Interview : le sound‐system Kraken Krew s’apprête à “foutre le bordel” à Paris

Dans les années 90, des sound‐systems comme les Spi­ral Tribe, Heretik Sys­tem, Metek ou encore les Epsylonn‐Otoktone organ­isent des soirées à tra­vers toute l’Europe partageant un esprit lib­er­taire, auto­géré et surtout fes­tif. Si un statu quo entoure tou­jours le monde de la free par­ty quant à sa légal­ité, la pra­tique est défini­tive­ment ancrée dans les moeurs des ama­teurs de musiques élec­tron­iques. Le son de teuf s’exporte main­tenant en club, un espace rad­i­cale­ment dif­férent des hangars ou des champs où posent habituelle­ment les sound‐systems. On est allé à la ren­con­tre du Krak­en Krew, sound‐system de la région d’Île-de-France, avec quelques ques­tions à l’occasion de leur soirée à Glazart le 5 jan­vi­er prochain. Toutes les infor­ma­tions sont sur l’évènement Face­book.

Tsu­gi : Krak­en Krew, c’est la réu­nion de plusieurs sound‐systems. Pouvez‐vous racon­ter la nais­sance du crew ?

Krak­en Krew : Tout a com­mencé par un délire entre quelques mem­bres des pH4, 3fazé, Dklé et DZ lors d’une free par­ty organ­isée par Art­nak, 3fazé et DZ en sep­tem­bre 2012. Ces vétérans de la tech­no se sont mis en tête de pos­er une grosse façade pour les 20 ans du tekni­val du 1er mai. Ce fut une belle réus­site…

Après quelques bal­bu­tiements (free par­ty du 14 juil­let et une soirée en club à l’Underground de Rouen), mais surtout deux belles free par­ties (Super Mario et Adams Fam­i­ly) avec nos amis du sud, les Men­tal Resis­tance et Tribu K‐Tare, l’idée a ger­mé d’offrir une revanche parisi­enne en entre­pôt pour Hal­loween. Nous nous sommes alors alliés au col­lec­tif des Insoumis, qui font du très bon tra­vail, le 31 octo­bre 2015 et la Rave On The Dead est née. Cet événe­ment a fait beau­coup dans l’unité du Krew, et depuis il a gag­né en notoriété et l’organisation de fêtes est dev­enue régulière.

Pourquoi avoir décidé de vous réu­nir ?

D’abord l’envie de con­tin­uer à foutre le bor­del. Comme on dis­ait, c’est l’élan lancé par les derniers mohi­cans de ces qua­tre crews qui a fait la base du col­lec­tif. Les vingt ans du 1er mai étaient une date haute­ment sym­bol­ique. Cette belle pre­mière expéri­ence a don­né des idées pour la suite. Cer­tains mem­bres d’autres crew comme les Nawak, Art­nak, Frenetek, 1korekt ou bien encore NSM ont rapi­de­ment inté­gré cette coali­tion.

Soyons francs, aucun de ces crews pris un par un n’aurait pu assur­er un tel spec­ta­cle, vu le temps et les effec­tifs néces­saires, sans compter les années qui passent… Finale­ment il y avait aus­si l’envie de ne pas pos­er une façade quel­conque. Le pan­el musi­cal, les années d’expériences scéniques, en ama­teur comme en pro­fes­sion­nel, ain­si qu’une envie d’organiser de jolies fêtes nous ont don­né l’énergie de con­tin­uer.

Le pub­lic de club et de teuf est‐il si dif­férent selon vous ? Ou les deux milieux sont‐ils poreux ?

En général, c’est sûr que ce sont deux publics très dif­férents. Néan­moins, la musique per­met de se réu­nir. Mais même lors de nos soirées payantes, notre pub­lic est essen­tielle­ment com­posé de “free par­teux”. Bien‐sûr il y aura tou­jours quelques “purs et durs” qui ne met­tront jamais un pied en club. Il nous arrive de crois­er égale­ment des tech­nos kids nou­velle généra­tion dans nos soirées payantes ou en free par­ty.

Vous vous rat­tachez davan­tage à la scène free ou à la scène rave ?

Issus plutôt de la free, nous avons tou­jours été ouverts à la vis­ite, voire à l’organisation d’une rave. Les bud­gets étant plus impor­tants, les raves per­me­t­tent de voir de gross­es scéno­gra­phies et des artistes inter­na­tionaux. Alors que la scène free nous per­met des col­lab­o­ra­tions pas­sion­nantes avec d’autres sound‐systems. Cer­tains d’entre nous mon­tent faire des gross­es raves et fes­ti­vals hol­landais depuis près de 15 ans et con­tin­u­ent de s’y ren­dre régulière­ment.

Quelle est la dif­férence entre mix­er dans un hangar ou mix­er dans un club ?

Il existe pas mal de dif­férences… Déjà dans l’entrepôt tu risques tout ton matériel (enceintes, groupe élec­trogène, lights, platines, ordi­na­teurs, vinyles), des sanc­tions judi­ci­aires voire pénales, et donc finan­cières. Nous sommes d’ailleurs sous le coup d’une saisie de généra­trice suite à la Rave On The Dead 3.

En ce qui con­cerne le mix pur et dur, le hangar est som­bre et sans lim­ites de son ni de temps. Le club est a con­trario plus “cadré”, même s’il est tou­jours exci­tant de jouer la musique que l’on aime devant un pub­lic déchaîné, que ce soit en club ou en hangar.

En mix­ant en club, c’est l’occasion de défendre vos idées ou vous priv­ilégiez l’aspect fes­tif ?

C’est surtout l’occasion de foutre le bor­del sans pren­dre de risques en pleine cap­i­tale ou ailleurs. Même si en finis­sant aux aurores, la saveur ne sera for­cé­ment pas la même.

Vous avez un avis sur la loi qui va impos­er la lim­i­ta­tion du son dans les clubs et fes­ti­vals ?

Elle va enlever du plaisir aux club­bers et aux fes­ti­va­liers, car quoiqu’il arrive notre musique s’écoute fort. Elle peut même pass­er l’envie au pub­lic d’aller en fes­ti­val. Imag­ine les plus gros DJ réu­nis sur un plateau que tu écoutes en sour­dine… D’autant que la lim­i­ta­tion n’éliminera pas les prob­lèmes d’audition : si c’est mal réglé, c’est mal réglé !

Quels sont vos meilleurs sou­venirs de soirées en club ?

Le Krak­en Krew n’a que qua­tre expéri­ences d’organisation en club/salle (Under­ground, Bato­far, Com­plexe 85, Glazart). La plus mar­quante reste la co‐organisation de la Bass Wars en décem­bre 2016, avec l’association vendéenne Illu­sion sonore. Nous avons pris d’assaut le Com­plexe 85 (entre La Roche‐sur‐Yon et Cho­let, ndr), qui n’est franche­ment pas une salle facile à rem­plir de par sa sit­u­a­tion géo­graphique et finale­ment le pari fut pleine­ment réus­si ! 2000 per­son­nes sur trois salles (hard music, tech­no et trance), 30 kW d’enceintes L‐Acoustics dernier cri, du map­ping, des têtes d’affiches et un pub­lic fort heureux.

Vous avez quelques morceaux récents qui vous ont per­cutés ces derniers temps ?

Étant don­né notre nom­bre, tu te doutes bien que l’éventail musi­cal va être très large !

Track­list :
Etnik — “Cel­sius”
Ran­somer — “Bring”
Apashe & Lek­trique — “Con­fess”
W.LV.S (Elec­tric Res­cue & The Dri­ver) — “Mis­eri­cor­dia”
KRTM feat Synap­tic Mem­o­ries — “Let Me in”
Tyson — “Mon­ster­moog”
Seizure — “Informer”

Vous avez des sor­ties de dis­ques prévues en 2018 ?

Le label Krak­en sera final­isé courant 2018, KeMi devrait y sor­tir un EP. Par­al­lèle­ment Resh G et Konik pré­par­ent leur pre­mier album dig­i­tal sous leur nom com­mun Kaos The­o­ry sur le label Oxy­mor. Resh G va éditer aus­si en solo des vinyles : Oxy­mor 06, Pain‐Beurre 08, Pain‐Beurre HS 01 et un repres­sage de Pain‐Beurre 03. Il y a égale­ment Thieum et Konik qui ont fait un morceau dans la com­pi­la­tion XMAS 2017 d’Oxymor, disponible en libre télécharge­ment.

Le Krak­en Krew sera au Glazart le 5 jan­vi­er prochain pour une nuit tech­no, hard­style et drum’n’bass. Toutes les infos sont sur l’évènement Face­book.

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