L’EXIT : d’une manifestation étudiante à l’un des plus grands festivals d’Europe

Des artistes inter­na­tionaux, une pro­gram­ma­tion tech­no mus­clée et un intérêt par­ti­c­uli­er porté au hip-hop. Depuis 19 ans, l’EX­IT Fes­ti­val fait bat­tre le coeur de la Ser­bie grâce son ray­on­nement inter­na­tion­al qui lui vau­dra deux Fes­ti­val Awards en 2013 et 2017. Pour­tant, dif­fi­cile de lui imag­in­er un tel des­tin à ses débuts. Crée en 2000 comme une man­i­fes­ta­tion étu­di­ante con­tre le régime poli­tique de Miloše­vić, il accueille d’abord des artistes nationaux avant de s’ou­vrir peu à peu au reste du monde.

Fort de son suc­cès, l’or­gan­i­sa­tion a investi la grande forter­esse de Petrovaradin, située dans la ville de Novi Sad. Un site his­torique qui ouvre aujour­d’hui son enceinte à des fig­ures majeures de la scène élec­tron­ique. L’af­fiche de l’édi­tion 2019 annonce la venue du pio­nnier de la tech­no de Detroit Jeff Mills, mais égale­ment d’I Hate Mod­els, Char­lotte de Witte, Paul Kalk­bren­ner, Amelie Lens, Maceo Plex, Peg­gy Gou ou encore Carl Craig du 4 au 7 juil­let prochain. En atten­dant l’événe­ment, on a échangé avec Mar­i­ja Vujović, respon­s­able de sa pro­mo­tion inter­na­tionale. Au coeur de la dis­cus­sion : le chemin par­cou­ru par le fes­ti­val, son posi­tion­nement actuel et ses évo­lu­tions futures.

Que reste-t-il de la dimen­sion poli­tique du fes­ti­val 19 ans après sa créa­tion ?

L’EXIT est unique dans le monde des fes­ti­vals puisqu’il a com­mencé comme un mou­ve­ment étu­di­ant lut­tant pour la paix et la démoc­ra­tie en Ser­bie et dans les Balka­ns. Cette dimen­sion poli­tique demeure forte encore aujour­d’hui. La fon­da­tion EXIT  est une organ­i­sa­tion à but non lucratif qui se con­cen­tre sur l’ac­tivisme. Au cours des deux dernières années, son équipe a fait rem­porter à Novi Sad le titre de Cap­i­tale Européenne de la Cul­ture pour l’an­née 2021. Elle a égale­ment lancé la cam­pagne pour la Cap­i­tale Européenne de la Jeunesse, que Novi Sad a rem­porté pour 2019. Nous avons une plate­forme pro­lifique tout au long de l’an­née, avec divers­es cam­pagnes axées sur l’é­d­u­ca­tion, la paix, la coopéra­tion régionale, les cam­pagnes human­i­taires… Nous croyons que l’ac­tivisme social est aus­si impor­tant que la musique, c’est pourquoi il occupe une place impor­tante dans la mis­sion du fes­ti­val.

Qu’est-ce qui a changé depuis les débuts ?

Tout. La Ser­bie et les Balka­ns ont énor­mé­ment changé, mais aus­si le monde des fes­ti­vals. Nous avons été le tout pre­mier fes­ti­val de musique dans cette par­tie de l’Eu­rope et main­tenant il y en a partout. Ce monde nou­veau et com­péti­tif est à la fois stim­u­lant et moti­vant : il per­met d’aller de l’a­vant. Ce qui n’a pas changé, cepen­dant, c’est un idéal puis­sant, la mis­sion et les valeurs du fes­ti­val, qui ont tou­jours représen­té un noy­au fort.

Vers 2004–2005, le fes­ti­val a com­mencé à pro­gram­mer de plus gros noms comme Iggy Pop, Mas­sive Attack, Fat­boy Slim ou les White Stripes. Qu’est-ce qui a ini­tié ce change­ment ?

Nous avions cette vision de devenir le meilleur fes­ti­val d’Eu­rope et l’un des événe­ments les plus impor­tants dans les Balka­ns. Pour ce faire, nous avions besoin d’in­ten­si­fi­er notre jeu et d’at­tir­er des vis­i­teurs inter­na­tionaux. Engager des artistes pop­u­laires était donc l’une des étapes néces­saires. Cela n’a pas été facile pour nous, puisque nous étions très jeunes dans l’in­dus­trie de la musique. Les prix de nos bil­lets devaient être abor­d­ables pour les gens du pays et à cette époque, cer­tains artistes n’é­taient pas vrai­ment intéressés pour venir dans cette par­tie de l’Eu­rope. Heureuse­ment, il y avait beau­coup d’artistes ouverts d’e­sprit qui étaient prêts à franchir le pas et à venir en Ser­bie pour la pre­mière fois de leur car­rière !

Le fes­ti­val mélange plusieurs styles tels que le rock, la tech­no, l’EDM, le hip hop. Le considérez-vous comme général­iste ?

L’EXIT n’est pas un fes­ti­val de niche, c’est un événe­ment multi­genre et c’est cette diver­sité qui fait son charme. Nous avons été l’un des pre­miers fes­ti­vals à établir une scène de musique élec­tron­ique aus­si impor­tante et aus­si grande que la Main Stage, la célèbre Dance Are­na. L’EXIT représente tout un spec­tre de gen­res, de sous-cultures et de microgroupes. Nous avons récem­ment annon­cé les artistes hip-hop du fes­ti­val comme un seg­ment spé­cial. C’est exci­tant de voir com­ment nous rassem­blons tant de gens dif­férents dans cette forter­esse. Je pense que c’est ce qui rend le fes­ti­val unique.

Depuis mi-2010, le fes­ti­val intè­gre de plus en plus d’artistes house et tech­no dans sa pro­gram­ma­tion. Est-ce une volon­té de suiv­re l’évo­lu­tion des ten­dances musi­cales ?

Absol­u­ment. Nous essayons de suiv­re les ten­dances, mais aus­si de représen­ter cer­tains artistes iconiques et adorés du pub­lic au fil des ans. L’une des raisons , c’est aus­si que les fans d’EX­IT adorent la tech­no. Nous voulions donc frap­per fort dans ce style de musique.

Quelle est sa place par rap­port aux autres fes­ti­vals serbes ?

Nous soutenons les fes­ti­vals de musique en Ser­bie, car nous pen­sons qu’il est impor­tant que les indus­tries créa­tives évolu­ent. C’est for­mi­da­ble que la Ser­bie n’ait pas seule­ment des fes­ti­vals à Bel­grade, la cap­i­tale, mais aus­si dans d’autres villes plus petites. C’est quelque chose de cru­cial pour le tourisme.

Le fes­ti­val a une renom­mée inter­na­tionale. Avez-vous une respon­s­abil­ité ou une mis­sion à l’é­gard de l’in­flu­ence cul­turelle de la Ser­bie dans le monde entier ?

Un jour­nal­iste a dit un jour que le fes­ti­val EXIT est l’une des plus grandes mar­ques de la Ser­bie, à côté de Novak Djokovic, et qu’il a fait plus pour la com­mu­ni­ca­tion du pays que tout autre événe­ment. Ce sont des paroles fortes et nous nous sen­tons respon­s­ables de représen­ter notre pays, la forter­esse de Petrovaradin et la ville de Novi Sad de la meilleure façon pos­si­ble.

Quel est le pub­lic du fes­ti­val ?

Il y a de tout : des petits enfants, des per­son­nes âgées, mais surtout des étu­di­ants de 25 ans en moyenne, avec un bon niveau d’é­d­u­ca­tion. Ils vien­nent  non seule­ment de Ser­bie et des Balka­ns, mais aus­si de plus de 90 pays du monde. L’an­née dernière, nous avons enreg­istré un record de 11% de vis­i­teurs en prove­nance de pays non européens. L’EXIT est vrai­ment un fes­ti­val inter­na­tion­al.

Le nom du fes­ti­val était une manière de dire “dehors” au pou­voir de Miloše­vić. A qui diriez-vous “dehors” en 2019 ?

À toutes sortes de répres­sions. Aux iné­gal­ités. À la rhé­torique de droite, surtout dans les Balka­ns.

La ville de Novi Sad où se tient le fes­ti­val sera la Cap­i­tale Européenne de la Cul­ture en 2021. Est-ce que cela fera une dif­férence pour le fes­ti­val ?

Les trois prochaines années seront impor­tantes pour le fes­ti­val EXIT : cette année Novi Sad sera la Cap­i­tale Européenne de la Jeunesse, en 2021 la ville portera le titre de Cap­i­tale Européenne de la Cul­ture, et en 2020 l’EX­IT célébr­era son 20ème anniver­saire. Cette année, la pre­mière journée du fes­ti­val sera con­sacrée au titre de Cap­i­tale Européenne de la Jeunesse et la céré­monie d’ou­ver­ture sera axée sur ce thème.

Com­ment voyez-vous l’évo­lu­tion du fes­ti­val dans les années à venir ?

Au cours des deux dernières années, nous avons con­nu une expan­sion con­sid­érable et avons créé des fes­ti­vals au Mon­téné­gro, en Croat­ie, en Roumanie et en Bosnie-Herzégovine. Nous avons égale­ment soutenu un fes­ti­val en Géorgie et je crois que c’est dans cette direc­tion que nous allons. L’EXIT reste cepen­dant notre pro­jet le plus impor­tant et nous prévoyons de main­tenir notre posi­tion de pre­mier fes­ti­val de la région et de rester l’un des meilleurs fes­ti­vals d’Eu­rope.

Plus d’informations sur l’événe­ment Face­book du fes­ti­val et sur son site inter­net.

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