© Paul Rousteau

Peter Peter, un poète mélancolique tiraillé entre rêve et réalité

C’est autour d’un café dans le 18ème arrondisse­ment de Paris que nous avons ren­con­tré Peter Peter. Instal­lé dans la cap­i­tale depuis trois ans, l’auteur-compositeur-interprète nous a par­lé de son troisième album, Noir Éden, et de l’é­tat d’e­sprit dans lequel il l’a écrit. Nous avons décou­vert un garçon sen­si­ble, sen­ti­men­tal et quelque peu tour­men­té. Par­fois coincé à la fron­tière entre onirisme et réal­ité, le Québé­cois à la bouille d’ange sort aujour­d’hui ce nou­veau disque : un petit bijou de la chan­son fran­coph­o­ne.

Ce nou­veau disque con­tient des paroles moins tristes et néga­tives que les deux précé­dents. Y’a‑t’il eu des change­ments au cours de ta vie traduisant cette évo­lu­tion ?

Je ne crois pas être fon­da­men­tale­ment quelqu’un de triste. Et sur ce nou­v­el album, j’écris mal­gré tout des chan­sons dans ce reg­istre mais c’est peut-être plus abstrait. Lorsque je me suis mis à l’écrire, j’habitais avec une fille que j’aimais. Ça a donc for­cé­ment influ­encé sur mon état d’esprit.

Quand est-ce que tu l’as écrit ?

Noir Éden racon­te une péri­ode de 3 ans mais je l’ai écrit sur moins d’un an. Des événe­ments et des ressen­tis avant l’année de l’écriture s’y sont imbriqués. Con­traire­ment à mes précé­dents albums qui ont été conçus entre mes dif­férentes dates de con­certs, celui-ci a été écrit avec un cer­tain pied-à-terre. Je me suis instal­lé à Paris il y a trois ans pour faire la pro­mo d’Une ver­sion améliorée de la tristesse en France car il était déjà sor­ti deux ans aupar­a­vant au Cana­da. J’ai ensuite écrit ce troisième disque.

Es-tu par­venu à trou­ver une cer­taine forme de bon­heur à tra­vers ce nou­v­el album ?

Il y a eu des hauts et des bas. J’étais vrai­ment décon­nec­té car je ne voy­ais per­son­ne. Pas même mes amis. La seule per­son­ne que je côtoy­ais était ma copine qui ren­trait tard le soir. Je par­le dans cet album d’un nou­veau genre de souf­france. Ce sont des ques­tion­nements sur le fait de ne pas croire à la vie. Je me demande en fait si tout n’est pas qu’une illu­sion. J’ai écrit le disque dans ce genre d’atmosphère. Il y a eu des péri­odes d’anxiété mais pas de manque car j’avais un foy­er dans lequel je me sen­tais plutôt bien. Je pense avoir eu tout l’amour que quelqu’un mérite à cette période-là. Donc oui j’ai pu goûter une cer­taine forme de bon­heur. En plus de cela, le chat de ma copine m’a beau­coup aidé. J’ai d’ailleurs fait une chan­son pour lui, “Vénus”.

Tu gardes cepen­dant ce côté rêveur et lyrique : la lit­téra­ture et la poésie sont-elles une source d’inspiration pour toi ? A la fin de la chan­son “Orchidée”, tu lis d’ailleurs un poème…

Après ma rup­ture, j’ai écrit un poème dans le bloc note de mon télé­phone. Et je l’ai inté­gré à la toute fin de la pro­duc­tion du disque sur ce fameux morceau. On était au mixe. Mais pour en revenir à ta ques­tion, je ne lis plus de poésie con­traire­ment à ma péri­ode d’adolescent. Elle m’a aidé à débuter. Je suis main­tenant plus dans les romans. Mais c’est vrai que Noir Éden est avant tout un album lit­téraire et ce qui l’unifie, c’est la cohérence de l’écriture.

D’ailleurs, les paroles sem­blent être à la fron­tière entre réel et la fic­tion. Est-ce tou­jours un album intro­spec­tif à l’instar des deux autres ?

Il est plus intro­spec­tif que le précé­dent. Moins dans les sen­ti­ments mais d’une cer­taine manière, il est plus allé­gorique. J’ai par­fois l’impression de vivre des moments dans la réal­ité et d’autres où tout est faux. Comme je te le dis­ais, j’ai beau­coup côtoyé la soli­tude et j’ai aus­si eu pas mal d’insomnies qui se sont du coup inté­grées au ton de l’album. Savoir gér­er le réel est la ques­tion prin­ci­pale de ce disque et j’en par­le sur le morceau “Bien Réel”. Il racon­te ce sen­ti­ment d’être déjà mort, de rêver, de ne pas savoir ce que tu vis, ce que tu es en temps réel.

Les thèmes abor­dés dans l’album sont vastes (la mytholo­gie, l’amour, l’amitié, les fan­tasmes, le corps…). C’est égale­ment une réflex­ion sur les choses qui t’entourent de manière plus glob­ale ?

Absol­u­ment. Il y a des thèmes que je ne voulais pas laiss­er par­tir (des précé­dents dis­ques, ndlr) et qui revi­en­nent. C’est encore une fois une allé­gorie de ce que j’ai vécu et qui me hante. J’avais envie de quelque chose de plus abstrait mais qui racon­te quand même quelque chose. “Vénus” la divinité, “Damien” qui est un nom biblique et le fils de Satan sont para­doxale­ment des êtres réels. Mais ils font référence à beau­coup de thèmes extérieurs.

Sur le morceau éponyme de l’album, “Noir éden”, tu par­les de la vie comme un film noir. Peux-tu m’expliquer cette métaphore ?

C’est cette impres­sion de sim­u­lacre, de vivre dans une sorte de réal­ité virtuelle, un monde qui n’existe pas et dans lequel tu es pris­on­nier. Tu ne peux pas y échap­per comme dans les films noirs. Au début, j’ai appelé ce titre “Film noir” mais je ne souhaitais en aucun cas faire référence au genre ciné­matographique.

Musi­cale­ment, ce nou­v­el album con­serve égale­ment du précé­dent les syn­thé­tiseurs 80’s comme un véri­ta­ble fil con­duc­teur. Tu voulais faire un disque tourné vers une pop mod­erne ?

J’avais envie d’avoir des morceaux plus “weird” (bizarres, ndlr) que dans mon deux­ième album. Des tracks plus décousus comme “Allé­gresse”, d’autres plus pop avec un coeur comme “Lov­ing Game” et des chan­sons du style “opéra rock” à la Star­ma­nia comme “No Man’s Land”. C’est ça ! Au final, je voulais don­ner à enten­dre un “opéra rock” pro­duit à la mai­son.

Du coup, quels sont les morceaux qui t’ont mar­qué et/ou inspiré pour ce disque ?

Je n’écoute jamais de musique dans le but de m’inspirer. C’est plutôt dans le but d’aimer, d’apprécier. Mais si je devais don­ner un nom, ça serait l’album Pom Pom d’Ariel Pink même si c’est un album très éloigné de ce que je fais. Mais c’est un disque fan­tas­tique dans sa pro­duc­tion avec des chan­sons hyper rares. Sinon, j’écoute en ce moment pas mal d’électro comme Cari­bou, Jamie xx ou Kay­trana­da, qui est l’un de mes artistes favoris.

Cinq années se sont écoulées entre la sor­tie du deux­ième disque et Noir Éden. Tu étais en pleine réflex­ion sur ce que tu allais nous con­coc­ter ?

Je n’ai pas vrai­ment mis énor­mé­ment de temps à l’écrire. Seule­ment, la pro­duc­tion a été longue. J’avais envie d’avoir un album où je fai­sais vrai­ment ce que je voulais. C’est moi qui ai pro­duit l’album. Je me suis fait con­fi­ance car générale­ment, j’allais à mi-chemin de la pro­duc­tion. Mais sur Noir Éden, les arrange­ments sont à 95% de moi et c’est la pre­mière fois que j’ai fait cela. Un matin, j’ai décidé de m’y met­tre et j’ai appris via le logi­ciel Log­ic Pro. Et si j’avais tra­vail­lé avec quelqu’un, ça serait naturelle­ment allé beau­coup plus vite. Ça a égale­ment été long car j’ai pas mal fait d’allers-retours entre Paris et Mon­tréal car je souhaitais rap­porter quelques ses­sions du Cana­da.

Pourquoi faire du titre de ton album un oxy­more ?

C’est vrai qu’il y a une dichotomie avec deux mots plus ou moins para­dox­aux. J’ai tout de même hésité car j’avais peur qu’on le ramène à Une ver­sion améliorée de la tristesse qui est aus­si un disque titré par des con­cepts opposés. Mais la con­so­nance est jolie et à l’image de mon ressen­ti, Noir Éden représente ce bon­heur flou, pas totale­ment atteint et un peu irréel.

Visuelle­ment, la pochette de ton disque intrigue : pourquoi un por­trait avec un chat sur ton épaule ? C’est “Vénus” ?

Non ce n’est pas elle car entre temps, sa maman et moi nous sommes séparés. C’est plus une référence au car­ac­tère intérieur du chat qui reflète ma per­son­nal­ité, mon mode de vie quand j’ai écrit le disque. Soli­taire, un peu ren­fer­mé et par­fois paresseux comme je ne bougeais pas beau­coup. Mais pour tout te dire, le chat n’était pas prévu ini­tiale­ment. Mon pho­tographe habituel, Paul Rousteau devait me faire de sim­ples pho­tos de presse mais il a finale­ment trou­vé que l’image du chat col­lait bien avec moi et l’album.

Pour con­tin­uer sur l’image et l’esthétique que tu souhaites don­ner à voir : le fait d’apparaître dans cha­cun de tes clips est-ce un délire égo­cen­trique ? 

J’imagine que oui (rires). Je par­ticipe plus ou moins à la direc­tion artis­tique de mes clips. Mais je vois ça comme un jeu car je déteste en faire. Ça m’angoisse, surtout quand ils don­nent lieu à de “gros” tour­nages avec beau­coup de monde. C’est pour ça que cela me dérange moins d’y appa­raître. Je suis de l’époque où Kurt Cobain appa­rais­sait dans ses vidéos à jouer de la gui­tare.

Tu joues le 28 févri­er au Café de la Danse à Paris, tu as une tournée de prévue ?

Oui on a de belles dates. En France, en Suisse, en Bel­gique mais aus­si au Cana­da en mars avec le groupe français. Nous sommes qua­tre et j’ai vrai­ment trou­vé les bonnes per­son­nes.

Pour con­clure, on peut dire que tu un poète roman­tique désen­chan­té…

On peut dire ça oui. On est tous le cliché de quelqu’un d’autre. Mais je pense que je romance moins cer­tains con­cepts qu’à l’époque. Comme la soli­tude que j’ai épluché en long et en large. J’essaie de me nor­malis­er, d’avoir une vie sta­ble, un foy­er. Ces nou­velles pen­sées con­tribuent déjà à l’écriture du prochain album.

 

Peter Peter se pro­duira :

-le 12 févri­er à Les Abat­toirs (Cognac)
‑le 27 févri­er à L’Ancienne Bel­gique (Brux­elles)
‑le 28 févri­er au Café de la Danse (Paris)
‑le 8 mars à Mon­tréal en Lumières – Club Soda (Mon­tréal)
‑le 11 mars à la Salle Louis Philippe Pois­son (Trois-Rivières)
‑le 12 mars à Le Cer­cle (Québec)
‑17 mars à La Car­ton­ner­ie (Reims)
‑le 22 mars au Fes­ti­val Voix de Fête 2017 – Le Chat Noir (Genève)
‑le 23 mars à la Lai­terie (Stras­bourg)
‑le 19 mai à Le Grand mix (Lille)

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