Crédit photo : Nicolas Bresson

On a changé d’heure à la Belle Electrique de Grenoble

Quitte à per­dre une heure de som­meil, autant ne pas dormir du tout. Same­di dernier, on s’est donc ren­du à Greno­ble pour décou­vrir La Belle Elec­trique, “scène de musiques ampli­fiées” ouverte en 2015. Faisant la part belle aux musiques élec­tron­iques, elle en con­stitue le nou­v­el épi­cen­tre dans une ville qui a tou­jours été une place forte de l’électro/techno.

C’est dans une anci­enne zone indus­trielle à la lisière du centre-ville de Greno­ble, non loin de la riv­ière Le Drac et de l’autoroute menant aux grandes sta­tions de l’Oisans, que se dresse La Belle Elec­trique. Un envi­ron­nement à pri­ori pas très sexy mais que l’ouverture de cette scène de musique ampli­fiée – le lieu n’a pas encore le label SMAC – a per­mis de ren­dre net­te­ment plus attrayant. Au point que, avec la présence d’autres espaces dédiés à la musique et la fête comme l’Ampérage et le Drak Art, le quarti­er est devenu l’un des prin­ci­paux point de con­ver­gence des noc­tam­bules locaux. Récem­ment immor­tal­isé dans les médias nationaux lorsque, sur son parvis, Bertrand Can­tat a ten­té de dia­loguer avec des manifestant-e-s fémin­istes, La Belle Elec­trique est un remar­quable bâti­ment char­p­en­té en bois et aux larges baies vit­rées. Le bois pour la prox­im­ité avec la mon­tagne, ses forêts et ses chalets. Le verre pour l’ouverture sur la ville. Enfin, c’est ce qu’on imag­ine. A l’intérieur, la salle prin­ci­pale est une sorte d’amphithéâtre cubique, avec de vastes bal­cons et des gradins descen­dant vers une fos­se chaleureuse et intimiste. Un véri­ta­ble “chau­dron” — n’en déplaise aux fans de l’ASSE – par­fait écrin pour accueil­lir aus­si bien des con­certs de tous poils que des soirées “club­bing”. Il s’agit là de l’une des mar­ques de fab­rique de la salle, qui en accueille une trentaine chaque année, soit plus de deux par mois.

D’ailleurs, après avoir loupé de peu le dernier tramway et rejoint notre Belle d’un soir à pied, nous sommes accueil­lis par la tech­no per­cu­tante, dévas­ta­trice et sans répit de Blawan. Le Bri­tan­nique a vis­i­ble­ment choisi de lâch­er les chevaux, la salle lui plait, la sono est impec­ca­ble. Il n’est pas sur scène, le DJ booth ayant été judi­cieuse­ment placé au niveau du pub­lic, lui-même con­quis. La salle n’est pas totale­ment blind­ée, env­i­ron 700 per­son­nes se sont déplacées ce soir pour une capac­ité de 950. Ce n’est pas plus mal, on a de la place pour danser, on peut se déplac­er facile­ment et com­man­der une Char­treuse au bar sans per­dre une plombe, on l’a déjà paumé avec le change­ment d’heure en fait. Il y a un vrai pub­lic tech­no à Greno­ble et cela n’est pas dû au hasard. La ville héberge plus de 60 000 étu­di­ants, et même si tous ne sont pas des fans de gros beats 4/4, cela laisse une belle marge de manœu­vre. Surtout, la cap­i­tale des Alpes a été dans les années 90 l’un des prin­ci­paux pour­voyeurs d’artistes électro-techno comme The Hack­er, Miss Kit­tin, Oxia ou encore Kiko. Un con­tre­pied sal­va­teur, froid et robo­t­ique à la French Touch parisi­enne qui s’est même imposé lors du déclin de cette dernière. Une his­toire qui a durable­ment mar­qué la ville avec des musi­ciens emblé­ma­tiques qui pour la plu­part tour­nent encore à l’international.

Crédit pho­to : Nico­las Bres­son

Si l’on ne voit pas – pour l’instant – de DJ’s/producteurs équiv­a­lents ayant émergé dans les années 2000/2010, la scène locale reste très dynamique. De nom­breux col­lec­tifs – Icone, Hid­den Plaza, Hedo­ne, Nympho­ny, The Dare Night ou Car­ton Pâte – ani­ment les nuits grenoblois­es, accueil­lis dans dif­férents lieux – on pour­rait aus­si par­ler de la Bobine, du Mark XIII ou du Keep It Weird en plus de ceux cités en début d’article — avec La Belle Elec­trique comme point d’orgue. En rece­vant aus­si bien ces indis­pens­ables arti­sans du cru que des gross­es poin­tures – depuis la ren­trée ont a vu défil­er Mar­cel Dettmann, Speedy J, Michael May­er, Nico­las Jaar, Rone, Bjar­ki ou même le trio Body & Soul – la salle comble les attentes et entre­tien un pub­lic, créant sur place une indis­pens­able ému­la­tion.

Tan­dis que DVS1 a suc­cédé à Blawan aux platines, déroulant une tech­no linéaire et hyp­no­tique, très alle­mande – pour­tant le bon­homme est améri­cain – on dis­cute avec Alban Sauce, directeur adjoint et respon­s­able de la pro­gram­ma­tion élec­tron­ique de “La Belle”. Il nous con­firme que le lieu a une image très électro/house/techno même si ces dernières ne représen­tent en réal­ité que 30% du total de la pro­gram­ma­tion. Démon­tant aus­si les clichés sur Greno­ble et ses musiques glaciales et indus­trielles, il nous rap­pelle que la ville a été un bas­tion du reggae/dub – par exem­ple le groupe Sin­se­mil­ia — des musiques plus lumineuses et enjouées donc, et que la house y est égale­ment pop­u­laire. Enfin, quand on lui demande s’il va enfin y avoir une relève à Miss Kit­tin & The Hack­er, un artiste solo ou un groupe élec­tro qui va émerg­er par ici, il nous présente un mem­bre de “La Marine”, un trio qui vient de sign­er sur Spe­ich­er, une sub­di­vi­sion de Kom­pakt. “Mais le morceau sur lequel a flashé Michael May­er a été pro­duit il y a plus d’un an. Depuis ils ont pris un virage plus pop. Du coup on va sans doute mon­ter un label pour sor­tir leur album”. On suiv­ra cela de près. Et on revien­dra à La Belle Elec­trique, c’est sûr. Pour l’heure d’hiver peut-être….

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