©Antoine Henault

Glitter : “Je refuse le jeu de ces programmations dites ‘electro orientales’ ”

ڭليثر Glit­ter٥٥ (alias Man­ar Fegrouch), jeune artiste et DJ maro­caine de 24 ans, a gran­di à Rabat où elle étudie la musique au Con­ser­va­toire de la Gen­darmerie Royale. En 2010, elle quitte son pays natal pour emmé­nag­er en France. Après un pas­sage par Amiens et Lille, elle finit par pos­er ses valis­es dans la cap­i­tale. Désor­mais, elle est rési­dente sur Rinse France et d’au­cuns ont pu remar­quer son nom à l’af­fiche d’ex­cel­lents fes­ti­vals ces deux dernières années (et appréci­er ses sets aus­si éclec­tiques qu’ex­igeants). Elle sera d’ailleurs ce same­di 21 décem­bre à la soirée I Hate World Music x PAM à Petit Bain.

Lors d’un très intéres­sant échange avec le mag­a­zine spé­cial­isé des cul­tures africaines Pan African Music, ڭليثر Glit­ter٥٥ a eu l’oc­ca­sion d’ex­primer sa vision per­son­nelle à pro­pos de la scène elec­tro chaâbi actuelle à laque­lle elle est affil­iée. Elle y partage son ressen­ti mais n’hésite pas à par­ler de ce qui la préoc­cupe ou lui déplaît dans la manière d’ac­cueil­lir et de traiter la musique élec­tron­ique panarabe. Elle dénonce par exem­ple la mode et l’at­trac­tion actuelle pour cette “dimen­sion exo­tique” de ces musiques : “Je me suis retrou­vée dans des soirées label­lisées “tech­no arabe”, avec des gens hyper bornés, sim­ple­ment attirés par la dimen­sion exo­tique, de sonorités com­pris­es comme “ori­en­tales”. Aujourd’hui, je refuse le jeu de ces pro­gram­ma­tions dites “elec­tro ori­en­tales”. Je suis heureuse que les gens kif­f­ent la musique de nos pays d’origines mais nous devons faire com­pren­dre que ce que nous faisons va bien au-delà.”

Je me suis retrou­vée dans des soirées label­lisées “tech­no arabe”, avec des gens hyper bornés, sim­ple­ment attirés par la dimen­sion exo­tique, de sonorités com­pris­es comme “ori­en­tales”. Aujourd’hui, je refuse le jeu de ces pro­gram­ma­tions dites “elec­tro ori­en­tales”. Je suis heureuse que les gens kif­f­ent la musique de nos pays d’origines mais nous devons faire com­pren­dre que ce que nous faisons va bien au-delà.”

©Syl­vain Di Cristo

En effet, la DJ/productrice souhaite, en toute légitim­ité, que les artistes soient recon­nus pour leur véri­ta­ble valeur et non parce que leur musique s’in­scrit dans un effet de mode. “Ça suf­fit les dro­madaires et les per­cus­sions, on sait faire autre chose. J’espère que sur le long terme, les artistes orig­i­naires du Maghreb seront recon­nus pour leurs qual­ités intrin­sèques, et pas unique­ment parce qu’ils sam­plent du chaâbi ou du raï”, ajoute Glit­ter.

Elle déplore alors l’aspect oppor­tuniste de l’in­dus­trie de la musique qui risque de déna­tur­er l’ap­proche artis­tique : “Moi, ce qui me foutrait en l’air, ce serait par exem­ple qu’un label débar­que, enreg­istre, bref se serve en musique pour repar­tir en vitesse, sans con­sid­éra­tion ni respect pour les musi­ciens locaux. En mode pil­lage musi­cal”. Mais Man­ar Fegrouch ne renie pas pour autant la musique qui a bercé son enfance, car pour elle, les artistes de sa généra­tion orig­i­naires du Maghreb devraient être des “passeurs” et non des “portes-voix”.

Retrouvez l’interview complète sur Pan African Music

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