On était aux dix ans d’Electrosanne, et ça valait le coup

Ce n’est un secret pour per­son­ne, nos voisins suiss­es sont férus de cul­ture. On leur doit de nom­breux fes­ti­vals comme le Paléo, le Mon­treux Jazz Fes­ti­val, mais aus­si Elec­trosanne qui fêtait cette année son dix­ième anniver­saire. D’ailleurs, nous n’avons pas pu résis­ter à l’envie d’y assis­ter. Si vous avez quelques min­utes devant vous, nous vous invi­tons donc à décou­vrir nos péré­gri­na­tions musi­cales en terre helvétique…

Jour 1 

Pre­mière bonne sur­prise, le fes­ti­val est implan­té en plein cœur de la ville. Il se trou­ve dans le quarti­er urbain du Flon, à quelques pas de la vieille ville et de son ambiance mag­ique. Arrivés pile à l’heure du début de la con­férence de Busy P au Friends Café de Lho­tel, situé juste en face de la place de l’Europe, quarti­er général du fes­ti­val. Présen­té par Patrick Thévenin, cet entre­tien intimiste réal­isé à l’initiative de la Red Bull Music Acad­e­my se révèle très intéres­sant car le pro­duc­teur à la tête d’Ed Banger est loin d’être radin en anec­dotes, sou­vent très drôles. De plus, il bal­aie dif­férents sujets comme la french touch, son label, Club 75 mais aus­si son poulain Boston Bun et Para One la dernière recrue du label. Il par­le égale­ment de l’effervescence de la scène française, revient sur les dif­férents labels qui la font vivre et sur son rôle de cura­teur lors de l’édition 2009 du fes­ti­val Nuits Sonores.

Une fois la con­férence ter­minée, nous quit­tons notre con­fort­able siège pour une mise en jambe à l’Open Air qui débute tout juste. La tran­si­tion est plutôt réussie puisqu’à notre arrivée devant la grande scène nous sommes accueil­lis par Pete Rock. Oui, mal­gré son nom, Elec­trosanne s’ouvre cette année au hip hop et a vu les choses en grand en con­viant quelques génies. Sa per­for­mance, quoique un peu timide au début, se réchauffe rapi­de­ment quand il passe l’hymne funk “Can­dy” de Cameo ou lorsqu’il se met à scratch­er sur “Sex Machine” de James Brown. À quelques mètres de là, nous décou­vrons la Red Bull Music Acad­e­my Stage qui recevra plus tard dans la soirée un B2B de 4h entre Daniel Avery et Roman Flügel. Mais avant cela, c’est Mimet­ic, un suisse flir­tant avec l’indus, qui ouvre le bal, suivi par l’allemand Palm­Trax pour un live house de grande qual­ité. D’ailleurs, nous avons appris qu’il était à Tokyo pour l’édition 2014 de la RBMA et il est cer­tain que l’on gardera un œil sur ce jeune pro­duc­teur prometteur. 

À peine le temps de choisir un food truck pour nous restau­r­er que nous sommes appelés par des beats bien accrocheurs. Curieux, nous déci­dons de sauter le repas. Quelle bonne idée nous avons eu ! Le mon­stre J Rocc ambiance à ce moment là la grande scène avec ses pépites hip-hop. Si bien que nous avons du nous retenir de shaz­a­mer à tout va (J Rocc si tu nous lis nous seri­ons curieux de con­naitre le nom de la dernière track…) La suite est assurée par Roman Flugel et Daniel Avery, deux génies de la tech­no, alliés pour l’oc­ca­sion dans un set explosif de 4h. Aus­si dif­férents que com­plé­men­taires, ces deux-là savent amen­er avec une grande ingéniosité des tracks ter­ri­bles qui s’enchaînent à une vitesse folle. On en oublierait presque que de l’autre côté se joue un autre b2b très atten­du. Busy P et Boston Bun retour­nent com­plète­ment la grande scène, l’euphorie de la foule à son comble sem­ble gon­flée à bloc les deux DJs, tou­jours très com­plices. Nous leur dédions nos derniers pas de dans­es avant de regag­n­er nos lits pour se pré­par­er à la suite des festivités.

Jour 2

Comme la veille, la journée débute par une con­férence cette fois-ci ani­mée par Lau­ren Mar­tin qui présente Daniel Avery. Le pro­duc­teur revient sur sa car­rière, ses men­tors Erol Alkan et Andrew Weather­all et sa manière de com­pos­er ses sons si bruts que l’on retrou­ve notam­ment tout au long du très bon album Drone Log­ic. Ensuite, sur les lieux de l’Open Air, nous sommes accueil­lis par Laolu dont le set judi­cieux et plutôt tech house nous met en appétit pour cette deux­ième journée musi­cale à Lau­sanne. Plus tard et du côté de la Red Bull stage, nous décou­vrons un Mum­dance chargé à bloc qui bal­ance un mix entre drum’n‘bass, hard­core et même jun­gle à la hau­teur de nos espérances. D’ailleurs, il repren­dra son “1 sec” en col­lab­o­ra­tion avec Nov­el­ist dans une ver­sion par­ti­c­ulière­ment sauvage pleine de bass­es agres­sives. Un des grands moments de la soirée. Il est suivi par le plus posé et expéri­men­tal Kore­less dont le live hyp­no­tique nous offre un voy­age aux fron­tières du spirituel.

Pour redescen­dre sur terre, quoi de mieux que François K ? Remixeur et pro­duc­teur de tal­ent dont la renom­mée n’est plus à faire, c’est un grand plaisir que de le retrou­ver ici à Lau­sanne au cours d’un set bien trop court à notre goût. Nous nous remon­tons le moral en nous dis­ant que l’on retrou­vera cette légende dès le lende­main à la con­férence Red Bull. Le reste de la soirée se partage entre Nina Krav­iz d’un côté, dont le clas­sique “Ghet­to Krav­iz” a été superbe­ment remixé par Regal récem­ment, et les deux copains de Mount Kim­bie de l’autre. La grande scène est inac­ces­si­ble tant les gens se pressent pour voir la belle russe. Nous préfèrons donc pass­er plus de temps à la Red Bull Stage qui abrite l’é­ton­nant binôme anglais. Ils passent leur remix totale­ment déstruc­turé “Basic Space” de The xx et offrent ain­si au pub­lic un moment bien chaleureux.

Ce deux­ième jour de fes­ti­val lance le top départ des soirées en parte­nar­i­at avec qua­tre clubs bien sin­guliers. Si le D !Club accueil­lait Mar­cel Dettman et Djer­ry C, nous avons préféré explor­er le Bourg où Cris­t­ian Dina­mar­ca et Ghaz­al, les deux boss du label sué­dois Stay­core, font danser la petite cen­taine de gens présents. Et oui, le club, ou plutôt le ciné­ma, est rel­a­tive­ment étroit mais nous avons pu y appréci­er un set aux saveurs exo­tiques de qual­ité même si nous avons été un peu déçus de ne pas enten­dre le fameux “Needy” de Cris­t­ian. Nous nous diri­geons ensuite vers le live de la suisse Verveine au Romandie mais nous n’en­ten­drons que les dernières min­utes de son show. Pour­tant, ces quelques instants nous con­fir­ment une fois de plus son tal­ent et on se promet de ne pas la louper si l’occasion se représente.

Jour 3

Dernier jour à Lausanne…quelle tristesse ! Oui, on s’acclimate très bien à cette jolie ville et on ne dirait pas non à quelques jours de plus. Après un tour au bord de lac Léman, nous revenons au Friends Café pour la dernière con­férence du fes­ti­val. Et comme annon­cé plus haut, c’est au tour de François Kevorkian de se con­fess­er devant une salle une nou­velle fois bien rem­plie. Nous avons de la chance car il est d’humeur bien bavarde ce jour-là. En 1h30, ce remixeur pas­sion­né, qui a été approché par Kraftwerk rappelons-le, revient sur son début de car­rière, sa décou­verte du dub et de la Jamaïque, mais aus­si de l’apogée du Dub­step, Deep Space et des mythiques soirées Body & Soul.

Ensuite, comme les deux jours précé­dents, nous prenons le chemin de l’Open Air où la grande scène accueille une col­lab­o­ra­tion excep­tion­nelle entre deux labels. La Suisse est représen­tée par Armes Noise et c’est Bro­mance qui s’occupe de mon­tr­er le savoir-faire français. Nous décou­vrons alors le rappeur Yvdre et l’instrumentaliste tal­entueux Sebb Bash qui défendront avec une grande fer­veur la scène hip hop Suisse. Après cette asso­ci­a­tion éton­nante nous nous lais­sons bercer par le set de Princess P, une DJ brenoise qui est passée par la Red Bull Acad­e­my de Barcelone en 2008. Après ce bel inter­mède durant lequel nous avons pu écouter le génial “Promised Land” de Joe Smooth dans sa ver­sion remixée, nous regagnons la grande scène, ou plutôt devrait-on dire le nou­veau QG Bromance/Armes Noise.

Après le live de la fine équipe Club Cheval et le set de Gener8ion, nous avons été voir le groovy JUS-ED et sa tech house très bien maniée. Nous avons essayé d’attraper un des vinyles qu’il a jeté dans la foule mais d’autres ont été plus rapi­des que nous… Du coup, pour se remon­ter le moral, rien de mieux que de con­fi­er nos oreilles à Louisah­hh!!! qui fait lit­térale­ment vibr­er les joyeux fes­ti­va­liers tous très heureux de ce plateau inédit. Sur­prise ! Brodin­s­ki, qui l’observait fière­ment non loin, la rejoint sur scène. Nous assis­tons alors à un très beau moment de com­plic­ité mais il est déjà temps d’aller voir Float­ing Points qui comme tou­jours nous régale avec un set bien funky au cours duquel nous retrou­verons le divin “Music Mad­ness” de Beck­ie Bell, une pépite dis­co dont nous avons eu bien du mal à retrou­ver le nom. Les clubs nous appel­lent et nous déci­dons de tester La Ruche, où sont pro­gram­més Lucas Monème et Oliv­er Hafen­bauer, DJ rési­dent et directeur artis­tique de Robert John­son, le fameux club de Franc­fort. La Ruche héberge ce soir là un très beau car­nage entre tech­no et acid, par­fait final pour un fes­ti­val de toute beauté. Epuisés mais heureux, nous repas­sons une dernière fois devant l’Open Air en nous promet­tant de revenir dès l’an­née prochaine. 

Meilleur moment: l’exposition pho­to qui présente les por­traits d’artistes déjà passés au fes­ti­val. On a fait coucou à John Tal­abot et Ben Klock mais on s’est retenus pour le self­ie. Pire moment: manger une fon­due “moitié-moitié” avant de danser, ce qui n’est pas for­cé­ment une très bonne idée mais c’était local alors on a fait les fous…

pho­tos: mer­ci à Serge Merci­er, Jere­my Rieder, etLau­rent Reichenbach

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