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3 octobre 2016

Rencontre avec Murcof & Vanessa Wagner : « On aimerait que les gens ouvrent leurs oreilles de plus en plus »

par rédaction Tsugi

L’un est DJ et producteur de musique électronique et compte déjà une dizaine d’albums et autant d’EPs à son actif depuis ses débuts en 2002. L’autre est une pianiste professionnelle de formation classique qui tente d’ouvrir nos oreilles à de nouvelles possibilités. Ensemble, Murcof et Vanessa Wagner ont sorti un EP au début de l’année et viennent tout juste de dévoiler leur premier album. Statea est le fruit d’une collaboration unique entre classique, ambient et électronique.

Murcof et Vanessa Wagner entament une tournée et seront de passage au Café de la Danse le 11 octobre. Alors qu’ils viennent de sortir un premier clip pour illustrer leur vision de l’oeuvre de John Cage, « In The Landscape », nous avons rencontré deux artistes que les différences rapprochent.

Quand et comment vous êtes-vous rencontrés ?

Vanessa : Je connaissais bien la musique de Fernando et on s’est rencontré lors d’un workshop organisé par InFiné en 2010. L’idée c’était de faire se mélanger des artistes d’horizons différents donc il y avait de la musique du monde, des musiciens classiques et électroniques… Et pour ma part, j’avais donné en début de soirée un concert classique et puis Fernando devait jouer. On a voulu créer une liaison entre les deux concerts alors je lui ai proposé de presque improviser sur une « Gnossienne » de Satie, comme le rappel de mon concert, et lui a ensuite directement enchaîné avec sa performance. Le public a été très marqué par ce moment et ça nous a donné l’envie de commencer quelque chose ensemble.

Est-ce que votre projet a tout de suite été de mélanger vos deux styles ?

V : Pour moi, oui. Je ne suis pas capable d’improviser et je voulais conserver mon rôle d’interprète classique. Ca m’a toujours intéressée surtout depuis quelques années où l’on voit apparaitre plein de projets qui mélangent électronique et classique comme Olafur Arnalds ou Francesco Tristano. Et je voulais montrer comment l’on peut combiner de la musique minimale avec de l’électronique. J’adore participer à ce projet en tant que pianiste, c’est vraiment très enrichissant.

Quel a été votre premier contact avec classique et électronique ?

Murcof : Mon père avait un album, Jon Santo Plays Bach, qui était très similaire au travail de Wendy Carlos, quand l’électronique rencontre Bach. Pour moi, le travail de Santo était vraiment marquant et après, j’ai développé une culture musicale qui allait dans les deux sens, j’écoutais aussi bien Jean-Michel Jarre et Tangerine Dream que Stravinsky et Pierre Boulez. La musique contemporaine m’a vraiment ouvert les yeux.

V : Evidemment, avec mon parcours, j’ai baigné très tôt dans la musique classique. Et pour ce qui est de l’électronique, j’en ai écouté quand j’ai commencé à sortir. J’ai eu une adolescence très studieuse et je me suis rattrapée tardivement, dans la vingtaine, en sortant au Queen entre autres. J’écoutais du garage et de la house et puis en grandissant je me suis tournée vers de l’électronique plus pointue. J’étais très fan de Basic Channel et du catalogue Warp avec Aphex Twin, Autechre… Et puis l’ambient, notamment fan d’un label qui n’existe plus qui s’appellait EMT, c’était formidable. 

Le premier disque acheté et le dernier ?

V : Le Concerto de Mozart, K488 par Daniel Barenboim et le dernier, le nouvel album de Nick Cave, sublime.

M : Je ne sais vraiment pas… (rires). Passons à la question suivante et je vais réfléchir.

Que veut dire « Statea » ?

M : « Equilibre » en italien. On cherchait un nom pour l’album, ce genre de chose que l’on laisse de côté jusqu’au dernier moment (rires). Il fallait trouver quelque chose qui représente nos intentions, en rapprochant ces deux mondes. On est allé à l’évidence, même si on a testé des noms plus longs, mais finalement on a tous accroché avec Statea.

Comment avez-vous composé la tracklist ?

V : On l’a créée au fil des mois. Il était évident pour moi de me diriger vers ce répertoire minimaliste, que je trouve plus naturel une fois lié à l’électronique. Beaucoup d’artistes se réclament aujourd’hui de Steve Reich, Philip Glass ou Satie, qui a vraiment été le premier du genre, et les frontières sont de plus en plus ténues. Je n’ai jamais voulu faire un album de remixes de Mozart ou Chopin. Donc ça partait de tout ça. J’ai proposé pas mal de pièces à Fernando, qu’on a ensuite expérimenté en live. Certaines marchaient, d’autres moins ou pas du tout et finalement ce qu’il reste sur l’album, c’est toutes celles sur lesquelles on a vraiment aimé travailler en live. Ces pièces ont toutes un dénominateur commun, elles ont une certaine mélancolie, un mysticisme qui délivrent finalement les messages de Statea.

Comment ça marche en live ?

M : Pour la partie live, on tente de rester proche de notre album mais en gardant une belle part de liberté. Notre interaction varie suivant les morceaux. Par exemple sur Satie, il n’y a pas vraiment de structure, alors pendant que Vanessa joue au piano, je m’amuse à improviser avec des effets analogiques. On peut donc s’attendre à des accidents spontanés sur ce morceau. Ou sur la « Variations » d’Arvo Pärt, c’est plutôt un mélange. Au début et à la fin, il y a pas mal d’impro mais au milieu, on doit être en parfaite synchronisation le temps d’un passage rythmique.
Et je me souviens, de l’album (rires) ! Je crois que le premier que j’ai acheté, c’était Computer World de Kraftwerk et le dernier, Sleep de Max Richter.

Tous vos albums sont sortis sur InFiné. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur vos relations avec le label ?

V : (Rires). En fait je vis avec le fondateur du label depuis seize ans ! C’est Alex, mon mari donc, qui a permis cette rencontre entre Murcof et moi-même, notamment grâce au workshop de 2007. C’est un peu une histoire de famille finalement. Il est vrai que ça tombe très bien, puisque le premier disque qu’a sorti InFinéétait un album de piano de Francesco Tristano, du coup notre projet colle vraiment bien à ceux produits par le label depuis des années.

Qu’avez-vous appris grâce à l’autre ?

M : J’essaie de toujours entrer dans le monde de Vanessa, finalement pas si différent du mien. Elle m’a surtout aidé à comprendre le fonctionnement et l’émotion qu’une œuvre classique peut apporter en la disséquant pour moi.

V : Je ne sais pas s’il m’apprend quelque chose, en tout cas ça m’apporte énormément. Une carrière classique est extrêmement structurée, la façon de faire ce métier est parfois limitée et souffre d’un certain conformisme. Ma collaboration avec Murcof me permet de me libérer de tout ça et surtout de ne pas suivre une carrière toute tracée. J’ai aussi depuis plusieurs années développé des projets avec des vidéastes, des danseurs… J’essaie d’explorer des pistes pour sortir d’un chemin déterminé et c’est vraiment ça que Murcof et notre projet m’apporte au jour le jour. Si je n’avais qu’un seul souhait, ce serait que nos publics se mélangent, ceux que l’on côtoie chacun avec nos projets solo et puis celui de notre collaboration. On aimerait que les gens ouvrent leurs oreilles de plus en plus.

Où en sont vos projets solo et quel est le futur de votre collaboration ?

M : J’aimerai ouvrir le champ des possibles avec plus d’éléments visuels dans notre live, et plus d’outils de mon côté pour avoir plus de contrôle par rapport au piano de Vanessa. Peut-être développer l’aspect plus technique du live pour avoir encore plus de liberté. Côté solo, j’ai plusieurs projets avec des musiciens comme Listen & Sample, avec qui on travaille sur une œuvre avec des sons en 3D. Avec Manuros, on a monté un projet audiovisuel, « Exploring Life », pour lequel on va s’isoler à la montagne par exemple pour enregistrer de la musique dans un contexte unique, comme une bande-son d’un voyage intime. Le dernier a été tourné en Sicile, c’était super. Et puis en tant que Murcof, je continue bien sûr de produire quelques sons mais rien de prévu en particulier pour le moment.

V : Oui, on travaille sur l’aspect technique du live et puis bien sûr on cherche à agrandir notre public, c’est pour ça qu’on alterne entre scènes classiques et électroniques pour plus d’impact. Et de mon côté, j’ai un disque Mozart et Clémenti sur piano d’époque et piano moderne au programme et un enregistrement de Franz List. Et puis beaucoup de concerts bien sûr.

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