Interview : Paradis, “la fête est notre principale source d’inspiration”

Il n’aura fal­lu que deux max­is “Par­fait Tirage” et “Hémis­phère” pour asseoir la répu­ta­tion de Par­adis. Leur paru­tion en 2011 et 2012 sur Beats In Space, le label new-yorkais du roi des “conois­seurs”, le DJ ani­ma­teur de radio Tim Sweeney, atti­ra tous les regards sur ce duo com­posé de Simon Mény et Pierre Rousseau. Par­adis a ain­si don­né nais­sance à la house la plus belle, mais aus­si la plus étrange que l’on a enten­du depuis bien longtemps. Inter­view découverte.

Qui êtes-vous ?

Simon et Pierre, deux amis. On se retrou­ve régulière­ment pour par­ler de musique, et en faire et quand ça nous vient, pour écrire des chan­sons. A côté de ça, on aime aus­si faire les DJ’s et jouer des dis­ques qui nous plaisent, qu’on a envie de partager et qui nous inspirent cha­cun à leur manière.

Com­ment vous vous êtes rencontrés ?

On s’est ren­con­tré au cours d’une soirée bien arrosée chez un ami il y a trois ans main­tenant. Il avait la chance d’occuper un apparte­ment assez imposant, Boule­vard Saint-Germain à Paris. L’espace était immense, c’était un endroit incroy­able pour les fêtes, ça par­tait tou­jours dans tous les sens. On a dis­cuté de musique, on écoutait des choses assez dif­férentes, mais le lende­main on a fini par se retrou­ver dans un apparte­ment net­te­ment moins lumineux et con­sid­érable­ment plus petit, pour essay­er de faire un morceau ensem­ble. On avait cha­cun eu des expéri­ences dif­férentes en groupe, mais là, ça a tout de suite fonc­tion­né. On est assez dif­férents dans nos approches de la musique et du coup et on se com­plète plutôt bien.

Com­ment avez vous ren­con­tré Tim Sweeney ?

On était en con­tact avec lui depuis quelque temps, il était de pas­sage à Paris et il nous a pro­posé de le ren­con­tr­er un après-midi. On l’a retrou­vé dans le cen­tre, on ne savait pas trop ou aller, il fai­sait beau, du coup on a acheté quelques bières et on s’est posé dans les jardins du Palais Roy­al. On était super con­tents de le ren­con­tr­er, on écoutait son émis­sion de radio depuis longtemps. On lui a fait écouter plusieurs démos, on s’est bien mar­rés, c’est un super sou­venir. C’était la pre­mière fois qu’on ren­con­trait quelqu’un qui, pour nous, fai­sait à la fois de belles choses en musique et qui sem­blait appréci­er la nôtre.

Utilis­er le Français pour pro­duire de la house c’est quelque chose qui inter­pelle, pourquoi cette démarche ?

En fait, ça n’a jamais vrai­ment été une démarche de notre part. Ini­tiale­ment, on fai­sait de la musique instru­men­tale, et à un moment on a sim­ple­ment voulu inté­gr­er des voix, plus comme un instru­ment juste­ment, pour le spec­tre des sons qu’une voix peut apporter. Au moment de se pencher sur les textes, on ne s’est pas telle­ment posé la ques­tion d’écrire autrement qu’en Français, c’était pour nous la façon la plus immé­di­ate de met­tre des mots sur nos mélodies. Depuis que nos deux pre­miers max­is sont sor­tis, on s’est ren­dus compte qu’on avait très envie d’écrire des chan­sons de la manière la plus naturelle pos­si­ble, inspirées par la musique que l’on écoute et dans notre langue maternelle.

Quelles sont vos racines musicales ?

Enfants, on a tous les deux joué des instru­ments “clas­siques”, et avec les années, les ren­con­tres et le skate, on a com­mencé à écouter du punk et du hip hop. Un peu plus tard, au lycée, assez naturelle­ment, on est tombés les deux pieds dans les musiques plus dansantes. On a tou­jours été ouverts musi­cale­ment, mais ça nous sem­ble être quelque chose de généra­tionnel, con­traire­ment peut-être à une époque où les goûts musi­caux sem­blaient faire par­tie de toute une cul­ture de “clan”. On est con­stam­ment en train d’écouter des nou­veaux morceaux club, on adore ça ! On est ren­trés là dedans pour les tex­tures, le côté expéri­men­tal, inno­vant, et juste­ment la capac­ité avec laque­lle cette musique sait cass­er les fron­tières entre les gen­res. Ensuite, on écoute rarement ces choses-la chez nous. On a un vrai pen­chant pour les chan­sons, les chan­sons à texte, sou­vent assez mélo. On aime appel­er ça les “sweet songs” ! Le mieux, c’est quand on arrive à trou­ver des morceaux qui sont à la fois “sweet” et dansants. Pour ça, la soul nous met sou­vent d’accord, au fond c’est peut-être la base de toutes les musiques qu’on écoute.

Aujourd’hui encore, on écoute vrai­ment de tout, mais on a ten­dance à appréci­er dif­férentes musiques dans dif­férents con­textes. L’émotion que tel ou tel morceau est capa­ble de véhiculer nous sem­ble vrai­ment liée à ça, l’occasion, l’heure, l’état d’esprit des gens. Au fond, la dance music nous inspire surtout pour les sou­venirs de fête qu’elle nous a lais­sé dans les soirées ou dans les clubs. Que ce soit pour l’émotion qu’elle pro­cure, son aspect fédéra­teur, col­lec­tif, par­fois libéra­teur, peut-être que la fête est notre prin­ci­pale source d’inspiration.

Com­ment définir votre musique ?

C’est un peu dif­fi­cile à dire, mais juste­ment, il y a peut-être quelque chose de sweet. Et mod­erne, on espère! En tout cas, notre volon­té aujourd’hui, c’est d’écrire des chan­sons en français en phase avec la musique de notre époque. On a peut-être ten­dance à se répéter, mais c’est réelle­ment ce qui nous sem­ble le plus naturel.

Quels sont vos projets ?

On a un côté assez anx­ieux tous les deux, c’est par­fois un peu dif­fi­cile pour nous de se pro­jeter. On ne sait pas trop vers quoi la musique va nous emmen­er, mais on essaie de pren­dre notre temps sur chaque pro­jet sur lequel on a la chance de tra­vailler, pour ten­ter d’apporter vrai­ment quelque chose de personnel.

Plusieurs remix­es vont sor­tir pour Ago­ria, Cale Parks et Jag­war Ma. Sur cha­cun d’entre eux, on a essayé de creuser la réin­ter­pré­ta­tion du morceau orig­i­nal, pour en faire des chan­sons qui nous ressem­blent le plus pos­si­ble. On écrit par exem­ple des textes courts en français pour chaque nou­veau remix. On fait aus­si quelques dates en DJ, on espère avoir l’occasion d’en faire de plus en plus, c’est quelque chose qui nous plait vrai­ment. Et surtout, on tra­vaille depuis un cer­tain temps sur un pro­jet d’album, on ne peut pas encore vous en dire plus mais on est très impatients !

Pro­pos recueil­lis par Patrice Bardot.

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