Las Aves : “On garde une énergie assez rageuse”

Las Aves sig­ni­fie les oiseaux en espag­nol. C’est aus­si le nom qu’ont choisi qua­tre drôles de piafs après une pre­mière vie, plus rock, sous le nom “The Dodoz”. Géral­dine (chant), Adrien (bat­terie), Jules (basse et machines) et Vin­cent (gui­tare) vien­nent de sor­tir leur pre­mier album de pop futur­iste sous ce nou­veau nom, Die In Shangai. Sur la pochette, une soucoupe volante, au logo du groupe, échouée devant une ville styl­isée et col­orée. Un visuel qui peut être vu comme un présage : Las Aves part en chas­se des scènes français­es. Ils vien­dront défendre cet album demain à la Maro­quiner­ie, avant une migra­tion esti­vale en fes­ti­val. L’occasion de leur pos­er quelques ques­tions avant un décol­lage immi­nent. 

Pour annon­cer votre album sor­ti le 27 mai, vous avez sor­ti une série de clips présen­tant des ban­des de filles. Pourquoi ?

Géral­dine : On trou­vait ça assez fasci­nant d’aller voir des ban­des de filles qui déton­nent un peu avec l’image plutôt lisse de la féminité habituelle. Et de met­tre ça en lumière aux qua­tre coins du monde. Il y en a déjà eu deux, il va y en avoir un troisième, au moins.

Il s’ag­it de votre pre­mier album avec Las Aves, mais vous en aviez sor­ti deux avec votre précé­dant groupe The Dodoz. Cette nou­velle iden­tité c’était un besoin ?

Jules : C’est une méta­mor­phose lente et incon­sciente. On était dans un home-studio et on n’avait plus les mêmes moyens, on ne pou­vait pas enreg­istr­er tous en live dans une même pièce. On a appris à enreg­istr­er par nous-même et avec des syn­thés, des boîtes à rythmes… A chaque fois qu’on décou­vrait quelque chose de nou­veau, ça nous don­nait d’autres idées, de nou­velles direc­tions vers où aller. Ce qui a don­né un nou­veau son. Ça a mis en valeur une autre par­tie de nous. On s’est ren­du compte plus tard que la musique était dif­férente et qu’il valait mieux chang­er de nom. Ensuite Dan (Levy, de The Dø) est arrivé et nous a poussé à aller plus loin. 

Géral­dine : On a pris des nou­veaux jou­ets quoi. 

Jules : Pour le prochain album, je ne sais pas si la nou­veauté ça sera la cithare ou quelque chose d’autre…

Le cithare ça appelle au voy­age, juste­ment un thème qui revient sou­vent dans votre musique. Le pre­mier EP c’était Los Ange­les, l’album invite à mourir à Shang­hai… 

Géral­dine : C’est plus l’idée du voy­age rêvé que du voy­age réel. Que ce soit Los Ange­les ou Die In Shang­hai, l’idée c’était de rêver une ville, de s’imaginer ce que ça peut être. Je trou­ve ça assez fasci­nant de s’imaginer des choses qu’on ne con­nait pas. Ça se retrou­ve sur la pochette : c’est la baie de Shang­hai mais tu ne sais pas si c’est dans le futur, dans une réal­ité par­al­lèle ou si c’est juste styl­isé. C’est ça qu’on aimait bien, cette idée de flouter les fron­tières de la réal­ité. 

Jules : Sur scène aus­si. On aime bien faire par­ler la musique. Il y a peu de temps morts, on veut que les gens restent dans cette ambiance, dans ce voy­age comme s’ils étaient dans un vais­seau spa­tial. Mais on fait tou­jours évoluer nos con­certs. Là, pour la Maro­quiner­ie, on a fait un nou­veau morceau qui n’est presque qu’instrumental et qui est encore très dif­férent du reste… Il n’a pas encore de titre et ce sera la pre­mière fois qu’on le jouera ! 

 

A pro­pos de Dan Levy, lors de la sor­tie de l’EP Los Ange­les, vous par­liez d’un besoin de revenir à une for­ma­tion plus ama­teure, presque do it your­self. Et pour­tant vous avez apparem­ment eu ce besoin de vous faire accom­pa­g­n­er.

Jules : On est par­ti d’une base où on voulait tout faire nous même, pour être sûrs de touch­er quelque chose de vrai­ment pur par rap­port à ce qu’on voulait. Dan nous a appris à pren­dre du recul sur nous-même. Quand tu es trop dans ton truc, tu com­mences un peu à tourn­er en rond et il y a moins d’intérêt. Il faut met­tre les choses en con­texte.

Géral­dine : On n’a col­laboré qu’avec des gens dont on était vrai­ment fan. Que ce soit Daniel Bre­ton, ou Fer­ry Gouw ou bien Dan, c’est vrai­ment des artistes qu’on ado­rait et dont on se sen­tait proche. 

C’est d’ailleurs vous qui êtes allés les chercher !

Jules : Oui, ce n’était pas des propo­si­tions. On a juste envoyé un mail et on a eu de la chance.

Vous dites un mail, ça a l’air super sim­ple…

Géral­dine : Bizarrement, oui ! Je pense que c’est parce qu’on se sen­tait proches de ces per­son­nes là et ça fai­sait ric­o­chet, du coup ça a fonc­tion­né. Après on a aus­si envoyé des mails où on n’a pas eu de retours, je te laisse imag­in­er.  

Con­crète­ment, ça s’est passé com­ment cette col­lab­o­ra­tion ?

Géral­dine : On com­mençait chez nous, on avançait vrai­ment les pro­duc­tions puis on allait chez Dan une journée où on pous­sait le truc et on fai­sait vrai­ment les derniers 20%.

Jules : Chez lui en général on pas­sait six heures à finir le morceau, et qua­tre heures à débat­tre et dis­cuter… Débats dans les meilleurs jours, engueu­lades dans les plus mau­vais parce que Dan n’est pas quelqu’un de tiède et on peut avoir notre petit car­ac­tère aus­si. Cela pou­vait par­fois faire étin­celles. Mais c’était cool, et je pense qu’on s’en sou­vien­dra longtemps de cette col­lab­o­ra­tion et on est tous hyper fier de l’album. C’était dans la douleur mais ça valait le coup ! (rires)

Suite à ça vous avez aus­si fait quelques dates en ouver­ture de leurs con­certs. C’est dur de pass­er du punk-rock à la pop ?

Géral­dine : Avec Las Aves, c’était la pre­mière fois que l’on devait adapter un album qui n’avait pas été créé pour être joué en live. Du coup, on a mis un peu de temps à trou­ver notre son, à arriv­er à mari­er les instru­ments et jouer avec les machines. On garde quand même une énergie assez rageuse, avec ce fond de colère ado­les­cente, que ce soit sur l’album et surtout en live.

Jules : Pour The Dodoz, sur scène c’était plus punk. On se défoulait mais c’était quand même très posi­tif. Il y a peut-être même plus de choses angois­sées dans l’album de Las Aves, c’est juste la façon de le met­tre en lumière qui change. C’est comme plein de morceaux des Beach Boys qui parais­sent hyper heureux alors que Bri­an Wil­son était quand même totale­ment au fond du lac… Sou­vent, la musique la plus joyeuse vient des gens les plus dépres­sifs. 

Géral­dine : Mais on va bien ! (rires) Là dit comme ça, ça a l’air chaud, mais ça va !

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