L’autre passion de… Richie Hawtin

Extrait du numéro 95 de Tsu­gi (sep­tem­bre 2015)

Si on ne présente plus Richie Hawtin, on sait moins que c’est un amoureux fou de saké. Au point d’avoir lancé sa pro­pre mar­que et même d’avoir été adoubé “saké samouraï” en 2014. 

Depuis tout petit, avant même la musique, j’ai tou­jours été fasciné par le Japon. Quand j’ai enfin eu la chance de pou­voir m’y ren­dre en 1994, à l’occasion d’un live de Plas­tik­man au Liq­uid Room à Tokyo, j’étais nerveux et excité. Pour un Occi­den­tal, décou­vrir l’Extrême-Orient est tou­jours très sur­prenant : le sys­tème de lec­ture et d’écriture, l’attitude des gens, tout est dif­férent. J’étais intrigué et je voulais tout savoir de ce pays étrange. J’ai donc suivi les gens ren­con­trés sur place qui avaient leurs habi­tudes afin de pénétr­er cette cul­ture. Et je suis tombé sur du saké.

En général, la pre­mière ren­con­tre avec cet alcool de riz, hormis au Japon, n’est pas une bonne expéri­ence. J’ai moi-même vécu cette pre­mière con­fronta­tion ratée : c’est très fort, c’est chaud, ça donne la migraine. Sans plus. Mais là-bas, j’ai décou­vert un saké qui ne voy­age pas jusqu’en Europe, raf­finé et de qual­ité, j’étais com­plète­ment ébloui. Pour la plu­part des Japon­ais, j’étais fou, car c’était l’alcool de leurs par­ents, une bois­son pour vieux qui man­quait d’exotisme, ils préféraient les bières et les cocktails.

En 2008, j’ai appris qu’il y exis­tait des cours pour devenir spé­cial­iste. C’était il y a presque dix ans. L’académie était à Tokyo et le pro­gramme me sem­blait amu­sant : pen­dant une semaine la seule chose que j’avais à faire était de boire et de voy­ager entre les brasseries. Au final, je me suis révélé beau­coup plus intéressé que je ne l’avais prévu. Le cours le plus per­cu­tant était celui sur le déclin de cette indus­trie. La plu­part des brasseries étant tenues par des familles, cer­taines depuis plus de 250 ans, la perte de cette tra­di­tion à court terme serait un désas­tre non seule­ment pour elles, mais égale­ment pour le pays. Or, pour que le saké sur­vive, il devait s’ouvrir au marché extérieur et trou­ver de nou­veaux ama­teurs. J’ai pen­sé que la musique me per­me­t­tait de faire décou­vrir cette curiosité à une généra­tion plus jeune. Mais per­son­ne ne sem­blait penser de cette façon.

Ma pre­mière idée en 2009, directe­ment après ces cours, était d’ouvrir un bar japon­ais à Berlin. On en avait déjà con­stru­it la moitié avant que je prenne la déci­sion d’annuler. J’étais la seule per­son­ne pas­sion­née dans l’équipe et je n’allais pas arrêter ma car­rière musi­cale pour rester der­rière un comp­toir à Berlin… Je devais trou­ver un con­cept me per­me­t­tant plutôt de lier le saké à mes pro­jets, l’importer dans les clubs à l’occasion de soirées par exem­ple. En 2012, on a com­mencé à imag­in­er les soirées Enter à Ibiza, qui con­sis­taient à entr­er dans le monde de Richie Hawtin, et le saké en fai­sait par­tie. Au fur et à mesure de ces dates, une com­mu­nauté gran­dis­sante d’amateurs de cet alcool est née. Au point que pen­dant l’hiver, cer­tains me demandaient com­ment obtenir des bouteilles, car ils ado­raient ça. Ayant la logis­tique et les con­tacts avec des brasseries, on a décidé de créer Enter Saké en tant que société d’importation.

Depuis ce pre­mier cours, je suis retourné à l’académie pour une sec­onde ses­sion l’année dernière et mon enseigne­ment sera com­plet à la fin de mes dernières leçons en sep­tem­bre. Mais en 2014, le gou­verne­ment japon­ais m’a sacré “saké samouraï” à Kyoto. Ce prix est remis à ceux qui agis­sent comme des ambas­sadeurs du Japon lors d’une céré­monie tra­di­tion­nelle. J’étais très hon­oré de recevoir cette récom­pense parce que le saké est une pas­sion incroy­able et pro­fonde. Comme la musique, c’est quelque chose auquel je suis lié pour le reste de ma vie.”

Richie Hawtin sera au Rex Club le same­di 1er octo­bre pour une soirée Enter.Sake

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