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Lors du concert de Pfel et Greem au Divan du Monde. Crédit : Hugues Poulanges.
16 février 2017

Minuit Une, à fond les lasers

par Patrice BARDOT

Article extrait de Tsugi 99, à retrouver en kiosque ou à la commande ici.

Longtemps considéré comme ringard et même dangereux, le laser se réinvente en toute sécurité grâce à la créativité de Minuit Une, dont les lumières uniques et immersives ont conquis les derniers festivals Solidays et Weather ou les concerts de Møme et Broken Back. 

Qu’est ce que l’on recherche tous lorsque l’on se rend à un festival, un concert ou une soirée ? S’en prendre plein les oreilles bien entendu, mais aussi plein les yeux. Sans forcément non plus être obligé de regarder ses pieds à cause de l’aveuglement provoqué par un déferlement lumineux. Et finalement depuis la fameuse pyramide des Daft Punk, quasiment l’an I en 2007 de la création visuelle en matière de live électronique, rares ont été les vraies inventions en la matière. La plupart des shows existants ou des lumières en clubs ou festivals reposent tous sur une utilisation massive de lampes LED. Même si la récente création OX, que l’on a pu voir à Nuits Sonores ou Calvi On The Rocks, a innové en associant ce produit, proche de l’art contemporain, à de l’intelligence artificielle afin de mieux capter non pas le rythme de la musique, mais bien les sensations générées par le son. Les sensations sont justement au coeur des créations de la société Minuit Une.

Immersion

L’histoire démarre il y a cinq ans à Palaiseau en banlieue parisienne lorsqu’Aurélien Linz, Simon Blatrix et Éric Phelep s’ennuient un peu sur les bancs de l’Institut d’Optique Graduate School où ils suivent une formation d’ingénieur. Le trio sort beaucoup. Ce sont des passionnés de musiques électroniques, notamment de techno et ils ont envie de joindre l’utile à l’agréable comme nous le raconte Aurélien, 27 ans aujourd’hui, dans leur bureau/showroom de Montreuil : “Nous voulions rendre les scénographies beaucoup plus immersives, augmenter l’enrichissement que la lumière peut produire sur la musique. On trouvait que dans la plupart des salles où nous sortions, le travail sur les lights était assez redondant hormis dans les gros shows de type Zénith ou Bercy. Finalement, c’était toujours des projecteurs avec un faisceau qui allait d’un point A à un point B. On constatait aussi qu’au-dessus du public, il y avait une sorte de grand espace complètement délaissé. C’est comme cela que nous avons eu l’idée d’un éclairage en forme de lustre-pyramide qui augmenterait le côté immersif à 360 degrés.” Et ils ont sous la main l’outil pour mettre cela en application : le laser. “Mythique en optique”, l’instrument représente les trois quarts du contenu de leurs cours. C’est donc logiquement qu’il va leur fournir la base du projet. Pourtant c’est loin d’être gagné d’avance. Non seulement parce que les utilisations du laser étaient jusque-là très limitées, et disons-le “cheap”, avec des faisceaux très brillants qui passent au-dessus du public, donc dépourvus de la sensation d’immersion recherchée par nos créateurs. Sans parler de la sécurité : se prendre un laser dans les yeux étant fortement déconseillé.

Lors de la Nuit Blanche à la Mairie du 11ème arrondissement. Crédit : Maxime Simon

Eureka

Les débuts seront difficiles comme le raconte Aurélien : “On a eu des gros moments de doute dès qu’on s’est lancé dans l’idée d’utiliser le laser pour un éclairage à 360°. La question de la sécurité est arrivée très vite. Nous travaillions dans l’incubateur du 104 à Paris, et ils nous disaient : ‘Vous êtes fous, si aujourd’hui il n’y a plus de lasers, c’est qu’il y a une raison.’” Persuadés d’une faille dans ces affirmations alarmistes, les trois ingénieurs vont se plonger inlassablement dans l’analyse des 200 pages de la norme du laser ou dans des thèses répétant ad lib la dangerosité de l’objet. Jusqu’à ce que jaillisse enfin la lumière : “Faire tourner les lasers à 360° permet un mouvement continu que l’on peut effectuer à une très grande vitesse. Le faisceau circule tellement vite dans l’oeil qu’il n’a pas le temps d’absorber l’énergie. C’est la même chose avec la flamme d’un briquet. Si on passe son doigt très vite sur la flamme, on ne se brûle pas et bien c’est le même principe avec l’oeil.” Nous sommes alors en 2013, et rien ne pourra plus les arrêter. Sous forme de pyramide et de carré, pouvant être disposé à l’unité ou en nombres dans tous les espaces d’une salle (du sol au plafond en passant par les murs), les prototypes de leur produit M-Laser sont testés par beaucoup de collectifs (Berlinons Paris, Le Phonographe…) de la nouvelle scène techno alors en ébullition dans le grand Paris.

Mais c’est une des légendes de la techno qui va leur donner le premier vrai coup de pouce : “On connaissait quelqu’un qui était en contact avec l’agent de Jeff Mills. On lui a envoyé des photos et des vidéos de ce que l’on faisait. Cela lui a beaucoup plu. On s’est donc retrouvés à Strasbourg pour faire une partie des lights de son projet Time Tunnel. Nous étions encore sur des prototypes qui demandaient deux heures d’installation et qui posaient pas mal de problèmes. C’était un maximum de stress, mais heureusement cela a bien fonctionné et nous a confortés dans notre choix, car c’était une forme de reconnaissance que de bosser avec Jeff Mills.”

Infini

Beaucoup moins de stress aujourd’hui, où le produit est parfaitement au point. On a pu le constater en juin dernier lors du Weather Festival avec l’étourdissante, mais jamais aveuglante, mise en place sur la scène Hiver de neuf pyramides M-Laser disposées en arche pour une immersion maximale. Surtout, il se caractérise par une grande simplicité d’utilisation. Comme avec tous les projecteurs à LED ou à lampes, n’importe quel éclairagiste avec une petite formation peut, à partir de sa console, faire marcher le dispositif en live en liaison avec la musique. Reste évidemment à posséder le talent pour explorer au mieux les possibilités quasi infinies qu’offre l’invention de Minuit Une, en fonction de son nombre et de son positionnement. D’ailleurs, les trois complices comptent bien pousser plus loin l’idée d’une revalorisation du travail sur les lumières, trop négligé selon eux, en organisant une soirée où un seul DJ serait sur scène, mais de nombreux “lighteux” se succéderaient chacun leur tour derrière la console pendant toute une nuit. On ne demande qu’à voir…

MINUITUNE.COM
Les produits M-laser seront présents le 17 février à Électrons Libres (Nantes), avec notamment Slow Futur (Cirque Bang Bang et Zombie Zombie), Hypersoleils(Jean-Benoît Dunckel et Jacques Perconte). Ils installeront également une vingtaine de pyramides à la Squarehouse ce week-end à Peacock Society. 

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