Josh Wink : “C’est important de résister ou d’exprimer son point de vue, de ne pas se laisser faire”

Le vétéran orig­i­naire de Philadel­phie Josh Wink a tou­jours su gliss­er des mes­sages forts dans ses morceaux, “High­er State Of Con­scious­ness” et “Med­i­ta­tion Will Man­i­fest” l’at­tes­teront. Con­nu pour son amour des sonorités acid, le pro­duc­teur vient de partager un nou­v­el EP inti­t­ulé Resist qui n’échappe pas à la règle. Sor­ti sur son pro­pre label Ovum quelques mois seule­ment après l’élec­tion de Don­ald Trump aux États-Unis, ce nou­veau morceau ne pou­vait pas être anodin. On a donc voulu en savoir plus.

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy : 

Tu es de retour sur ton pro­pre label Ovum pour Resist, c’était impor­tant pour toi de revenir à la mai­son ? 

Je suis tou­jours là, je ne pars jamais vrai­ment (rires). Mais je suis con­tent d’avoir à nou­veau ma pro­pre musique sur Ovum. L’année dernière c’est vrai que j’ai sor­ti des morceaux sur d’autres labels comme Boys­noize Records. Shoelaces devait sor­tir sur Ovum mais Alex (Alexan­der Rid­ha aka Boys Noize, ndlr.) m’a dit qu’il l’aimait beau­coup et qu’il voulait l’avoir alors je lui ai dit oui, pour essay­er quelque chose de dif­férent.

J’ai lu que ton fils de cinq ans préférait la drum & bass, qu’est ce qu’il a pen­sé de ce nou­v­el EP

Je ne suis pas sûr mais je crois qu’il l’a enten­du à la mai­son. Mais oui mon fils aime la drum & bass pour des raisons que j’ignore (rires). Il y a tou­jours eu de la musique à la mai­son, du jazz, du reg­gae, de l’ambient, de la soul, de la tech­no et de la drum & bass old school comme D‑Bridge ou Roni Size. Il aime ma musique, mais il préfère les sons encore plus rapi­des, il trou­ve la tech­no un peu lente (rires). Mais je m’estime chanceux, j’ai des amis qui sont DJs aus­si à Philadel­phie, il y a tou­jours de la bonne musique chez eux, surtout du hip-hop, et leurs enfants préfèrent écouter du Katy Per­ry, ou la bande son du film La Reine Des Neiges

Quel est le mes­sage sous-jacent der­rière le morceau « Resist » ? 

En gran­dis­sant, j’ai été très influ­encé par Refuse & Resist!, un groupe d’activistes lut­tant pour les droits humains fondé à New York City à la fin des années 80. La résis­tance a tou­jours fait par­tie de l’idée que je me fai­sais d’une société humaine saine, où l’activisme est légal et où il est nor­mal que des gens aient le droit de cri­ti­quer leur gou­verne­ment. J’ai décou­vert ce mou­ve­ment quand je n’avais que 18 ans en voy­ant les art­works de Kei­th Har­ing et le logo Resist! en 1988.

Je suis aus­si très atten­tif à ce qu’il se passe poli­tique­ment aux Etats-Unis et à tra­vers le monde. C’est tou­jours impor­tant que cha­cun puisse s’exprimer libre­ment même si c’est con­tre leur pro­pre gou­verne­ment. Toi par exem­ple, tu es français, la lutte fait par­tie inté­grante de votre cul­ture, il y a sou­vent des man­i­fes­ta­tions. Quand j’ai voy­agé à tra­vers le monde, j’ai pu décou­vrir toutes sortes de cul­tures et j’ai eu l’occasion de voir des gens revendi­quer, exprimer leur vision et leurs prob­lèmes presque tou­jours de manière paci­fique. Dans de nom­breux pays du reste du monde, les gou­verne­ments et leur police ont réelle­ment peur de leur pop­u­la­tion mais aux Etats-Unis c’est l’inverse ! Les gens ont peur de leur gou­verne­ment, et je pense que c’est impor­tant que ces gens sachent que c’est leur droit de pro­test­er légale­ment, de marcher…

Il y a un peu tout ça der­rière ce morceau. Finale­ment, je veux juste faire pass­er l’idée qu’il est impor­tant de résis­ter ou d’exprimer son point de vue, de ne pas se laiss­er faire. Je pense aus­si que la musique élec­tron­ique peut être intel­lectuelle et provo­quer la réflex­ion. Mais cela appar­tient vrai­ment aux audi­teurs de faire ce qu’ils veu­lent de ce morceau car je dis sim­ple­ment « Resist ».

Logo dess­iné par Kei­th Har­ing présent sur une affiche d’un con­cert organ­isé par Refuse & Resist!

Donc tu ne cherch­es finale­ment pas à con­va­in­cre, mais plutôt à exprimer ton point de vue à tra­vers ta musique ?

Oui, l’in­ter­pré­ta­tion dépend vrai­ment de la per­son­ne qui l’écoute. La musique est sub­jec­tive comme toute forme d’art. Tu peux aller au musée, voir un tableau et avoir une inter­pré­ta­tion totale­ment dif­férente du mes­sage que l’artiste a voulu trans­met­tre. C’est la même chose avec ma musique, c’est totale­ment ouvert à l’interprétation et à la sub­jec­tiv­ité. Mais c’est vrai que si cela peut amen­er des gens à faire le lien entre ce sim­ple mot et les mou­ve­ments qu’il implique, tant mieux.

Tu es veg­an, est-ce lié à cette con­science poli­tique que tu revendiques ? 

Non je le suis depuis longtemps. Je suis végé­tarien depuis 1983 et veg­an depuis 1994. J’ai tou­jours fait atten­tion à la nour­ri­t­ure que je mangeais et cela ne risque pas de s’arranger au regard de ce qu’il se passe dans le monde entier avec la dérégu­la­tion san­i­taire, les OGMs, etc…

Con­crète­ment, depuis l’élection de Trump, qu’est ce qui a changé pour toi dans ta vie quo­ti­di­enne ?  

Le sen­ti­ment que j’ai du pays dans lequel je vis. Je suis vrai­ment gêné. Je me sou­viens d’un voy­age dans le sud de la France à Aix-en-Provence, George W. Bush venait de bom­barder l’Afghanistan. J’avais une con­ver­sa­tion poli­tique avec des amis et des col­lègues, et ils m’ont regardé comme si j’étais en faveur de cette guerre. Je leur ai demandé pourquoi ils pen­saient ça, et ils m’ont répon­du que j’étais améri­cain et que j’avais choisi ce prési­dent. J’ai trou­vé cela très grossier, car tout le monde ne vote pas pour la per­son­ne au pou­voir.

Je crois au change­ment, au pro­grès, et je ne suis pas d’accord avec les opin­ions de ce prési­dent, je ne crois pas qu’il soit une bonne per­son­ne et surtout qu’il soit qual­i­fié pour cette fonc­tion. Cela ne fait qu’une cen­taine de jours qu’il est au pou­voir mais c’est un sen­ti­ment très oppres­sif que je ressens chaque jour à cause de l’opinion des gens du monde entier au sujet des Améri­cains et de ce type qui dirige notre pays. C’est très lourd à porter et cela me rend malade.

Est-ce que tu suis les élec­tions en France ? 

J’essaye de rester au courant autant que je peux même si c’est com­pliqué de tout suiv­re. Je sais que le sec­ond tour oppose Emmanuel Macron et Marine Le Pen (l’interview a été réal­isée pen­dant l’entre-deux tours, ndlr.) C’est un peu la même chose que l’opposition entre Trump et Clin­ton. J’essaye de lire et de me ren­seign­er pour savoir qui représente quoi, ce genre de choses. Vous avez beau­coup de prob­lèmes en France, avec beau­coup de gens qui sont guidés par la peur en rai­son du ter­ror­isme et de l’islamisme rad­i­cal et qui risquent de faire un choix nation­al­iste, comme ce qu’il s’est passé avec le Brex­it par exem­ple. On dirait que Macron a de grandes chances de l’emporter mais je ne sais pas si je dois croire ce que je lis car tout le monde dis­ait que Clin­ton allait l’emporter aus­si…

J’étais en France la semaine dernière et je dînais avec des Français pour la plu­part. Je dirais que la moitié des gens ne comp­tait pas aller vot­er. Le prob­lème avec les élec­tions aujourd’hui, c’est que la plu­part du temps on ne vote plus pour quelqu’un, une per­son­ne dans laque­lle on croit et qui nous par­le, mais con­tre quelqu’un.

Récem­ment, Lau­rent Gar­nier a ter­miné son set au Rex Club avec un morceau poli­tique qui dit « la jeunesse emmerde le front nation­al », le par­ti de Marine Le Pen. Une par­tie de ses fans ont cri­tiqué cela sur Face­book. Selon eux, un musi­cien ne doit pas mélanger musique et poli­tique. Qu’est ce que tu en pens­es ?

Si des gens pensent ça, c’est bien qu’ils puis­sent aus­si se faire enten­dre. Il y a de la musique poli­tique, mais pas que. Lorsque tu vas au ciné­ma, tu peux aller voir un diver­tisse­ment sim­ple­ment pour tout oubli­er le temps de quelques heures. J’essaye de voir mes DJ sets de la même manière, comme un moyen pour les gens de s’é­vad­er grâce à la musique, les lumières, etc… Mais il y a aus­si de l’art poli­tique évidem­ment, et la musique n’échappe pas à la règle. Cela dépend des inter­pré­ta­tions de cha­cun, de l’endroit où l’on place le curseur. Woody Allen par exem­ple, le réal­isa­teur, je ne suis pas du tout d’accord avec lui, ses opin­ions, etc… Mais je pense tou­jours qu’il est un artiste très tal­entueux, un scé­nar­iste hila­rant.

Les gens cri­tiquent tou­jours les musi­ciens qui vont à l’encontre de leurs opin­ions. Sting par exem­ple, le chanteur du groupe The Police, il n’hésite pas à dire ce qu’il pense et cer­tains de ces fans lui répon­dent : « Con­tente toi de faire de la musique à pro­pos de la vie et de sujets légers ! ». Je pense que c’est la respon­s­abil­ité d’un artiste d’agir en fonc­tion de ce qu’il pense. Si Lau­rent croit que c’est néces­saire de pren­dre publique­ment posi­tion, il faut aus­si qu’il soit con­scient des prob­a­bles réper­cus­sions, mais il faut tou­jours aller au bout des choses pour lesquelles on croit, ça j’en suis con­va­in­cu.

Cer­tains don­nent quand même l’im­pres­sion d’avoir oublié que la musique élec­tron­ique était orig­inelle­ment une musique reven­dica­tive non ?

C’est vrai, mais encore une fois ce n’est jamais si facile. Under­ground Resis­tance par exem­ple, leur objec­tif était de lut­ter con­tre la musique com­mer­ciale, pour résumer grossière­ment. Et para­doxale­ment j’ai vu telle­ment plus de t‑shirts d’Underground Resis­tance que de t‑shirts d’autres artistes… C’est tou­jours un sujet qui peut être débat­tu mais c’est aus­si ça la beauté de la vie. Vous n’avez pas for­cé­ment à avoir rai­son mais vous pou­vez vous exprimer et expli­quer ce en quoi vous croyez pas­sion­né­ment. Je pense que c’est une belle chose. Per­son­nelle­ment, je n’irai jamais deman­der à quelqu’un de faire ou de penser comme moi, sim­ple­ment lui expli­quer que moi je crois en cela. Il y a une énorme dif­férence.

Resist est accom­pa­g­né depuis le 5 mai de deux remix­es de Trun­cate.

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