Look Mum No Computer : Regarde maman comme c’est drôle la synthèse

On avait déjà calé un rendez‐vous avec Sam Bat­tle alias Look Mum No Com­put­er lorsque la fameuse vidéo de son orgue à Fur­by, mon­stru­osité géniale, a été pub­liée sur sa chaîne Youtube. 2 mil­lions de vues en une semaine. Un sacré coup de pro­jecteur pour ce musicien‐maker qui avait déjà com­mencé à se faire un nom grâce à des tuto­ri­aux un peu geek et des ses­sions live avec ses mod­u­laires ou autres machines élaborées dans les recoins de son stu­dio. Dans le milieu assez fer­mé de la syn­thèse mod­u­laire, on citait déjà le jeune Lon­donien de 28 ans comme référence, on pointait du doigt son ratio originalité‐technique. Il faut dire que Sam est un bri­co­lo inven­tif, mais sait aus­si par­faite­ment com­ment col­or­er ses pro­jets d’une touche d’humour ou de folie. Rien n’est trop far­felu pour lui. Les vélos‐synthés qui font de la musique quand on pédale, c’était lui. La gameboy‐contrôleur, c’était lui aus­si. Avec un per­son­nage comme Sam, on voit tout de suite ces his­toires de câbles et de bou­tons d’un oeil amusé. Une bonne dose de DIY mélangée à du WTF, et tout devient plus clair.

Tu pen­sais que ton orgue Fur­by allait être si pop­u­laire ? Est‐ce que c’est parce que le fur­by est un objet chou­chou de la généra­tion inter­net ?

Non je ne pen­sais pas qu’il allait faire le buzz comme ça. J’espérais que la vidéo marche bien, mais je ne m’attendais pas à un tel résul­tat. Et pré­cisé­ment, c’est peut‐être parce que c’est un petit jou­et auquel les gens sont super attachés.

Mais où as‐tu trou­vé toutes ces peluches Fur­by?

On m’en a don­né une dizaine, les autres, je les ai achetés sur eBay, c’était pas don­né ! J’ai com­mencé ma col­lec­tion il y a quoi… six mois ? Ca m’a mis tout ce temps en avoir assez.

Vas‐tu te servir de cette notoriété soudaine pour met­tre en avant tes pro­jets un peu plus nerd, comme ceux avec tes mod­u­laires ?

Je pense bien, je vais con­tin­uer à con­stru­ire des machines folles et aus­si en prof­iter pour édu­quer les gens, j’ai quelques idées dans les tuyaux que je veux met­tre en place plus tard…je ne m’arrête pas à quelque chose en par­ti­c­uli­er, j’essaye juste d’avancer.

Comme quoi par exem­ple ?

C’est top secret ! (rires) Je pense par exem­ple à faire un syn­thé –château gon­flable… enfin j’ai plein d’idées, mais il faut juste que je fasse en sorte qu’elles se con­cré­tisent.

Tu veux donc con­tin­uer à faire des pro­jets un peu plus drôles ? Parce que tu as aus­si fait des pro­jets plus « sérieux » dans le passé…

En fait j’ai tou­jours mélangé les deux, pro­jets drôles et plus sérieux. Je ne peux pas arrêter de faire des pro­jets un peu débiles parce que je trou­ve que ce sont les plus drôles et les plus intéres­sants. C’est tou­jours bon d’être un peu stu­pide, même dans les activ­ités les plus sérieuses.

Oui et avant tu étais dans un groupe de musique plus « clas­sique » de rock indé, qui s’appelait Zibra…

Oui ! Mais même avec Look Mum No Com­put­er (LMNC), j’ai prévu de présen­ter de « vrais » morceaux dans les prochains mois, qui font davan­tage référence à ce « côté sérieux » du pro­jet. Deux sor­ties sont plan­i­fiées pour bien­tôt. Zibra c’est fini depuis un an et demi à peu près, c’est aus­si pour ça que j’ai com­mencé LMNC.

Du coup, tu préfères la folie de LMNC j’imagine ?

Les deux ont leurs avan­tages, LMNC me per­met de créer des machines folles, mais en même temps je me sens par­fois seul dans mon ate­lier…

Main­tenant tu partages avec la com­mu­nauté inter­net, les forums.…

Oui, on peut dire ça…

Et en fait, com­ment en es‐tu arrivé à la musique élec­tron­ique ?

C’était à peu près en 2011, je crois en fait que c’est grâce à Kavin­sky. Avant j’étais plus dans la musique punk ! Et puis un jour j’ai enten­du Kavin­sky et je me suis dit…« Waouh c’est dinnnnngue ! ».

Kavin­sky !… nous qui pen­sions que tu t’étais plutôt inspiré d’Aphex Twin, Venet­ian Snares, qui ont eux aus­si des mod­u­laires incroy­ables…

J’aime quand même pas mal la musique pop, c’est vrai­ment ce côté mélodique, ou ce rythme type « dum dum dum » que j’aime chez Kavin­sky par exem­ple.

Du coup j’ai com­mencé à davan­tage jouer avec des syn­thés, des ordi­na­teurs, j’ai fini par acheter un vieux syn­thé tout cassé pour le bidouiller…et voilà !

Et tu as com­mencé à con­stru­ire des mod­u­laires.

Oui, dès 2013 env­i­ron, j’ai passé en gros qua­tre ans à con­stru­ire des trucs, à com­pren­dre com­ment ça mar­chait. Je suis devenu un peu obsédé pour tout dire…

Mais tu as une for­ma­tion d’ingénieur, de tech­ni­cien ou quelque chose dans le genre ?

Non même pas, ça remonte à loin : quand j’étais enfant j’aimais bien cass­er les choses, mes jou­ets par exem­ple, pour voir com­ment c’était fait à l’intérieur. La grande majorité d’entre eux sont restés cassés. « Je casse plus de choses que je n’en fais marcher », c’est tou­jours ma devise. Mais tout douce­ment, je com­mence à détru­ire moins de choses (rires).

Donc main­tenant, tu n’es plus un enfant ter­ri­ble, tu es ce qu’on appelle un « mak­er ».

Je pense que oui, on peut dire ça, j’ai tou­jours été un Mak­er, quand j’étais en six­ième com­mencé je fai­sais déjà des pédales à effets, des trucs comme ça.

Tu fais aus­si des tuto­ri­aux sur inter­net, des vidéos de présentation…tu as beau­coup de retours là‐dessus ?

Oui, en vrai j’ai appris tout ce que je sais sur inter­net, donc c’est une sorte de rem­bourse­ment, pour tout ce qu’internet m’a appris. Je main­tenant enseign­er moi‐même. C’est aus­si le moyen d’atteindre une plus large audi­ence.

Tu as d’autres artistes que tu suis dans cette veine mak­ers ?

Y’a un type for­mi­da­ble qui s’appelle The Ner­vous Squirell qui est très pro­lifique, Tom Richards, un com­pagnon du RCA (Roy­al Col­lege of Arts) à Lon­dres qui a con­stru­it une Oram­ics– comme les vieilles machines des années 60‐ qui fait de la super musique.

Et toi, c’est quoi ta machine préférée ? De ta créa­tion bien sûr.

Je pense que c’est aus­si la plus effrayante… C’est cette machine que j’ai essayé de faire juste avant Noël : un orgue lance‐flammes que j’ai con­stru­it sans savoir rien du tout au sujet du feu, du gaz… J’ai fail­li devenir aveu­gle. Et j’ai con­stru­it un mon­stre qui ne passera sans doute jamais aucun test de sécu­rité. Imag­ine, au lieu que des notes de musique sor­tent des tuyaux, l’orgue crache des flammes ! Mais il y a quand même du son.

Mais tu con­stru­i­sais ça dans ton stu­dio, chez toi ?

En fait, je vis dans une école fer­mée, du coup je vis dans une classe d’école. Mais l’orgue lance‐flammes, je l’ai con­stru­it dans la cabane de mes par­ents pour tout dire. J’avais besoin d’un espace extérieur, avec les flammes et le reste…

Ils en pensent quoi tes par­ents de tout ça ?

Je ne leur ai pas racon­té le coup de l’orgue lance‐flammes, je voulais éviter d’entendre « non, tu ne peux pas con­stru­ire ton bid­ule ». Quand je l’ai com­mencé, ils étaient en vacances (rires), je leur ai mon­tré à leur retour. Pour les autres pro­jets, au début ils ne savaient pas trop quoi en penser, ils n’étaient pas trop sûrs. Mais main­tenant ils voient que d’autres gens aiment bien et vu que les machines sont assez far­felues, je pense qu’ils sont assez impres­sion­nés.

Surtout pour leur généra­tion…

Je ne sais pas si ça par­le à plus à une généra­tion qu’à une autre …

Plus à une époque ! Aujourd’hui les gens con­stru­isent de plus en plus des dis­posi­tifs, des instru­ments, il y a cette cul­ture du DIY qui est en train d’exploser.

Oui, et je pense que cette ten­dance va con­tin­uer à pren­dre de l’importance, même Nin­ten­do a lancé une sorte de LAB qui utilise des car­tons et des con­soles pour faire de la musique…le DIY est pop­u­laire, on entre même dans le main­stream, ce n’est qu’une ques­tion de temps.

Il n’y a quand même tou­jours pas trop de femmes dans le milieu, si ?

En fait si quand même, dans le monde des syn­thés il y a pas mal de femmes qui font de la syn­thèse. Même dans le mou­ve­ment Mak­ers… A Lon­dres, j’ai ma carte de mem­bre dans un endroit qui s’appelle « Hack­space », et là‐bas on y trou­ve la plu­part du temps une bonne pro­por­tion de femmes.

Com­ment tu trou­ves les fonds pour con­stru­ire toutes tes machines, qui doivent quand même coûter assez cher en com­posants, divers­es peluches… ? J’ai vu que tu étais sur une plate­forme col­lab­o­ra­tive, « Patre­on », qui per­met à des par­ti­c­uliers qui sou­ti­en­nent tes pro­jets de te financer men­su­elle­ment par exem­ple.

C’est sûr que mes machines devi­en­nent de plus en plus gross­es et de ce fait, de plus en plus chères, donc c’est essen­tiel pour moi d’avoir Patre­on. J’essaye aus­si de trou­ver des spon­sors.

Pas trop dur de trou­ver des spon­sors dans un secteur qui est encore un peu une niche ?

Ils sont de plus en plus nom­breux à s’intéresser à ce secteur. Par exem­ple, je suis sen­sé tra­vailler avec Red Bull pour l’orgue lance‐flammes. Ils ont envie de pren­dre le train en marche, tant que le mou­ve­ment mak­er est encore un peu niche juste­ment.

Quel sera ton set­up à Astrop­o­lis* ?

Pas de machine trop dan­gereuse ! (rires). Je vais pren­dre un gros syn­thé mod­u­laire, quelques synthés‐vélos pour un work­shop le lende­main, et quelques autres pièces intéres­santes. Ca va être spé­cial !

Générale­ment, pen­dant un con­cert, pen­dant les dernières min­utes, je laisse les gens qui sont au pre­mier rang pouss­er quelques bou­tons sur les synthés‐vélos. Ce sera en par­tie inter­ac­t­if.

Et tu n’utilises pas d’ordinateurs, comme ton alias le sug­gère ?

Si, bien sûr j’utilise les ordi­na­teurs, pour enreg­istr­er par exem­ple. Mais on va dire que ce n’est pas ce que je préfère !

Ques­tion piège… com­ment tu ferais sans élec­tric­ité ?

Je ne suis pas seule­ment dans les synthés…c’est aus­si vrai que je con­tin­ue à creuser dans cette direc­tion parce qu’on m’y pousse… on me pose très sou­vent la ques­tion « et alors, à pro­pos de ce syn­thé ? et celui‐là ?». Donc oui, je pense que je vais con­tin­uer un peu sur cette voie et puis dans quelques années… BOUM, plus d’électricité ! Je me lancerai dans les vio­lons à vapeur !

 

* Retrou­vez Sam de Look Mum No Com­put­er à Astrop­o­lis d’Hiver le ven­dre­di 23 févri­er 2018 et le same­di 24 pour un work­shop.

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