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24 janvier 2022

Manager du Grateful Dead, père de Courtney Love, l’halluciné Hank Harrison est mort

par Violaine Schütz

Le journaliste et auteur américain Hank Harrison a managé le Grateful Dead, l’un des groupes les plus défoncés de tous les temps, écrit des livres sur eux, ainsi que sur Kurt Cobain, dont il trouve la mort suspecte. Autant dire que l’histoire du géniteur de Courtney Love avec la musique et la drogue est colossale. On a retrouvé sa trace pour évoquer les démons du passé.

À travers un post Facebook rédigé dans la nuit de dimanche à lundi 24 janvier 2022, sa femme Catriona Watson a annoncé sa mort à 81 ans, « paisiblement dans son sommeil ».

Article issu du Tsugi 142 : musique et drogue (juillet-août 2021), toujours dispo à la commande en ligne

Vous pouvez ranger dès aujourd’hui vos t-shirts élimés des Guns N’ Roses et de Metallica. Si on regarde les sites de mode « à la mode », deux groupes se taillent la part du lion pour orner les tops en coton : le Grateful Dead et Nirvana. A priori, pas grand-chose ne relie le groupe phare de l’ère psyché originaire de Palo Alto et les antihéros du mouvement grunge de Seattle. Kurt Cobain a même arboré un t-shirt où il était écrit « Kill The Grateful Dead ». Sauf que ces groupes ont eu des leaders dont les veines ont absorbé pas mal d’héroïne, ainsi qu’un homme en commun : Hank Harrison. Personnage controversé, l’éditeur passionné par l’histoire celte et irlandaise, l’archéologie néolithique, les monticules stellaires ou encore l’astronomie archaïque a managé brièvement le Grateful Dead alors qu’il s’appelait The Warlocks. Il en a tiré plusieurs livres gorgés d’interviews et d’anecdotes à leur sujet dans les années 1970 et 1980. Le Californien est également le père de Courtney Love, née en 1964. Aujourd’hui âgé de 82 ans et vivant à Sacramento, Hank prétend, dans son dernier livre autoédité Love Kills : The Assassination Of Kurt Cobain (2017), comme il l’évoquait déjà dans le documentaire très décrié Kurt & Courtney (1998), que le chanteur de Nirvana ne s’est pas suicidé. « J’ai parlé à des membres de la scène underground US de plusieurs villes, explique Hank, qui m’avaient envoyé des mails ou appelé. J’ai aussi été en contact avec des gens qui bossent dans la police. Trop de choses ne collent pas. »

« On voyait le LSD comme une cure contre l’alcoolisme, la dépression et un tas d’autres problèmes, dans une approche thérapeutique. C’était ça le gros souci. »

Pas tendre avec sa fille, à qui il ne parle plus, Hank a souvent dépeint dans la presse la chanteuse de Hole en junkie agressive et diabolique. Mais il reconnaît aussi son talent de poète. « Les gens m’en veulent parce que je critique mon enfant, avoue-t-il. Mais je ne fais que dire ce que j’ai vu. Elle peut être vraiment méchante. Elle manque de compassion. Je l’ai vue faire avec Kat Bjelland de Babes In Toyland, avec qui elle avait un groupe et à qui elle a volé son look “kinderwhore”. J’ai croisé Courtney avec beaucoup de petits amis et de petites amies. Mais elle ne m’a jamais laissé voir Kurt, car elle croyait que je courais après son argent. Elle ne m’a pas non plus permis d’approcher ma petite-fille, Frances Bean. Et pour ça, je lui en veux. Mais quoi qu’on en dise, j’aime ma fille et j’ai du respect pour elle.»

La brouille entre le père et la fille remonte à loin. Dans plusieurs interviews, Courtney a raconté avoir entendu que son paternel lui avait donné du LSD alors qu’elle était âgée de 4 ans dans le but de développer son imagination. Hank, qui a toujours nié cet effrayant épisode, a perdu la garde de son enfant quand cet exemple a été épinglé par Linda Carroll, la mère de Courtney, lors de son divorce avec Harrison.

Hank Harisson

© DR

 

Janis Joplin en parfaite ménagère

Pour mieux comprendre ces rumeurs, il faut se replonger dans le San Francisco du début des années 1960 où vit Hank, alors étudiant en psychologie et en anthropologie, et plus précisément dans le quartier d’Haight-Ashbury. Ce coin de la ville aux quarante- deux collines voit évoluer, dans le sillage des beatniks, une génération prête à tout expérimenter : LSD, vie en communauté, sexualité libre, ésotérisme, poésie lysergique, happenings. La bande-son de cette quête d’utopie débridée ? Jefferson Airplane et le Grateful Dead. Hank se souvient ainsi de ces années-là : « Ce qu’on dit à propos de la liberté de cette époque n’est pas un cliché. Il s’agissait vraiment d’une époque où tout semblait possible, où on pouvait réaliser tous ses rêves. »

Hank Harisson

© DR

Hank se trouve alors au cœur de la révolution contre-culturelle. Il fume des joints en voiture ou dans des bacchanales en appart’ avec Neal Cassady, celui qui a inspiré le Sur la route de Kerouac, Allen Ginsberg et Timothy Leary. « Des esprits brillants par rapport auxquels nous n’étions que des “baby beatnik” », se souvient-il. L’une de ses meilleures amies du moment s’appelle Janis Joplin. « C’était une personne géniale avec qui tu pouvais parler des heures. Sur scène, c’était une diva, mais dans la réalité, elle faisait la vaisselle et préparait le café, de manière très normale. Elle transportait toujours une petite valise avec elle. Elle me l’a offerte et je la conserve précieusement, avec ses lettres et ses contrats à l’intérieur. Je suis un musée vivant. Je garde aussi des lettres de Kurt et de Courtney. » Hank, qui a donné ses archives concernant le Grateful Dead à l’Université de Californie, située à Santa Cruz, a aussi compté parmi ses amies de l’époque la petite amie de Charles Manson qui traînait dans certaines fêtes. « On le disait complètement taré. Heureusement, je ne l’ai jamais croisé. »

« Il avait tout intérêt à faire croire aux musiciens que leur inspiration venait des trips pour avoir le pouvoir sur eux. Mais le Dead, c’était surtout du talent, une alchimie explosive entre chacun de ses membres et beaucoup de travail. »

 

Chimiste perso

Mais la vraie star des soirées des sixties, c’était le LSD. En tant que premier manager du Grateful Dead et copain d’école puis colocataire de Phil Lesh (le bassiste du groupe et parrain non officiel de Courtney), Hank a partagé pas mal de sachets de petits cubes d’acide lysergique avec le Dead des débuts. Le groupe emmené par Jerry Garcia – l’un des meilleurs guitaristes du monde malgré un bout de doigt en moins suite à un accident de hache dans l’enfance était connu pour ses concerts messianiques et expérimentaux qui pouvaient durer plus de trois heures. Ces lives étaient traqués par les autorités comme des repères à dealers. Une rumeur tenace voulait aussi que le groupe ait pour habitude de droguer à son insu ceux qu’il rencontrait, pour mieux ouvrir leurs chakras.

Mais Hank n’a jamais pensé que le groupe devait son génie aux substances. Il décrypte : « Owsley “Bear” Stanley, le “chimiste” personnel du groupe qui confectionnait du LSD dans son labo et était aussi son ingé son, était à la fois un idiot avec qui je n’ai jamais été copain, mais aussi un malin car il essayait de prendre le contrôle le groupe en réinventant son storytelling. Il avait tout intérêt à faire croire aux musiciens que leur inspiration venait des trips pour avoir le pouvoir sur eux. Mais le Dead, c’était surtout du talent, une alchimie explosive entre chacun de ses membres et beaucoup de travail. Ils étaient plus doués naturellement. Et leur son doit plus au jazz, à Miles Davis et au r’n’b qu’à l’acide. »

 

Sniffer les cendres de Notre-Dame ?
Hank Harisson

© DR

Au milieu des années 1960, Hank fonde l’un des tout premiers LSD Rescue Center pour informer des risques inhérents à cette molécule. « On ne parlait pas d’overdoses ni de l’aspect destructeur des drogues. Dans la Bay Area, on voyait le LSD comme une cure contre l’alcoolisme, la dépression et un tas d’autres problèmes, dans une approche thérapeutique. C’était ça le gros souci. » Aujourd’hui, le LSD connaît un revival, notamment chez les artistes et les rappeurs, illustré par un documentaire Netflix intitulé Have A Good Trip. Dans les sixties, et les fameuses soirées Acid Tests organisées par Ken Kesey, en prendre, c’était soit avoir l’impression de vivre en quelques heures l’équivalent de quatre ans en école d’art, soit se retrouver en proie à des hallucinations terrifiantes. Pour Hank, la prise de LSD ressemblait avant tout à une expérience métaphysique abyssale : « Tu devais rester chez toi pour te relaxer, car pour la première fois de ta vie, tu te retrouvais vraiment seul en ayant une pleine conscience du rien, du vide, un blanc total. »

Depuis, Hank serait intervenu dans des procès pour évoquer les effets néfastes des drogues dures, et aurait échangé sur le sujet dans des mails avec l’ex-président Clinton. Il reconnaît que cela tient du petit miracle, avec tout ce qui circulait à l’époque du Dead, qu’il soit encore en vie, en train de nous parler depuis plus d’une heure. « C’est dû, je pense, au fait de continuer à écrire. Je fais aussi de l’exercice, je mange des aliments naturels, je me maintiens en forme. J’essaye aussi de ne pas trop regarder la télé, mais plutôt par la fenêtre. La rue, derrière la vitre, est toujours là. Elle ne disparaît pas, contrairement à plein d’autres choses. Mais si tu veux vivre vieille, je te conseille surtout d’aller à Notre-Dame et de manger quelques cendres. C’est ce qu’on appelle l’alchimie. Ça peut paraître fou, mais certaines personnes pensent qu’en mangeant ou en buvant certaines choses, en s’exposant un certain temps au soleil ou en dormant pendant un certain nombre d’heures, on vit longtemps. C’est ce que pas mal de gens ont fait pour traverser plusieurs décennies. » On va essayer de suivre le conseil.

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