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9 mai 2017

Josh Wink : « C’est important de résister ou d’exprimer son point de vue, de ne pas se laisser faire »

par Lucas Martin

Le vétéran originaire de Philadelphie Josh Wink a toujours su glisser des messages forts dans ses morceaux, « Higher State Of Consciousness » et « Meditation Will Manifest » l’attesteront. Connu pour son amour des sonorités acid, le producteur vient de partager un nouvel EP intitulé Resist qui n’échappe pas à la règle. Sorti sur son propre label Ovum quelques mois seulement après l’élection de Donald Trump aux États-Unis, ce nouveau morceau ne pouvait pas être anodin. On a donc voulu en savoir plus.

Si vous êtes plutôt Spotify : 

Tu es de retour sur ton propre label Ovum pour Resist, c’était important pour toi de revenir à la maison ? 

Je suis toujours là, je ne pars jamais vraiment (rires). Mais je suis content d’avoir à nouveau ma propre musique sur Ovum. L’année dernière c’est vrai que j’ai sorti des morceaux sur d’autres labels comme Boysnoize Records. Shoelaces devait sortir sur Ovum mais Alex (Alexander Ridha aka Boys Noize, ndlr.) m’a dit qu’il l’aimait beaucoup et qu’il voulait l’avoir alors je lui ai dit oui, pour essayer quelque chose de différent.

J’ai lu que ton fils de cinq ans préférait la drum & bass, qu’est ce qu’il a pensé de ce nouvel EP ? 

Je ne suis pas sûr mais je crois qu’il l’a entendu à la maison. Mais oui mon fils aime la drum & bass pour des raisons que j’ignore (rires). Il y a toujours eu de la musique à la maison, du jazz, du reggae, de l’ambient, de la soul, de la techno et de la drum & bass old school comme D-Bridge ou Roni Size. Il aime ma musique, mais il préfère les sons encore plus rapides, il trouve la techno un peu lente (rires). Mais je m’estime chanceux, j’ai des amis qui sont DJs aussi à Philadelphie, il y a toujours de la bonne musique chez eux, surtout du hip-hop, et leurs enfants préfèrent écouter du Katy Perry, ou la bande son du film La Reine Des Neiges

Quel est le message sous-jacent derrière le morceau « Resist » ? 

En grandissant, j’ai été très influencé par Refuse & Resist!, un groupe d’activistes luttant pour les droits humains fondé à New York City à la fin des années 80. La résistance a toujours fait partie de l’idée que je me faisais d’une société humaine saine, où l’activisme est légal et où il est normal que des gens aient le droit de critiquer leur gouvernement. J’ai découvert ce mouvement quand je n’avais que 18 ans en voyant les artworks de Keith Haring et le logo Resist! en 1988.

Je suis aussi très attentif à ce qu’il se passe politiquement aux Etats-Unis et à travers le monde. C’est toujours important que chacun puisse s’exprimer librement même si c’est contre leur propre gouvernement. Toi par exemple, tu es français, la lutte fait partie intégrante de votre culture, il y a souvent des manifestations. Quand j’ai voyagé à travers le monde, j’ai pu découvrir toutes sortes de cultures et j’ai eu l’occasion de voir des gens revendiquer, exprimer leur vision et leurs problèmes presque toujours de manière pacifique. Dans de nombreux pays du reste du monde, les gouvernements et leur police ont réellement peur de leur population mais aux Etats-Unis c’est l’inverse ! Les gens ont peur de leur gouvernement, et je pense que c’est important que ces gens sachent que c’est leur droit de protester légalement, de marcher…

Il y a un peu tout ça derrière ce morceau. Finalement, je veux juste faire passer l’idée qu’il est important de résister ou d’exprimer son point de vue, de ne pas se laisser faire. Je pense aussi que la musique électronique peut être intellectuelle et provoquer la réflexion. Mais cela appartient vraiment aux auditeurs de faire ce qu’ils veulent de ce morceau car je dis simplement « Resist ».

Logo dessiné par Keith Haring présent sur une affiche d’un concert organisé par Refuse & Resist!

Donc tu ne cherches finalement pas à convaincre, mais plutôt à exprimer ton point de vue à travers ta musique ?

Oui, l’interprétation dépend vraiment de la personne qui l’écoute. La musique est subjective comme toute forme d’art. Tu peux aller au musée, voir un tableau et avoir une interprétation totalement différente du message que l’artiste a voulu transmettre. C’est la même chose avec ma musique, c’est totalement ouvert à l’interprétation et à la subjectivité. Mais c’est vrai que si cela peut amener des gens à faire le lien entre ce simple mot et les mouvements qu’il implique, tant mieux.

Tu es vegan, est-ce lié à cette conscience politique que tu revendiques ? 

Non je le suis depuis longtemps. Je suis végétarien depuis 1983 et vegan depuis 1994. J’ai toujours fait attention à la nourriture que je mangeais et cela ne risque pas de s’arranger au regard de ce qu’il se passe dans le monde entier avec la dérégulation sanitaire, les OGMs, etc…

Concrètement, depuis l’élection de Trump, qu’est ce qui a changé pour toi dans ta vie quotidienne ?  

Le sentiment que j’ai du pays dans lequel je vis. Je suis vraiment gêné. Je me souviens d’un voyage dans le sud de la France à Aix-en-Provence, George W. Bush venait de bombarder l’Afghanistan. J’avais une conversation politique avec des amis et des collègues, et ils m’ont regardé comme si j’étais en faveur de cette guerre. Je leur ai demandé pourquoi ils pensaient ça, et ils m’ont répondu que j’étais américain et que j’avais choisi ce président. J’ai trouvé cela très grossier, car tout le monde ne vote pas pour la personne au pouvoir.

Je crois au changement, au progrès, et je ne suis pas d’accord avec les opinions de ce président, je ne crois pas qu’il soit une bonne personne et surtout qu’il soit qualifié pour cette fonction. Cela ne fait qu’une centaine de jours qu’il est au pouvoir mais c’est un sentiment très oppressif que je ressens chaque jour à cause de l’opinion des gens du monde entier au sujet des Américains et de ce type qui dirige notre pays. C’est très lourd à porter et cela me rend malade.

Est-ce que tu suis les élections en France ? 

J’essaye de rester au courant autant que je peux même si c’est compliqué de tout suivre. Je sais que le second tour oppose Emmanuel Macron et Marine Le Pen (l’interview a été réalisée pendant l’entre-deux tours, ndlr.) C’est un peu la même chose que l’opposition entre Trump et Clinton. J’essaye de lire et de me renseigner pour savoir qui représente quoi, ce genre de choses. Vous avez beaucoup de problèmes en France, avec beaucoup de gens qui sont guidés par la peur en raison du terrorisme et de l’islamisme radical et qui risquent de faire un choix nationaliste, comme ce qu’il s’est passé avec le Brexit par exemple. On dirait que Macron a de grandes chances de l’emporter mais je ne sais pas si je dois croire ce que je lis car tout le monde disait que Clinton allait l’emporter aussi…

J’étais en France la semaine dernière et je dînais avec des Français pour la plupart. Je dirais que la moitié des gens ne comptait pas aller voter. Le problème avec les élections aujourd’hui, c’est que la plupart du temps on ne vote plus pour quelqu’un, une personne dans laquelle on croit et qui nous parle, mais contre quelqu’un.

Récemment, Laurent Garnier a terminé son set au Rex Club avec un morceau politique qui dit « la jeunesse emmerde le front national », le parti de Marine Le Pen. Une partie de ses fans ont critiqué cela sur Facebook. Selon eux, un musicien ne doit pas mélanger musique et politique. Qu’est ce que tu en penses ?

Si des gens pensent ça, c’est bien qu’ils puissent aussi se faire entendre. Il y a de la musique politique, mais pas que. Lorsque tu vas au cinéma, tu peux aller voir un divertissement simplement pour tout oublier le temps de quelques heures. J’essaye de voir mes DJ sets de la même manière, comme un moyen pour les gens de s’évader grâce à la musique, les lumières, etc… Mais il y a aussi de l’art politique évidemment, et la musique n’échappe pas à la règle. Cela dépend des interprétations de chacun, de l’endroit où l’on place le curseur. Woody Allen par exemple, le réalisateur, je ne suis pas du tout d’accord avec lui, ses opinions, etc… Mais je pense toujours qu’il est un artiste très talentueux, un scénariste hilarant.

Les gens critiquent toujours les musiciens qui vont à l’encontre de leurs opinions. Sting par exemple, le chanteur du groupe The Police, il n’hésite pas à dire ce qu’il pense et certains de ces fans lui répondent : « Contente toi de faire de la musique à propos de la vie et de sujets légers ! ». Je pense que c’est la responsabilité d’un artiste d’agir en fonction de ce qu’il pense. Si Laurent croit que c’est nécessaire de prendre publiquement position, il faut aussi qu’il soit conscient des probables répercussions, mais il faut toujours aller au bout des choses pour lesquelles on croit, ça j’en suis convaincu.

Certains donnent quand même l’impression d’avoir oublié que la musique électronique était originellement une musique revendicative non ?

C’est vrai, mais encore une fois ce n’est jamais si facile. Underground Resistance par exemple, leur objectif était de lutter contre la musique commerciale, pour résumer grossièrement. Et paradoxalement j’ai vu tellement plus de t-shirts d’Underground Resistance que de t-shirts d’autres artistes… C’est toujours un sujet qui peut être débattu mais c’est aussi ça la beauté de la vie. Vous n’avez pas forcément à avoir raison mais vous pouvez vous exprimer et expliquer ce en quoi vous croyez passionnément. Je pense que c’est une belle chose. Personnellement, je n’irai jamais demander à quelqu’un de faire ou de penser comme moi, simplement lui expliquer que moi je crois en cela. Il y a une énorme différence.

Resist est accompagné depuis le 5 mai de deux remixes de Truncate.

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