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© Alban Gendrot
24 mai 2018

Plage et techno à moins d’une heure de Paris : on a passé un dimanche à Marvellous Island

par Clémence Meunier

Ah la Seine-et-Marne… Pour y avoir grandi, ce n’est pas toujours l’éclat’. Il y a Disneyland, Val d’Europe, une chouette salle de concert (File7)… Et c’est à peu près tout. Côté festivals, a fortiori électronique, difficile de trouver son bonheur vers Marne-la-Vallée. Mais depuis quatre ans, une bande d’irréductibles Parisiens a pris ses quartiers dans l’un des plus jolis spots du nord du 77 pour y installer le festival Marvellous Island : la base de loisirs de Torcy, qui comprend de grands espaces verts, un lac, une petite forêt et quelques plages de sable blanc. Promis, au moindre rayon de soleil, on se croirait dans le Sud, les grillons en moins, l’herbe gorgée de vert en plus. Un lieu où les kids du coin se retrouvent bien souvent en été autour d’un feu de camp, pour piquer une tête sur le lac complètement lisse, descendre quelques bières et griller des chamallows. C’est presque en pèlerinage qu’on y retourne chaque année, dans le cadre un peu particulier de Marvellous Island. La base est méconnaissable. La plage est envahie par une énorme scène extérieure, bardée de panneaux lumineux et surplombée d’une petite butte qui lui donne des allures d’amphithéâtre naturel. En haut de la côte, quelques stands, dont un tatoueur et un bar (vu le nombre de musclés tatoués avec un verre à la main, il s’agit là des deux principales passions du public !). De l’autre côté, à la place de l’ancien hangar détruit il y a peu, se dresse un énorme igloo bleu marine, sorte de chapiteau nouvelle génération apportant l’avantage (non négligeable) de couper du vent. Plus loin, des food-trucks, un micro-scène Desperados aux sélections hip-hop ou trap et, tout près de l’entrée, une Hippie Stage dédiée à la trance ou aux sets un poil exotiques. Difficile avec quelques mots de faire honneur à ce cadre rêvé pour une teuf. Mais l’aménagement, la déco, le paysage et le public du coin, hyper sympa et ouvert, restent les grands atouts de ce festival.

© Alban Gendrot

Alors bien sûr, on n’a pas passé notre dimanche à compter les pâquerettes ou à faire de la balançoire au bord du lac, même si pour une fois le soleil était de la party. Ayant loupé les festivités du samedi soir, retour en adolescence et envie de château de sable ou pas, ça aurait été trop bête de rater les concerts et DJ-sets proposés par Marvellous Island. Car les gus ont musclé leur jeu cette année, invitant de grosses têtes d’affiche techno pour son hangar-igloo et des noms électro plus doux pour sa plage. Denis Horvat par exemple, qui sera responsable du premier « Domino » d’Oxia de la soirée. On n’en a pas relevé d’autres, mais à croire que ce morceau est l’hymne du festival : joué plusieurs fois l’année dernière, notamment par Oxia himself, le titre aura fait bondir sur ses pieds toute la colline ce week-end, et ce dès les premières notes. Puis Dominik Eulberg pour un très bon live où il offrira, date française oblige, son remix de « Parade » de Rone en fin de concert. Avec le soleil qui faiblit en toile de fond, il y a de quoi rester rêveur… Jusqu’à ce que Boris Brejcha viennent passer la seconde. Mais côté Beach Stage, c’est Stephan Bodzin qui gagnera toutes les palmes en cette veille de Pentecôte. Déjà invité l’année dernière en DJ-set, il présentait son dernier live, superbe, onirique et toutefois dansant. Certains sont allongés dans l’herbe les yeux fermés, d’autres, souvent déguisés, se dandinent pendant une heure et demie, exultent quand arrive son « Kerberos ».

Stephan Bodzin © Alban Gendrot

Mais la communion doit bien vite s’arrêter : comme chaque année, Marvellous Island est obligé de faire taire sa scène extérieure à minuit pour éviter les nuisances sonores. A ce propos, kudos au festival pour le son 2018, pas trop fort, pas trop faible, pas dérangeant pour une bonne partie des communes avoisinantes comme Lagny-sur-Marne (bien aidée par le vent qui soufflait dans l’autre sens, certes), parfaitement réglé sur toutes les scènes – un acousticien s’est même déplacé toute la nuit chez les riverains pour prendre des mesures et adapter ses réglages en fonction. Un vrai bon point par rapport aux années précédentes. Mauvaise nouvelle cela dit : les prix au bar paraissent toujours autant exorbitants, et les toilettes sont toujours aussi cracra. On ne peut pas tout avoir.

Un peu perdus sans sable sous les pieds, pas mal de gens se retrouvent après minuit dans le foin de la Hippie Stage, histoire de varier les textures de semelle. Et profiter de Birds Of Mind : les deux Français convoquent des rythmes tropicaux, des sonorités orientales, un remix de « Sinnerman » de Nina Simone (probablement celui de Felix Da Housecat), « Pick Up » de DJ Koze (extrait de son dernier album Knock Knock)… Tout pour donner le sourire sous les signes peace’n’love de la salle, qui commencent à ressembler à des bretzels en cette fin de week-end. C’est presque avec regret qu’il faut aller rejoindre les 4/4 techno du grand hangar, où Anetha offrira une fin de set en apothéose avant que la grosse tête d’affiche Ben Klock prenne le relais et vienne clore, pour ce qu’on en aura vu ce dimanche, une très belle édition. On ne pensait pas écrire ça un jour, mais ce week-end, c’est dans le 77 qui fallait être. On était plus de 20 000 à le savoir.

 

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