes, que j’ai col­lé sur un riff grunge sur lequel on se mar­rait avec les copains. J’écris beau­coup dans les parcs, le seul endroit vert des villes et où je peux chanter sans gên­er per­son­ne. Ma salle de bain est bien aus­si, lumineuse.

Tu voy­ais le précé­dent album comme une guéri­son, liée à des prob­lèmes per­son­nels. Et celui-ci ?

Je le vois comme un oxy­more, il est très sincère et intime et pour­tant il est moins émo­tif.

Tu t’es pris un mur de réal­isme.

Voilà, et cette claque réal­iste me donne l’impression que ce disque est un peu en dehors du cocon de mes émo­tions, comme s’il était plus brut, ce qui cor­re­spond moins à mon tem­péra­ment, ça me sur­prend. Et pour­tant il n’est pas moins per­son­nel…

Il y a trois ans tu nous expli­quais que ta bien­veil­lance te per­me­t­tait de ne pas en vouloir aux hommes de ce monde qui tourne de moins en moins rond. Aujourd’hui tu sem­bles de plus en plus en colère con­tre le sys­tème.

Tu as rai­son. Je reste con­va­in­cu que l’on peut com­pren­dre ce qui pousse chaque humain à agir indi­vidu­elle­ment. Mais c’est la manière dont ils inter­agis­sent, comme ils font mon­ter la sauce, qui dégénère. Ces con­flits sont manip­ulés par des groupes mal inten­tion­nés, dans des pro­por­tions cat­a­strophiques et alar­mantes. Ma colère est dirigée con­tre ces manip­u­la­tions, pas con­tre les hommes.

Il va fal­loir assumer que c’est un album poli­tique. Cela te fait peur ?

Un peu, mais avec tout ce que le pays s’est pris ces dernières années, il ne faut plus avoir peur du mot “poli­tique”… comme il ne fal­lait pas avoir peur d’être un groupe qui chan­tait en français. (rires) Je me suis ren­du compte que beau­coup de musiques que j’adorais étaient poli­tiques : les groupes africains, le reg­gae, enfin le reg­gae orig­i­nal, je ne par­le pas de Pier­pol­jak, le dub, etc. Ces musiques-là étaient sen­suelles et groovy, mais poli­tiques. Quand je suis allé en Afrique, je demandais pourquoi on ne voy­ait plus jouer l’Orchestre PolyRy­th­mo de Coto­nou par exem­ple, les Béni­nois m’ont expliqué que ces artistes dans les années 70 étaient payés pour jouer à des meet­ings poli­tiques. Quand les mou­ve­ments poli­tiques n’ont plus eu de moyens financiers, ça n’a plus marché.

Ces groupes poli­tisés émer­gent sou­vent quand il se passe quelque chose de ter­ri­ble dans leurs pays. Peut-être qu’en Occi­dent, on est entré dans ce genre de sit­u­a­tion.

On n’est plus sous les Trente Glo­rieuses, alors on est moyen yéyés… Les artistes comme les jour­nal­istes sont des éponges, on relaie ce qui gravite autour de nous en les pas­sant par notre fil­tre.

Ça com­mence fort avec l’ouverture, “Grand dérè­gle­ment”, qui sonne comme un man­i­feste de décrois­sance. C’est une idée que tu affec­tionnes ?

C’est une idée qui m’intéresse, c’est une des répons­es à ce qui se passe, c’est sûre­ment celle qui cor­re­spond le plus à ma per­son­nal­ité. Mais je ne veux pas me lancer dans des expli­ca­tions parce que je ne suis pas celui qui les artic­ulera le mieux, je préfère que les gens ail­lent lire ce que dit Pierre Rab­hi (essay­iste et agricul­teur, engagé dans le développe­ment de pra­tiques agri­coles prenant en compte l’environnement et qui préser­vent les ressources naturelles, chantre de la décrois­sance, ndr).

Sur “Apoc­a­lypse à Ipsos”, tu par­les même de rire de la mort de ceux qui crachent de la haine, ça sur­prend.

C’est une pirou­ette, qui joue sur le côté guilleret du morceau, je trou- vais ça rigo­lo d’y gliss­er “allez tous crev­er”… enfin pas “tous”, ceux qui sèment la zizanie. Mais je n’ai pas de haine en moi, c’était pour utilis­er leur lan­gage, le retourn­er con­tre eux.

Tu as tou­jours sem­blé ne pas tout à fait avoir les pieds sur terre. Est-ce que tu aimerais plus te con­fron­ter à la réal­ité, t’engager ?

J’aimerais être plus mil­i­tant, je serais plus fier de moi si je pou­vais te par­ler d’une action sociale, plutôt que d’un album que j’ai enreg­istré. Je ne suis pas vrai­ment fier de mon activ­ité d’artiste. Et de la lâcheté que j’ai à ne pas libér­er de temps pour des caus­es human­i­taires, par exem­ple. D’un point de vue plus métaphorique, sen­si­ble, je fais un effort pour essay­er de me rac­crocher à cette terre, c’est pour ça que cet album a une fac­ture plus réal­iste, qu’il fait écho à des sit­u­a­tions poli­tiques et sociales. Tout seul chez moi, je passe mon temps à faire de la musique abstraite, des drones, de l’écriture automa­tique, des pein­tures psy­chédéliques. C’est intense et per­son­nel pour moi, ce sera tou­jours là. Mais je dois être vig­i­lant et faire un effort pour me reli­er à l’autre, la vie sur terre est courte il faut en prof­iter main­tenant.

Sur la même chan­son tu par­les beau­coup de famille. En fonder une, c’est une envie qui te hante ?

Ça me hante oui… On peut le dire, c’est le bon mot, dans toutes les formes qu’il peut pren­dre. C’est aus­si un hom­mage ter­rien d’un indi­vidu à ses proches par le sang, c’est pour leur faire coucou.

Tout cela donne un relief assez dur au disque, comme un pas­sage à l’âge adulte tardif, des illu­sions qui se brisent.

Oui, il y a une forme de respon­s­abil­i­sa­tion. Mais on dirait que ça a pris plus la forme d’un pas­sage à l’âge adulte sur cet album que dans ma vie per­son­nelle ! (rires)

Ton album sort en pleine péri­ode élec­torale. Tu suis l’actualité poli­tique ?

J’essaye de chercher des étin­celles chez ceux qui par­lent, mais je n’en trou­ve pas beau­coup.

Tu as enreg­istré le disque à Molen­beek, pourquoi ?

Il y a juste un super stu­dio pas cher ! Le quarti­er était calme et sans dis­trac­tions, toute la ner­vosité est facile­ment désamorçable. Il y a un titre qui sera en bonus sur l’édition lim­itée, “Night Thoughts, Day Dreams”, sur lequel on entend des enfants qui par­lent. Je dessi­nais sur la place à côté du stu­dio, un attroupe­ment d’enfants s’est fait autour de moi, plein de mil­i­taires pas­saient, mais eux com­men­taient mes dessins, par­laient de la fête des mères… Un moment très joyeux.

Tu as l’habitude d’enregistrer dans l’urgence, qu’en fut-il ce coup-ci ?

On a eu un rab de qua­tre jours par rap­port au précé­dent, douze jours d’enregistrement ! Et seule­ment qua­tre jours de mix, ce qui est déraisonnable. Cet album a été une pro­jec­tion men­tale pen­dant une année et quand on s’est retrou­vé dans le réel, il a fal­lu saisir le moment, cristallis­er, ne pas ter­gi­vers­er. Si j’avais été tout seul, j’aurais paniqué. Mais là, la surex­ci­ta­tion a créé une chaleur très intense avec le groupe. Faire con ance à l’urgence, c’était incroy­able. Le produc- teur avait son mot à dire aus­si, quand on jouait les morceaux à la Pave­ment, il fai­sait une moue qui voulait dire “unim­pressed”. Il a fait le tri.

Mal­gré tout ce qu’on vient de dire, musi­cale­ment c’est un disque très apaisé, presque famil­ial.

Tant mieux! Je pense que c’est parce qu’il n’y a pas de maniérisme, on n’avait pas de volon­té artis­tique acharnée, du genre: “On va faire un album élec­tro qui tue.

Pour­tant, il y a la vio­lente “Bête morcelée”, qui sonne comme un petit caprice.

Comme un oncle ivre au Noël en famille ? (rires) Ce n’est pas un caprice, il y avait beau­coup de morceaux comme celui-là, c’est le seul qui a survécu à l’écrémage, peut-être parce qu’il était aus­si inten­sé­ment capricieux et court. Les autres mem­bres du groupe ne voulaient pas le met­tre, mais ils m’avaient fait vir­er assez de morceaux rock comme ça, celui-là, je le garde, vous êtes gen­til. (rires) Il était néces­saire aus­si par rap­port au fond… Et j’y vois un exu­toire de tout un tas de choses qui me tra­versent et que je ne peux pas exprimer sous la forme de poésie afro-groove… Il mul­ti­plie aus­si les clins d’œil à Petit Fan­tôme, qui n’est pas sur l’album. Il fait par­tie de ma per­son­nal­ité, il fait un tun­nel vers mon moi de qua­torze ans.

Est-ce qu’il y a un album de rock énervé de François qui pour­rait sur­gir un jour ?

Il y en avait un dans l’œuf. J’ai été à Los Ange­les en décem­bre dernier pour voir Burg­er Records, j’avais quelques con­tacts par Hedi Sli­mane. Je fan­tas­mais sur The Gar­den, Thee Oh Sees, je voulais voir de plus près, j’ai par­lé au boss de Burg­er, etc. J’ai trou­vé ça super, effer­ves­cent, mais je suis arrivé un peu tard, j’ai le sen­ti­ment que c’est en train de devenir une for­mule… et comme tout ce qui vient des USA, l’image qu’on s’en fait n’a pas le même éclat sur place. L’album grunge, j’aimerais bien le sor­tir, mais on ver­ra… dans le Sud-Ouest, ils ont l’air bien branché garage, on doit pou­voir faire un truc rigo­lo entre deux ses­sions de surf.

C’était quoi ce fameux pro­jet avec Hedi Sli­mane ?

Il a fait une cam­pagne pour Yves Saint-Laurent autour de la nou­velle scène française, avec La Femme, Moodoïd, Grand Blanc, etc. On s’est retrou­vé en colonie de vacances de 48 heures dans un hôtel lux­ueux cal­i­fornien. Sli­mane organ­i­sait des soirées après les défilés, dans un sous-sol de club minus­cule, où se côtoy­aient Daft Punk, Jack White ou Par­adis, la scène under­ground garage de Los Ange­les, tous les man­nequins du défilé et beau­coup d’alcool. Et au milieu de tout ça des instru­ments, dont cha­cun se sai­sis­sait quand il le voulait, lâchage com­plet, je me suis retrou­vé à jouer des repris­es de garage des années 70 avec les gars de Franz Fer­di­nand. Mais il y avait aus­si des man­nequins bour­rées qui débitaient des phras­es en espag­nol. Au milieu de tout ça, Hedi Sli­mane regar­dait la jeunesse déver­gondée, qui nour­ris­sait ses col­lec­tions et son jour­nal intime. Ce lâchage d‘énergie m’a rap­pelé mon ado­les­cence. On a tourné ensuite en Aus­tralie avec La Femme, c’était drôle de voir qu’on était une généra­tion à avoir envie de tant d’énergie. J’en ai aus­si trou­vé des échos quand on a joué au Caire. Les morceaux qui mar­chaient les mieux étaient les plus rock, bruts, sat­urés. Alors qu’on pen­sait que c’était nos emprunts aux musiques africaines qui fonc­tion­neraient le mieux. C’est comme un rendez-vous amoureux où tu cherch­es à te pré­par­er, jusqu’aux répliques que tu vas sor­tir. Mais tout ce que tu prévois dévie et ça fait par­tie de la magie.

À qua­torze ans, tu écoutais qui ?

J’aurais honte de le dire !

Il ne faut pas, j’avais un poster de Sin­clair dans ma cham­bre.

(rires) Alors c’est bon, je peux tout dire, c’est don­nant don­nant. C’était avant Inter­net et je vivais à Saintes, une petite ville. J’ai décou­vert Deftones en faisant du skate, j’ai ren­ver­sé le car­ton d’un dis­quaire qui avait jeté le CD à la poubelle. J’avais qua­torze ans en 1994, Nir­vana à fond, et pour le reste je regar­dais les mag­a­zines de musique. Gui­tar Parts que j’achetais parce qu’il y avait des médi­a­tors gra­tu­its dedans et Rock Sound avec des CDs. Sil­ver­chair, Mass Hys­te­ria, Soul y, Pan­tera, Korn, le surf, le skate, etc. J’aimais beau­coup les Français de Spicy Box aus­si, un morceau s’appelait “Plein pou­voir à ton corps” et un autre “C’est le con­sen­sus, tout le monde suce”. J’avais un poster de Korn où le mec avait mar­qué sexe sur sa main, je l’avais mis sur la porte de ma cham­bre pour faire chi­er ma mère.

Tu par­lais de tes tournées en Afrique ou au Moyen-Orient, tu as aus­si écrit pour un spec­ta­cle de danse. Ces pro­jets “alter­nat­ifs” te sont impor­tants ?

Bien sûr, parce que le cir­cuit clas­sique album/tournée est très lim­ité. J’ai une chance de dingue, mais je suis très curieux cul­turelle­ment, je rêverais que tout le monde soit comme moi, qu’au lieu d’aller voir deux con­certs dans l’année, PNL et John­ny, les gens ail­lent en voir cinquante petits. Je rêverais que tout le monde ait cette démangeai­son d’aller voir tous les soirs le type du coin qui fait un truc bizarre. J’essaye de nour­rir cette par­tie de moi. Je rêve d’une manière de sor­tir de la musique où il n’y a pas besoin d’image de groupe fixe. J’ai envie d’une for­mule inclu­sive, jam­mer, inter­chang­er. Mais c’est moins vendeur, les gens qui con­som­ment de la musique n’ont pas le temps de ren­tr­er dans les délires des artistes, il leur faut un pack­ag­ing. Et je ne leur jette pas la pierre, c’est prob­a­ble­ment comme ça que je suis avec le ciné­ma.

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