Les inspirations de… Fakear

Voici enfin le pre­mier album du chef de file de la nou­velle scène élec­tron­ique française. L’occasion de revenir avec Théo sur les influ­ences de son Ani­mal

LES DISQUES

Bonobo — Black Sands 

Cet album m’a réelle­ment éveil­lé à la musique élec­tron­ique. J’avais écouté beau­coup de trip-hop et de hip-hop instru­men­tal, mais Black Sands m’a envoyé dans une autre dimen­sion. J’ai com­pris qu’il était pos­si­ble de faire de la musique élec­tron­ique qui trans­mette une émo­tion, une énergie, un truc organique si grand qu’en fait ça peut devenir bien plus vivant que la plu­part des autres gen­res de musiques. Après cette claque je me suis mis à créer de la tex­ture pour com­pos­er, assem­bler des sam­ples entre eux afin d’en créer d’autres, jusqu’à obtenir des bouil­lies d’émotions et de groove avec lesquelles je com­mençais ma pro­pre cuisine.

M83 — Hur­ry Up, We’re Dream­ing 

Je l’ai décou­vert il y a peu de temps, et finale­ment j’en suis heureux, car j’ai davan­tage de clés pour l’apprécier. C’est un album dans lequel il faut se per­dre. C’est plus dur pour un musi­cien que pour un audi­teur, car notre démon tech­nique vient nous hanter sans cesse. Il nous rap­pelle que nous sommes humains, petits, et qu’en même temps nous pou­vons tout chang­er. J’ai passé des heures à écouter “Echoes Of Mine” très fort jusqu’à pleur­er… C’est un album qui vous recon­necte à votre essence si vous prenez le temps de vous enfon­cer dedans.

Deep For­est — World Mix 

Je pense que ce sont mes pre­miers sou­venirs de musique, enfant. J’ai été bercé par cet album, et je ne m’en lasserai prob­a­ble­ment jamais. Autant pour l’émotion que l’aura qu’il dégage, même s’il a quelque peu vieil­li, je suis un incon­di­tion­nel de ce disque. Encore une fois, si on arrive à se laiss­er aller, à oubli­er ce qui est cool, ce qui est stylé, ce qui est à la mode, on touche un som­met de vie, ça grouille de partout, et ça fait du bien.

Odesza — In Return

Peut-être un peu plus terre à terre, mais pas tant que ça. Hormis leurs tubes très pop qui me touchent un peu moins, leurs instru­men­taux m’ont mis une belle claque. Ils ont ce côté dense et brouil­lon qui fait la vie dans la musique élec­tron­ique, comme si tu incor­po­rais un fac­teur “défaut aléa­toire” dans une machine. Pour moi, ils ont réus­si leur défi, leur album vit réellement.

LES FILMS 

Irvin Ker­sh­n­er — Star Wars — L’empire contre-attaque 

Je ne pou­vais pas par­ler de film mar­quant dans ma vie sans men­tion­ner un Star Wars. Je trou­ve que le con­flit manichéen créé dans cette saga n’est pas si exagéré que ça. Finale­ment, les Jedi et les Sith sont des arché­types du bien et du mal, mais ils ont des traits de per­son­nal­ité humains. La Force est un con­cept intéres­sant, et pour moi bien plus crédi­ble que la plu­part des reli­gions ! Star Wars a eu un énorme impact sur ma vie, et je le ressens tou­jours aujourd’hui.

Hayao Miyaza­ki — Princesse Mononoké 

Les Miyaza­ki m’ont tous un peu retourné, mais celui-là a eu un impact par­ti­c­uli­er sur ma vie. La notion de dieux-animaux, de cette nature plus forte que les humains… Cela m’a éveil­lé à l’écologie pour la pre­mière fois, j’étais tout gamin ! Mais je pense que j’ai bien plus com­pris la folie des hommes au tra­vers de ce film que si on me l’avait expliquée à ce moment. Il m’a énor­mé­ment servi d’inspiration pour toute l’esthétique (et l’éthique) de Fakear.

LES LIVRES 

San­ti­a­go Amigore­na — Le pre­mier Amour 

C’est un livre qui racon­te la pre­mière his­toire d’amour d’un aveu­gle, vécue à la pre­mière per­son­ne. C’est le livre qui m’a éveil­lé à la sen­su­al­ité, au désir du corps féminin, et à la manière d’exprimer l’amour au tra­vers l’art. Je ressens son influ­ence encore main­tenant quand il s’agit de par­ler d’amour dans la musique. On “voit” vrai­ment ce qu’il a voulu dire, et on ressent l’amour qu’il éprou­ve pour l’autre comme un bain de vapeur tout autour de nous.

Osho — Le courage 

On développe telle­ment de peurs, telle­ment de craintes en gran­dis­sant, qu’on oublie tout de ce qui a fait de nous des enfants. On devient nor­mé, bon et fiable aux yeux de la société. On partage les mêmes repères, les mêmes admi­ra­tions, les mêmes rêves. Le Courage m’a fait recon­sid­ér­er la vie comme un enfant. En quoi être célèbre ou riche ou devrait devenir un objec­tif dans la vie ? On tend vers un idéal que la société nous a choisi, sans pren­dre le temps de nous arrêter sur ce qui nous fai­sait vibr­er enfant. La vie ne se ressent qu’à tra­vers le risque, la mise en dan­ger et l’amour sans con­di­tion, sans pos­ses­sion. C’est un peu ma Bible ! (rires)

Paul Stew­art & Chris Ridell — Chroniques du bout du monde 

Ce sont des bouquins que j’ai dévorés étant gosse. C’est un de mes pre­miers pas dans la science-fiction, qui ne m’a jamais quit­tée depuis. Com­ment com­bin­er les his­toires de pirates, d’avions, de vais­seaux spa­ti­aux et de mon­des flot­tants ? Lisez ça.

L’ALBUM : ANIMAL

Cet album est dif­férent de ce que j’ai fait aupar­a­vant. Une fois que je me suis arrêté sur le con­cept, ce qui m’a pris à peu près une année, sa réal­i­sa­tion a été très courte. J’ai fait les douze titres prin­ci­paux en qua­tre mois. Le truc, c’est que je n’arrivais pas réelle­ment à pon­dre quelque chose de réguli­er, qui tiendrait sur un album… Et je suis tombé amoureux. Ça a été un gros choc pour moi, et un change­ment rad­i­cal dans ma vie. Je crois que ça a pro­duit l’impact néces­saire. Je me suis mis à com­pos­er fréné­tique­ment, et en l’espace d’un été j’avais presque tout mon album (et j’avais démé­nagé, et fini ma tournée). Il est très spon­tané et assez solaire.

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