Cassy @MDRNTY Cruise. Crédit : David Holderbach

MDRNTY Cruise : quand la croisière s’amuse

Prenez 1700 fêtards. Mettez-les pen­dant trois jours sur un bateau. Avec open-bar, plus de nour­ri­t­ure qu’il n’en faut, une piscine, un casi­no, des transats et du soleil. Partez de Gênes, allez en Sar­daigne, en Corse, puis retour à Gênes. Et saupoudrez tout ça d’une pro­gram­ma­tion forte de 50 artistes, entre Ricar­do Vil­lalo­bos, Stephan Bodzin en live, Pan-Pot, Cassy ou Black Cof­fee, his­toire de faire danser tout ce petit monde 24 heures sur 24. Le résul­tat ? Un Dis­ney­land de la teuf, une par­en­thèse indé­cente sur la Méditer­ranée, une expéri­ence improb­a­ble où l’on se retrou­ve à rêver d’être un émir vivant toute l’année dans un con­fort all inclu­sive. Tout ça, c’est MDRNTY Cruise, une croisière de din­go voguant chaque année entre house, tech­no, et tout ce qui flotte entre les deux. A com­mencer par Eagles & But­ter­flies, offi­ciant sur la Pool Stage – le dance­floor est en fait une des piscines du bateau, un immense paque­bot du nom de MSC Opéra, vidée de son eau. Pre­mier cock­tail offert, pre­mier coup de soleil, pre­mier beau moment house. Des Russ­es en goguette siro­tent du cham­pagne, des Français ayant gag­né un con­cours papo­tent sur les transats, de gros bis­cot­tos aux tatouages trib­aux côtoient des Ital­iens en vacances, cer­taines sont en robes longues, d’autres en déguise­ment d’infirmière. Rarement une foule aura été si bigar­rée. Et rarement nos préjugés auront été démon­tés aus­si rapi­de­ment : tout le monde, du plus Ibiza-esque au plus hip­ster, du plus vieux (cer­tains danseurs assumaient bien leur cinquan­taine) aux post-ados surex­citées, se côtoie et échange avec le sourire. On s’attendait à du m’as-tu-vu, on a eu de la com­mu­nion. On s’attendait à de la viande soûle (l’open-bar com­pre­nait à peu près tous les types d’alcool, en dos­es non nég­lige­ables), c’est tout juste si cer­tains ont eu l’estomac un peu remué quand la houle se fai­sait capricieuse le dernier soir. Stop au sno­bisme, et place à la fête, celle qu’on fait les bras en l’air, la peau gorgée de sel, toute l’après-midi.

Crédit : David Holder­bach

Car c’est en journée que MDRNTY prend tout son sens, avec ses cock­tails de fruits et ses jacuzzis, en tong sur le pont. La croisière se vit en plein air, et les équipes suiss­es (déjà der­rière le Caprices Fes­ti­val) qui organ­isent l’événement le savent bien : le line-up en journée est excel­lent, avec Eagles & But­ter­flies donc, mais aus­si Cassy, Dje­bali ou Audiofly. Et Matthew Dekay, qui a offert un sacré bon­bon le dernier jour, en enchaî­nant “Gyp­sy Woman” de Crys­tal Waters avec “French Kiss” de Lil Louis et “I Feel Love” de Don­na Sum­mer. Trois clas­siques que tout le monde fre­donne au couch­er du soleil, quelque soit sa nation­al­ité, son âge, son look, pen­dant que le bateau file à tout à allure sur la mer d’huile. Un petit aperçu du par­adis.

Mais quand vient la nuit, que faire ? Danser, tou­jours. Le bateau ren­ferme trois clubs, deux au for­mats poche et un plus grand pour les têtes d’affiche, comme LA star de ces trois jours : Ricar­do Vil­lalo­bos. Son set a beau avoir été déplacé plusieurs fois, tout le monde n’avait que ce nom à la bouche… Ou ailleurs : com­ment louper ce fan qui avait le vis­age de Vil­lalo­bos tatoué sur cha­cun de ses mol­lets ? Le set est évidem­ment impec­ca­ble, mais l’endroit est sur-chauffé, sur-rempli. Plus que ce club prin­ci­pal, c’est le deux­ième soir, dans un des plus petits dance­floors, qu’on aura pris notre claque mar­itime : mer­ci la house des qua­tre fan­tas­tiques Lazare Hoche, Hye­nah, Culoe De Song et Black Cof­fee !

Stephan Bodzin, tou­jours aus­si bon en live. Crédit : David Holder­bach

Dans sa com­mu­ni­ca­tion, MDRNTY insiste sur le fait d’offrir une “expéri­ence” à ses par­tic­i­pants. Le terme est éculé, sorte de vague con­cept mar­ket­ing util­isé à toutes les sauces. Mais là, on se doit d’avouer que c’est le cas : MDRNTY, c’est expéri­menter un pub­lic inhab­ituel pour les fans du Rex ou des ware­hous­es de la ban­lieue parisi­enne. C’est expéri­menter une musique certes acces­si­ble, mais qui n’oublie jamais d’être exigeante, avec des mix­es à la tech­nique impec­ca­ble. C’est expéri­menter le luxe mélangé à la débauche. C’était le kiff.

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