Pouvoir Magique, diggers sans frontières

L’harmonie des sphères ou Musique des Sphères est une théorie d’o­rig­ine pythagorici­enne, fondée sur l’idée que l’u­nivers est régi par des rap­ports numériques har­monieux” : voilà ce qu’en dit Wikipé­dia. Au-delà des théories sci­en­tifiques (aux­quelles on ne con­naît pas grand-chose chez Tsu­gi, avouons-le), la Musique des Sphères est surtout la recherche d’un tout, d’une har­monie dans l’u­nivers, et d’une musique sans fron­tières ni lim­ites, si ce n’est celles de notre esprit. C’est aus­si le nom du label lancé aujour­d’hui par Bertrand Cer­ru­ti et Clé­ment Vin­cent de Pou­voir Mag­ique, un duo né au sein de Maw­im­bi. Le col­lec­tif et label s’a­muse depuis qua­tre ans à abat­tre les fron­tières entre musiques africaines et européennes. Mais Pou­voir Mag­ique cherche à élargir le spec­tre avec Musiques des Sphères : “On compte y sor­tir des pro­jets qui font voy­ager dans leurs instru­men­ta­tions, mais en étant plus ouverts à la pop ou à d’autres styles. Maw­im­bi reste notre pro­jet de cœur, mais on monte notre pro­pre struc­ture à côté”, expliquent-t-ils. La pre­mière sor­tie ? Un EP de Mete­or (tou­jours l’e­space!), atten­du pour sep­tem­bre, dont on vous fait écouter un pre­mier extrait en exclu­siv­ité.

Mais ce n’est pas la seule actu­al­ité pour Pou­voir Mag­ique : la sai­son des fes­ti­vals vient de s’ou­vrir ! Et le duo ne va pas chômer, à com­mencer par un set ce week-end au fes­ti­val Les 3 Éléphants à Laval, où il partage l’af­fiche avec Trentemøller, Fish­bach, Meute, Par­adis… Et un autre pro­jet s’a­mu­sant à cass­er les codes de la musique occi­den­tale : Acid Arab. “On va jouer juste après eux, ce qui nous met une petite pres­sion ! Instinc­tive­ment, on va du coup com­mencer plutôt avec des morceaux d’Afrique du Nord, et on va petit à petit bifur­quer sur d’autres influ­ences. Mais on ne pré­pare pas nos sets de manière géo­graphique, l’idée étant de piocher des morceaux partout dans le monde. Par con­tre, on aime beau­coup envis­ager nos DJ-sets comme des lives, quitte à faire des paus­es au milieu pour par­ler au micro, comme dans un ‘vrai’ con­cert – ce qui per­met aus­si de faire des breaks pour pass­er d’une couleur musi­cale à l’autre, voire car­ré­ment chang­er de con­ti­nent” : un set hybride à ne pas rater donc, au Patio ce same­di, de 2h35 à 3h30. Vue l’heure à laque­lle ils sont pro­gram­més, Clé­ment et Bertrand pour­ront jouer tech­no. Mais là s’ar­rête le bal des éti­quettes : ces deux-là jouent ce qu’ils veu­lent, quand ils veu­lent. Plutôt solaires et afro-disco quand ils sont pro­gram­més en après-midi, plutôt men­taux et chamaniques quand tombe la nuit. Ça peut paraître tout à fait évi­dent, mais de plus en plus de DJs se can­ton­nent à leur seul style de prédilec­tion. Pas eux. “A la mai­son, je n’é­coute pas de tech­no, j’ai surtout beau­coup de vinyles afro-disco”, explique Bertrand. “Et pour­tant, on est tout à fait capa­ble de faire un set ‘dans-ta-face’ en pleine nuit. On aimerait que les gens se dis­ent sim­ple­ment que si c’est Pou­voir Mag­ique, ça va être sym­pa et adap­té à l’at­mo­sphère du moment. On est évidem­ment loin, très loin, de se com­par­er à lui, mais c’est comme Lau­rent Gar­nier : il est tout autant capa­ble de jouer house pen­dant une heure sous le soleil, ou d’être très tech­no dans un entre­pôt la nuit – mais quoiqu’il arrive tu auras envie de le voir parce que tu lui fais con­fi­ance. En même temps, ce mec est un génie”.

La dual­ité solaire/lunaire est quelque chose qui revient régulière­ment au fil des sor­ties de Pou­voir Mag­ique. Le pom­pon ? Une éclipse bien sûr ! Pen­sé comme un “objet audio­vi­suel” (le morceau a été com­posé pour coller à la vidéo, et pas l’in­verse), “Eclipse”, auto­pro­duit, réal­isé et post-produit par Clé­ment Vin­cent, a per­mis de faire décou­vrir le duo à pas mal de monde… Et s’ac­com­pa­g­n­era bien­tôt d’un pre­quel pour illus­tr­er un nou­veau morceau, qui sor­ti­ra sur Musique des Sphères, évidem­ment ! Bref, c’est un nou­veau chapitre qui démarre dans la car­rière de ces deux-là, comme un coup d’accélérateur après des années de DIY. Et c’est plutôt le bon moment : les musiques africaines se font de plus en plus enten­dre dans les clubs parisiens, via des pro­jets hybrides comme toute la petite bande de Maw­im­bi, Mo Lau­di et son pre­mier EP sor­ti récem­ment, Spoek Math­am­bo et son afro­house jouis­sive, les dif­férents pro­jets des nom­breux mem­bres de Batuk… Ou encore la sub­lime voix de la Mali­enne Oumou San­garé, qui s’ap­prête à sor­tir un album ce ven­dre­di et qui a été remixée par Pou­voir Mag­ique juste­ment :

Alors, il n’y a plus de fron­tières en musique, vrai­ment ? “Cela fait quelques années que l’on ressent un intérêt de la scène française pour les sons qui vien­nent d’ailleurs, pour l’ou­ver­ture à d’autres musiques. C’est beau­coup plus facile pour nous de trou­ver un son qu’à l’époque des débuts de Maw­im­bi, il y a qua­tre ans. Beau­coup de pro­duc­teurs européens mélan­gent aujour­d’hui les gen­res, en piochant leurs sam­ples et influ­ences dans la ‘glob­al music’. Et à l’in­verse, de plus en plus d’artistes émer­gents en Afrique ont craqué un Fruity Loops et se butent à la musique élec­tron­ique. Inter­net a beau­coup aidé évidem­ment. Mais sans vouloir ren­tr­er dans des théories trop poli­tiques, je pense que le fait que l’on s’en­ferme de plus en plus cha­cun chez soi donne envie à une par­tie de la pop­u­la­tion d’en­core plus s’ou­vrir à l’autre, à d’autres cul­tures, en réac­tion”. Quitte à se faire cri­ti­quer par quelques râleurs cri­ant à l’ap­pro­pri­a­tion cul­turelle. “Oui, on a eu quelques piques dans le genre avec Maw­im­bi. On est bien cinq blancs qui font de la musique inspirée de sons africains. Mais j’ai bien dit ‘inspirée’, pas volée, on n’u­tilise pas de sam­ples de morceaux super con­nus sans les avoir cleané. Récem­ment, on a sor­ti une com­pi­la­tion, Radio Maw­im­bi Vol­ume 1, com­posée d’ed­its de morceaux africains. A la track­list, tu as le nom de l’artiste orig­i­nal, le titre du morceau, et après seule­ment le nom de la per­son­ne qui a fait l’ed­it, con­traire­ment à cer­tains pro­duc­teurs qui ne se gênent pas pour trans­former et ven­dre leur edits comme une com­po orig­i­nale. Et cet album est disponible à prix libre (les gens peu­vent don­ner pour nous aider à rem­bours­er le mas­ter­ing mais aucune oblig­a­tion), car on n’est pas là pour se faire de l’ar­gent sur des edits, sur quelque chose qui ne nous appar­tient pas. Bref, on ne vole rien à per­son­ne, et encore moins une cul­ture !” : dur dur d’ou­vrir des fron­tières quand cer­tains veu­lent vite les refer­mer… C’est mal con­naître la musique, qui par essence aide à rap­procher les peu­ples et les his­toires, et qui a tou­jours aimé voy­ager pour s’en­richir. Comme le rap­pelle les Pou­voir Mag­ique et Maw­im­bi avec leurs sets, les musiques africaines, qu’elles vien­nent du Mali, du Camer­oun ou du Nigéria (trois de leurs des­ti­na­tions favorites quand il s’ag­it de dig­ger dans les bro­cantes), ont influ­encé le jazz, le blues et, grâce à une bande d’Afro-Américain de Detroit… La tech­no.

A not­er que les Pou­voir Mag­ique fêteront le lance­ment de leur label Musiques des Sphères le 26 mai au Pop-Up du Label.

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