Rencontre avec The Shoes à l’occasion de la sortie de l’album Chemicals

Doit-on encore présen­ter le duo français The Shoes ? Depuis 2007, Guil­laume Brière et Ben­jamin Lebeau nour­ris­sent les ondes avec une pop élec­tron­ique cap­ti­vante. Qua­tre ans après la sor­tie de Bones, pre­mier album du binôme, The Shoes fait un retour remar­qué avec le séduisant Chem­i­cals. La sor­tie approchant à grands pas, on les a ren­car­dé dans un tro­quet du Canal Saint Mar­tin pour un moment sans langue de bois.

Après le suc­cès reten­tis­sant de votre pre­mier album, vous avez tra­vail­lé sur d’autres pro­jets, soit ensem­ble comme pour The Gold­en Age de Wood­kid ou cha­cun de votre côté. Est-ce que c’é­tait un moyen de faire retomber la pression ?

 
Ben­jamin: Non, pas telle­ment, c’é­tait plus un moyen de la digér­er. Et puis, ça nous nour­rit de tra­vailler pour d’autres per­son­nes car on explore des styles qu’on n’abor­de pas avec notre pro­pre musique. On peut switch­er entre les deux, quand on en a marre de faire de la prod’ pour d’autres, on fait un disque.
Guil­laume: Ca nous per­met de tra­vailler et surtout de pro­gress­er. Je crois qu’on aime ça tout sim­ple­ment, c’est agréable et il y a quand même beau­coup moins de pres­sion que quand c’est ton disque à toi. Evidem­ment, il y a de la pres­sion parce que tu as envie de bien faire mais c’est plus con­fort­able car tu peux créer sans trop t’engager

L’al­bum a une dual­ité intéres­sante entre des morceaux plutôt clubs et d’autres assez calmes…

 
Guil­laume: Il y a une rai­son très pré­cise à cela. A l’époque du fes­ti­val des Inrocks l’an­née dernière, on a présen­té une pre­mière ver­sion de l’al­bum où tout était très club, peut-être trop mono­lithique. Et puis on s’est ren­dus compte en écoutant notre pro­pre album qu’à la fin on était crevé.  L’essence de notre musique est aus­si pop comme on a pu le faire décou­vrir sur le pre­mier album où il y avait des pro­duc­tions très aérées, claires, etc. On s’est donc dit qu’on ne pou­vait pas sor­tir l’al­bum tel quel car il ne nous cor­re­spondait pas.
Ben­jamin: Oui c’est vrai que le live était épuisant, on en ressor­tait vrai­ment lessivés. Ca ne nous ressem­blait pas alors on a peu remanié le tout dans un virage plus pop.
Guil­laume: D’ailleurs on a viré des morceaux qui ne sor­tiront jamais, dont un fea­tur­ing avec Wood­kid. Mais on a gardé celui avec Thomas Azier en bonus track de la ver­sion vinyle. En fait, on était par­ti avec l’idée de faire un exer­ci­ce de style, un peu comme Kanye West avec Yeezus et on a sauté à pied joints dedans sauf qu’on s’est repris au bon moment.

Qu’allez-vous faire de ces morceaux supprimés ?

Guil­laume: Le morceau le plus vio­lent n’est pas sur l’al­bum mais il va sor­tir sous la forme d’une surprise.

En clip ?

 
Guil­laume: Plein de choses… ce sera vrai­ment vio­lent, ça fait très mal aux oreilles mais c’est fait exprès.
Ben­jamin: Le morceau est très court, il ne fait même pas 2 min­utes mais c’est parce qu’on est gen­tils, on ne voulait pas trop agress­er les gens (rires) Ca fera un peu l’ef­fet d’une boule de bowl­ing qui ren­verse tout sur son passage.

Vous mélangez les styles, comme la new wave avec “Lost In Lon­don” ou la house sur le morceau “Give It Away”. Est-ce qu’il y a eu un noy­au con­necteur pour la com­po­si­tion de l’album ?

 
Guil­laume: C’est un peu notre prob­lème, on va dans dif­férents styles dif­férents mais on essaye de les faire se ren­con­tr­er grâce au mix en créant une sauce, une patine qui col­ore le tout.
Ben­jamin: On est des maîtres sauciers (rires)
Guil­laume: C’est tou­jours une grande angoisse pour nous, à chaque fois on se demande si on fera encore quelque chose qui part dans tous les sens.
Ben­jamin: Mais avec l’ex­péri­ence on arrive à trou­ver une unité et d’ailleurs c’est pour ça qu’on a passé autant de temps à faire le tracklisting.

D’où vient le nom de l’album ?

 
Ben­jamin: Ca vient tout sim­ple­ment du fait que pour nous la musique est une sorte de lab­o­ra­toire, on est un peu comme des sci­en­tifiques avec leurs tubes à essais qui expéri­mentent dif­férentes choses.
Guil­laume: Et puis il y a aus­si un clin d’oeil aux Chem­i­cal Broth­ers, c’est la musique fin 90 début 2000 qui nous a inspirée. Ces dis­ques élec­tron­iques de l’époque, qui sont désor­mais com­plète­ment main­stream, on adore !

On sait que l’esthé­tique visuelle a une très grande impor­tance pour vous, cela se voit notam­ment sur les clips et les art­works choi­sis. Est-ce que vous avez pré­paré un show visuel par­ti­c­uli­er pour ce nou­v­el album ?

 
Guil­laume: Oui on a fait un gros boulot là dessus en com­mun avec Dents De Cuir qui a réal­isé des vidéos pour les con­certs mais égale­ment la lyric vidéo de “Feed The Ghost”. On a la chance de tra­vailler avec des gens qui font ça très bien et on n’hésite pas du tout à leur don­ner carte blanche. Il y a beau­coup d’artistes qui souhait­ent tout con­trôler, que ce soit les clips ou les pho­tos. Nous on a décidé de tout lâch­er, mais de tra­vailler unique­ment avec des per­son­nes dont on admire véri­ta­ble­ment le travail
Ben­jamin: C’est vache­ment impor­tant pour nous. Sur ce disque là on avait la pochette avant même de com­mencer l’album et c’était pareil pour le pre­mier album en fait. Le visuel nous inspire beau­coup dans notre démarche de créa­tion musicale.

 
Il y a plusieurs col­lab­o­ra­tions sur cet Ep, notam­ment avec Petite Noir, la sen­sa­tion de la ren­trée. Com­ment ça s’est passé ?
 
 
Guil­laume: C’est tout sim­ple, je lui ai demandé sur twit­ter si ça l’intéressait de faire un morceau avec nous et il a dit oui. J’ai fait la même chose pour beau­coup de fea­tur­ings de l’album. On est con­tents de boss­er avec Petite Noir parce qu’on se rend compte qu’il y a un réel engoue­ment autour de sa musique et je pense que c’est un artiste promet­teur. En col­lab­o­rant avec lui, ça per­met de le faire con­naitre un peu plus en France. C’est aus­si l’idée que cet album puisse être une sorte de trem­plin pour des artistes et d’un autre côté ça nous sert aus­si à être con­nu dans les pays anglophones.
Ben­jamin: Le morceau avec Petite Noir est le pre­mier qu’on a réal­isé. Mais à part ça on a aus­si voulu boss­er un peu comme en famille avec des gens qu’on con­nais­sait qui en sont un peu au même stade que nous. On aurait pu faire des gros fea­tur­ings mais ça ne nous intéres­sait pas.
Guil­laume: Et on a de nou­veau tra­vail­lé avec ma femme, elle chante le refrain sur le morceau avec Petite Noir et avant elle avait fait “Time To Dance”. C’est parce qu’elle est pas cher à pay­er (rires). On a quand même un morceau avec Char­lie XCX mais il ne sor­ti­ra jamais car entre temps elle est dev­enue une star mon­di­ale et il y a eu des petits soucis par rap­port à ce morceau. Mais bon ça illus­tre bien le fait qu’on s’en fout des gros fea­tur­ings, nous ce qu’on veut c’est faire de la bonne musique.

Est- ce que l’expérience en tant que cura­teur pour la plage des Eurock­éennes vous a don­né envie de con­tin­uer ce genre d’expériences ?

 
Guil­laume: Pas du tout ! C’était génial­lis­sime, on a décou­vert le méti­er de pro­gram­ma­teur et les mecs ont vrai­ment les couilles bien accrochés. On a adoré faire ça évidem­ment mais c’est un tra­vail très com­pliqué, très lourd sur le plan de l’or­gan­i­sa­tion. Main­tenant je me rends vrai­ment compte de la tonne de boulot der­rière et je leur tire mon cha­peau. Entre les artistes qui dis­ent oui, ceux qui dis­ent non, et les autres qui sont très chers ou encore les prob­lèmes de plan­ning, c’est très com­pliqué. Par con­tre, on nous en par­le encore main­tenant, alors ça a du laiss­er un bon sou­venir aux gens.
Ben­jamin: On a fait une prog’ décou­verte, très éclec­tique, à l’image de notre musique. Et puis ça nous a aus­si per­mis de présen­ter notre nou­veau live pour la première fois. Ca a été trois jours intenses.

En par­lant de décou­vertes musi­cales, est-ce que ça vous a don­né envie de lancer votre label ?

 
Guil­laume: On a déjà un peu com­mencé avec un micro-label sur lequel on a d’ailleurs pro­duit le pre­mier sin­gle d’Alb. On n’a plus de nou­velles de cette per­son­ne mais ce n’est pas grave.
Ben­jamin: Ben moi je l’ai croisé hier (rires) On y pense par­fois, c’est sûr. C’est un autre méti­er, on a pas trop le temps mais c’est dans nos pro­jets futurs.
Au sein de la scène française actuelle, quel artiste auriez-vous aimé produire ?
Ben­jamin: Chas­sol mais il a pas besoin de nous, ou For­ev­er Pavot qu’on a d’ailleurs pro­gram­mé sur la plage aux Eurocks mais c’est suff­isam­ment abouti, on apporterait pas grand chose de plus.
Guil­laume: Il y a le groupe Postaal qui est très doué, alors on a envie de leur fil­er un coup de main. C’est un groupe qui démarre mais dès qu’ils font un nou­veau truc moi c’est un gros hit selon moi. On a com­mencé à faire un peu de prod avec eux et je pense que c’est le gros groupe français de l’année prochaine.

Sur ces belles paroles, on a quit­té The Shoes en se promet­tant d’aller voir le live L’Olympia le 18 novem­bre prochain. Avant de par­tir, on a quand même eu le temps de voir que Guil­laume avait pris le joli mug du café pour chez lui, le coquin !

Chem­i­cals, sor­tie prévue le 2 octo­bre 2015. 

 

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