OKVLT Release Party @ Meta / ©DR

Musiques ésotériques et fables orientales : lumière sur le fascinant label OKVLT

On vous avait partagé la semaine dernière en exclu­siv­ité le titre d’AIR LQD & Abdul­lah Mini­awy “How Do You Bur­ry A Paper­less Man”. Aujour­d’hui, le label OKVLT, emmené par le duo français UVB76, est à l’af­fiche avec la sor­tie de sa com­pi­la­tion Tales from The Far East Vol​.​2.

À l’oc­ca­sion de cette sor­tie toute fraîche, on a en prof­ité pour s’in­téress­er à ce label qui parsème le paysage élec­tron­ique d’é­trangetés sonores depuis 2013, et surtout partage entre ses artistes un interêt com­mun pour l’al­liage entre musique et “vision”, c’est à dire leur pro­pre “inter­pré­ta­tion visuelle de la musique” – pour repren­dre leurs ter­mes qu’ils expliquent plus bas. C’est un univers musi­cal mys­tique, ésotérique, cou­plé à une recherche graphique appuyée, que le label a réus­si à con­cré­tis­er au fil des années. Le résul­tat se véri­fie à chaque sor­tie, tou­jours avec la même qual­ité, le même goût pour l’ex­plo­ration artistique.

Avec Tales from The Far East Vol​.​2, on retrou­ve des artistes qui “parta­gent tous le même attrait pour la musique ésotérique autour de cette thé­ma­tique de fables ori­en­tales”, comme le chanteur égyp­tien Abdul­lah Mini­awy qu’on a récem­ment vu aux côtés de Simo Cell, ou le duo basé à Brux­elles Osi­lasi entre “musique con­crète, impro­visée, bruitiste et trib­ale”. On a posé quelques ques­tions à UVB76, de leurs vrais noms Gaë­tan et Tioma, fon­da­teurs d’un des labels under­ground les plus intéres­sants de la scène élec­tron­ique française. La com­pi­la­tion est égale­ment disponible sur Band­camp ici.

Quelle est l’idée, l’in­ten­tion der­rière cette compilation ?

Cette com­pi­la­tion, c’est le deux­ième vol­ume de la série Tales from The Far East entamée en 2018. Un titre très illus­tratif, qui suf­fi­rait presque pour répon­dre à la ques­tion. L’idée, plus con­crète­ment, était de rassem­bler des artistes ayant un attrait pour la musique ésotérique autour de cette thé­ma­tique de fables ori­en­tales. C’est une allé­gorie qui résume bien notre approche de la pro­duc­tion en général, que ce soit sous UVB76 ou avec le label. Une inter­pré­ta­tion visuelle de la musique, si l’on peut dire. Par ailleurs, on préfère laiss­er les audi­teurs se faire leur idée plutôt que d’imposer une palette d’é­mo­tions, mais si on par­le d’intentions, on aime bien par­ler de « visions ». Les visions qui définis­sent cette cas­sette, et plus générale­ment OKVLT, ce sont des con­tes et rites sonores. On a tou­jours eu un cer­tain attrait pour le rap­proche­ment entre musique et cinéma.

Les visions qui définis­sent cette cas­sette, et plus générale­ment OKVLT, ce sont des con­tes et rites sonores.”

Eindkrak live en 2017

Eind­krak live en 2017 / © Chloé Poitevin

Qui sont ces artistes pour vous ? 

Des amis et con­nais­sances proches pour la plu­part, et pour le reste, des amis en devenir ! On a col­laboré en amont avec la quasi-totalité des artistes présents sur la com­pile. Que ce soit via des sor­ties précé­dentes, à venir, des émis­sions radio ou pour des événe­ments et con­certs. Pour pren­dre quelques exem­ples, nous avons déjà invité Eind­krak et AIR LQD en live sur Paris, Sacred Lodge était en Mas­ter musi­colo­gie avec Tioma, Kӣr a ouvert la nou­velle sai­son de notre émis­sion sur LYL Radio, Gouren est un ami du lycée, etc. On est heureux de sor­tir au max­i­mum la musique de nos proches.

 

D’où vous vient cet attrait pour les fables orientales ?

Dans un pre­mier temps, par nos décou­vertes musi­cales à la mai­son (Tioma a un père russe et une mère pas­sion­née de musique et Gaë­tan écoutait les CDRs d’am­bi­ent importés de Chine de son père, ndr). Mais surtout au lycée puis à notre arrivée à Paris, quand on a décou­vert tout un pen­chant de la musique qui nous était totale­ment incon­nu aupar­a­vant. Des artistes comme Shack­le­ton, T++, la scène dark ambi­ent ou Mus­lim­gauze… Tout ça nous a pro­gres­sive­ment don­né une envie d’é­ten­dre les sonorités que l’on pro­duit ou sort en cas­sette vers des ter­ri­toires mécon­nus, par­fois dis­cor­dants, mais aus­si fan­tas­més, capa­bles de sol­liciter d’autant plus notre imag­i­naire, disons.

À chaque nou­velle sor­tie on essaie d’étendre cet univers tout en restant cohérent. Une sorte d’an­tholo­gie d’his­toires occultes.”

Humbros live en 2018

Hum­bros live en 2018 / © Chloé Poitevin

Vous par­liez de “rap­port visuel à la musique”, qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

Le rap­port entre musique et image existe depuis longtemps, ne serait-ce qu’à tra­vers les pochettes des dis­ques, les clips, etc. Même le ciné­ma a com­mencé en musique avant l’arrivée de la parole ! Il y a aus­si évidem­ment tout le poten­tiel sug­ges­tif de la musique, c’est-à-dire les images et visions qu’elle peut sug­gér­er chez l’auditeur, et qui sont pro­pres à cha­cun. Mais si on par­le spé­ci­fique­ment de notre approche, c’est vrai qu’on a tou­jours tenu à plac­er cette rela­tion au cen­tre de ce qu’on fait. On aime tra­vailler cette rela­tion, que ce soit à tra­vers nos lives audio­vi­suels, nos art­works, nos clips ou plus sim­ple­ment notre musique.

 

Quel est votre regard sur la scène élec­tron­ique actuelle ? Et où vous placez-vous ?

La muta­tion des gen­res qu’on pou­vait apercevoir à la nais­sance du label (en 2013) est encore plus avancée aujour­d’hui. Il y a quelques années, on avait encore beau­coup ten­dance à “gen­r­er” la musique. Aujourd’hui, ça a moins de sens, les bar­rières devi­en­nent floues et on a plus de mal à coller des éti­quettes. On ne se “place” donc pas avec OKVLT, on préfère laiss­er les audi­teurs décider.

 

C’est quoi la suite pour vous ?

OKVLT & WV SORCERER au Cirque Electrique en 2019

Per­for­mance de Qian Geng, soirée OKVLT & WV SORCERER au Cirque Elec­trique en 2019 / © basm.ottoman

On tra­vaille actuelle­ment sur plusieurs sor­ties sur OKVLT. Une com­pi­la­tion d’in­ter­pré­ta­tions libres et mod­ernes de chan­sons de Mal­icorne, groupe légendaire de progressive-rock-folk des années 70. Une idée orig­i­nale de Hoel du duo Tech­no Thriller avec qui l’on tra­vaille actuelle­ment. Tech­no Thriller sor­tent d’ailleurs leur deux­ième album aujour­d’hui – avec une avant-première chez Tsu­gi ! Avant ou après, une cas­sette avec Offi­ci­um dans un for­mat hybride où fanzine, cas­sette et tra­vail col­lab­o­ratif avec le pro­duc­teur Tzii vien­dront se mêler à des fields record­ings glanés en Litu­anie lors de célébra­tions païennes. Puis, sans doute quelque chose avec le duo Osi­lasi basé à Brux­elles, un super pro­jet entre musique con­crète, impro­visée, bruitiste et trib­ale. Et plein d’autres choses, comme des con­certs en forêt le jour où on nous lais­sera libre de nos mouvements…

On prend notre temps avec le label (deux sor­ties par an en moyenne), l’idée étant d’avoir un réel échange avec les artistes. Les laiss­er éten­dre les fron­tières du label tout en restant cohérents avec notre esthé­tique. On est touchés par l’en­goue­ment autour de la sor­tie de Tales from The Far East Vol.2, ça nous motive pour la suite. Con­cer­nant UVB76, on va entamer une rési­dence en jan­vi­er avec la vio­loniste Tama­ra Goukasso­va. Un nou­veau pro­jet plus impro­visé que l’on a hâte de pro­pos­er en live.

GROUP A @ La Sta­tion / ©DR

OKVLT Tapes

OKVLT cas­settes

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