Kiffe, c’est du Belge

Il fal­lait qu’on véri­fie. Qu’on prenne le pouls d’une Brux­elles qui a fini à genoux un matin de mars et qui, moins de deux mois après avoir dû se relever tant bien que mal, déroulait un tapis rouge (bor­dé de baraques à frites) à la vie, la vraie. Les Nuits Botanique, sans le vouloir, se sont retrou­vées en posi­tion d’il­lu­mi­na­tri­ces, et pas seule­ment de cap­sules de voy­age qual­i­ta­tives vers un print­emps sal­va­teur. Non, là, il s’ag­it de pren­dre un mois entier pour se prou­ver à tous que trin­quer et écouter de la musique sem­ble être quelque chose de con­cev­able, et que per­son­ne, à Paname ou à Brux­elles, n’a l’in­ten­tion de tran­siger sur ce principe. 

Quant à nous, c’est pour enten­dre du son du cru que nous avons pris le Thalys. Et grand bien nous en a fait, puisqu’on est revenu avec de chou­ettes trucs à se caler dans le tym­pan. Petit flo­rilège de ce qui s’est joué à la Nuit Belge, à la prog 100% Duvel. 

 

Illuminine

On ne peut pas dire que le post-rock soit le genre le plus chaud du moment, mais force est de con­stater qu’il existe tou­jours dans cette niche un éclat de lumière qui ali­mente l’in­spi­ra­tion de ceux qui s’y frot­tent. Kevin Imbrechts, cerveau d’un groupe de musi­ciens chevron­nés, utilise Illu­mi­nine comme un orfèvre minu­tieux. On n’est pas loin de l’am­bi­ent, d’une folk qui a quit­té le planch­er des vach­es depuis des lus­tres, mais loin des tem­pétueux lead­ers du post-rock, dont l’u­nique fibre intro­spec­tive est gardée ici. À la Nuit Belge, Illu­mi­nine était accom­pa­g­né par le Mons Orches­tra, tout en évi­tant de son­ner pom­peux, ce qui arrive pra­tique­ment à chaque fois dans ce genre d’as­so­ci­a­tions. Ouf, on a plané sans lour­deur digestive.

 

Bots Conspiracy

Un robot à mi-chemin entre Ter­mi­na­tor (ver­sion sans couche de latex) et un Alien, qui baragouine un rap métallique qu’on devine anglo­phone, le tout en ges­tic­u­lant ses mandibules mécaniques flip­pantes sur des instrus indus-hop ? C’est Scarabée, l’un des pro­jets du col­lec­tif Bots Con­spir­a­cy. Qui, mis à part ça, bosse dans la scéno­gra­phie d’une manière générale, ain­si que la vidéo et les instal­la­tions visuelles. Bref, une com­pag­nie qui nav­igue entre musique, robo­t­ique et art numérique. Ici, les trois sont mêlés et la musique n’est qu’un vecteur d’ex­pres­sion. On a tenu 30 min­utes devant l’en­gin en ques­tion, dont toutes les pièces ont été imprimées en 3D ou découpées au laser. Un chou­ette moment apéro, en somme.

 

Robbing Millions 

Tout le monde en par­le, et il y a une rai­son. Rob­bing Mil­lions, c’est un peu tout ce qu’Ani­mal Col­lec­tive, MGMT et Atlas Sound ne sont plus : fun et ludiques. Ces deux morveux, qui sont plutôt cinq sur scène, nous ont mon­tré, dans la rotonde du Botanique, qu’il était pos­si­ble de redonner des let­tres d’or à la musique psy­ché tout en ne se prenant pas com­plète­ment au sérieux, bref, que l’am­bi­tion musi­cale ne souf­fre pas d’un peu de légèreté par­fois. Et ça tombe bien, on prend toute la légèreté qu’on nous file en ce moment.

 

Le Colisée 

À la base, le type est seul, mais à cette fameuse Nuit Belge, on l’a vu accom­pa­g­né de plein de copains rêveurs et câlins (notam­ment échap­pé des sus-nommés Rob­bing Mil­lions, d’ailleurs). Il y avait un léger côté Petit Fan­tôme dans la musique du Col­isée, guidée par un jeune homme dont la tête sem­ble pleine d’his­toires mis­es en musique d’une manière pop et inno­cente, à la can­deur qui fait du bien. Sans non plus que ce soit niais, on tient à le préciser.

 

Oathbreaker 

À con­sid­ér­er comme un bonus, vu l’obé­di­ence musi­cale de la plu­part des lecteurs de Tsu­gi. Vu le nom, vous l’au­rez dev­iné, Oath­break­er ne fait pas de bossa-nova mais opère un croise­ment finale­ment assez naturel entre post-rock, hard­core et black met­al. On a essayé de dis­tinguer le vis­age de la chanteuse, impos­si­ble, on se dit donc qu’elle est une cou­sine éloignée du cousin Machin de la Famille Addams avec une voix un peu plus cool. Allez, ten­tez le coup quand même, parce que ça ne fait pas que jouer au cordeau, c’est bigre­ment bien composé.

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