Crédit : Alex Giraud

Nouvelle(s) Scène(s), festival de nouvelles scènes

Au foin de la rue, Le Jardin du Michel, Les 3 éléphants… Cer­tains fes­ti­vals ont de drôle de noms. En terme de référence­ment, sacro-saintes règles sur les moteurs de recherche, on peut dif­fi­cile­ment faire mieux. A ce petit jeu-là, Nouvelle(s) Scène(s) est claire­ment per­dant, un vrai casse-tête googlelis­tique (oui, on vient d’inventer cet adjec­tif, et alors?). Mais les dif­fi­cultés s’arrêtent là : fort de neuf édi­tions, le fes­ti­val de Niort jouit d’une organ­i­sa­tion sans faille, réduisant à zéro les prob­lèmes habituels d’attente au bar, de vig­iles désagréables ou de toi­lettes dégueu­lass­es. Et puis finale­ment, Nouvelle(s) Scène(s) porte plutôt bien son patronyme : répar­ti dans la ville, entre bars, salles de con­cert, librairies et médiathèques, le fes­ti­val per­met d’en décou­vrir un paquet, des nou­velles scènes. Prenez le Pilori, par exem­ple. Cet ancien hôtel de ville aux allures d’église a beau accueil­lir des expo­si­tions à l’année, le for­mat con­cert lui va plutôt bien, avec son mur gran­uleux et son sol en pierre. C’est d’ailleurs là qu’on y a vu l’un des plus beaux lives du week-end, grâce à Mohamed Lam­ouri, bien con­nu des Parisiens qui le croisent régulière­ment dans les rames de la ligne 2. Pour­tant, ce n’était pas gag­né : avec son seul syn­thé porté à l’épaule, les ryth­miques sont basiques, les fauss­es notes légion (Mohamed Lam­ouri est malvoy­ant et joue donc “à l’instinct”), les inter­ac­tions avec le pub­lic drôles mais pataudes. Peu importe, quelle claque ! Reprenant des clas­siques rai, “Hotel Cal­i­for­nia” des Eagles (en arabe) ou des com­pos per­son­nelles avec sa voix de gran­it, belle et rêche, Mohamed Lam­ouri trans­forme sa mal­adresse en irré­sistible charme. Ceux qui lev­aient bien haut leurs sour­cils au début du spec­ta­cle finis­sent par réclamer un rap­pel, pen­dant que ces petites chan­sons pop, ori­en­tales et poignantes nous arrachent une larmichette. On s’enflamme un peu, c’est vrai. Mais dépouil­lée de tous les atours habituels (pas de cos­tume, grosse scéno­gra­phie et instru­ments à foi­son ici), la pat­te Mohamed Lam­ouri respire la pureté, remet­tant la musique à sa sim­ple place de moment partagé et émo­tion­nel. A revoir bien­tôt au FGO-Barbara à Paris, avec le groupe Most­la cette fois. D’ailleurs, le gui­tariste du-dit groupe est au tout pre­mier rang au Pilori, un large sourire accroché au vis­age. Mais ce week-end-là, il jouait ailleurs, au sein du groupe live accom­pa­g­nant Cheval­rex. Pour Nouvelle(s) Scène(s), le chanteur pop signé chez Viet­nam Records se pro­dui­sait dans une librairie du centre-ville, tout près des Halles ou du Don­jon de Niort. On ne pour­ra pas en dire plus : il y avait telle­ment de monde entre les rayons de bouquins qu’on n’a pas pu accéder au con­cert gra­tu­it en mez­za­nine. Tant pis, car quelques heures plus tôt, Rémy Pon­cet de son vrai nom offrait au fes­ti­val une ses­sion acous­tique et bucol­ique sur une “plate”, ces bar­ques tra­di­tion­nelles du marais poitevin – à retrou­ver tout bien­tôt sur les inter­nets pour les frus­trés de la librairie bondée.

Raoul Vig­nal à la médiathèque de Niort. Crédit : Alex Giraud

Quoi d’autre au Pilori ? Chien Noir et ses chan­sons d’amour en français, mul­ti­pli­ant les change­ments de ton et décrochages pour drap­er d’un peu de drame des his­toires naïves et touchantes – le morceau d’insomniaque “Paupière” étant par­ti­c­ulière­ment réus­si. Ou Naya, toute jeune chanteuse aux mille tress­es, évolu­ant dans un reg­istre pop ou folk avec une voix absol­u­ment par­faite, comme tout droit sor­tie d’un stu­dio. Plusieurs petits tubes (“Back­yard” ou “Girl On The Moon”) se cachent sans sa setlist, à sur­veiller du coin de l’oeil donc. Autre lieu à décou­vrir : la médiathèque de Niort, où Raoul Vig­nal don­nait un con­cert acous­tique guitare-voix, baigné de la claire lumière de ce same­di après-midi. Douceur, con­tem­pla­tion, réc­it en anglais de la mai­son de l’enfance ou de rêves… Et voilà qu’on rêvasse nous même, entourés de quelques traits tirés : la soirée de la veille fut longue et fes­tive pour pas mal d’entre nous. Car à quelques mètres, dans ce cen­tre cul­turel ouvert qu’est le Moulin du Roc (com­prenant une médiathèque, des transats, un bar, une salle…), le club porte encore quelques stig­mates de la soirée du ven­dre­di : si Adam Naas en fai­sait un peu  des caiss­es et Maud Gef­fray flir­taient trop avec la transe kitsch (après, cha­cun ses goûts!), Chloé présen­tait en live son dernier album End­less Revi­sions. Et c’est superbe, entre map­ping sur gros blocs blancs de ban­quise et tech­no fine. Sur de gross­es enceintes, son sin­gle “The Dawn” prend une dimen­sion qua­si mys­tique. Épatant. Mais ce soir-là, tout le monde sem­blait avoir fait le déplace­ment pour voir L’Impératrice, couron­née de suc­cès (pun intend­ed) depuis son album Mata­hari et respon­s­able d’un bug dans la matrice : quand à l’espace pro le DJ pas­sait “Résiste” de France Gall, L’impératrice repre­nait “Ella, elle l’a” dans le club à la large boule à facettes — pas­sion France Gall.

Côté fes­tiv­ités du soir, la pro­gram­ma­tion du same­di n’était pas en reste, n’en déplaise à nos pattes endo­lo­ries de s’être bal­adé un peu partout dans la ville l’après-midi — ou d’avoir dan­sé sur le set du con­frère de Novo­ra­ma, sur la ter­rasse à fleur de riv­ière du très chou bar Les Planch­es. Rendez-vous à la salle Le Camji donc, pour un warm-up avec Call­ing Mar­i­an (respon­s­able l’an passé d’un excel­lent EP acid), puis les Roumains de Golan. Trompette, clavier, gui­tare, basse, flûte tra­ver­sière, con­gas, chant… Les cinq garçons ont tout d’un groupe pure­ment acous­tique, en mode “sono mon­di­ale”. Et pour­tant, par je-ne-sais-quel malin truche­ment de pro­duc­tion et de com­po­si­tion, Golan sonne pro­fondé­ment élec­tron­ique et dansant, ver­sant plutôt house, dif­fi­cile­ment qual­i­fi­able mais très acces­si­ble et effi­cace. Chez Fab­rizio Rat par con­tre, pas d’embrouille d’adjectif : en plus de quelques touch­es acid, son live est pure­ment tech­no. Et pure­ment jouis­sif aus­si, le Camji est vite en sueur, les vieux punks croisent les jeunes filles déchaînées. Beau à voir, et par­fait pour clore le week-end.

Ain­si, il y avait bien des nou­velles scènes à Nouvelle(s) Scène(s), pour porter de nou­veaux artistes, d’autres plus con­fir­més ou des groupes en pleine hype. Eti­enne Daho aus­si, pour une soirée d’ouverture où il avait carte blanche côté pro­gram­ma­tion (et a donc invité Lescop, Calyp­so Val­ois et Yan Wag­n­er) – soirée à laque­lle on n’a mal­heureuse­ment pas pu se ren­dre. De quoi en tout cas ani­mer la mignonne ville de Niort, fournir tout sim­ple­ment son con­tent d’émotions, de décou­vertes et d’huîtres (La Rochelle n’est pas très loin après tout). Que demande le peu­ple ?

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