Rencontre : Le nouveau rendez-vous de Superpitcher, “The Golden Ravedays”

Depuis le mois dernier, Super­pitch­er a com­mencé à offrir son nou­v­el album The Gold­en Rave­days. Mais d’une manière bien par­ti­c­ulière : tous les mois pen­dant un an, le pro­duc­teur sor­ti­ra un maxi dévoilant de nou­veaux morceaux, un véri­ta­ble rendez-vous. Comme tou­jours avec Super­pitch­er, on pour­ra se per­dre sur de longs morceaux poé­tiques, rêveurs et bien­veil­lants. Pour en savoir un peu plus sur ce con­cept orig­i­nal, mais aus­si sur les inspi­ra­tions de l’Alle­mand, nous sommes allés à sa ren­con­tre, à Paris — où il vit depuis cinq ans.

Tsu­gi : Qui est-ce “Lit­tle Raver” qui a don­né son nom au pre­mier morceau dévoilé de The Gold­en Rave­days ?

Super­pitch­er : Il est plein de choses dif­férentes comme tou­jours ! Mais c’est surtout une manière de par­ler au petit raver à l’intérieur de moi, d’in­ter­peller l’enfant que j’é­tais, et exprimer les doux sen­ti­ments que je peux avoir pour ce sou­venir.

Dans tes morceaux il y a quelque chose d’à la fois nos­tal­gique et heureux… On pour­rait les com­par­er à des sortes de berceuses…

Je ne suis pas vrai­ment nos­tal­gique, mais il y a ce sen­ti­ment dans ma musique puisque qu’elle fait écho au passé, aux expéri­ences. Quand j’ai com­mencé à pro­duire je voulais trou­ver une couleur musi­cale, une esthé­tique, un fil rouge, même si c’est quelque chose d’inconscient.

On a aus­si l’im­pres­sion que tes morceaux se répon­dent par­fois, par exem­ple “Tomor­row” et “Hap­pi­ness”, extraits de ton album So Far So Super… 

Oui exacte­ment ! C’est d’ailleurs vrai pour beau­coup de chan­sons de ma discogra­phie. Encore une fois, c’est à cause de ce grand mélange d’émotions. La vie est un peu comme une riv­ière qui prend de nom­breux virages et embar­que plein de petites choses avec elle, j’es­saye donc de pren­dre des élé­ments de ma vie et de les racon­ter un par un. La musique est pour moi la meilleure des manières de com­mu­ni­quer : j’ai sou­vent du mal à exprimer mes sen­ti­ments, alors je me sers de la musique pour le faire.

C’est pourquoi tu as choisi d’e­spac­er la sor­tie des morceaux de ton nou­v­el album, parce qu’ils cor­re­spon­dent à des moments spé­ci­fiques ?

En par­tie, mais c’est surtout parce que je n’ai pas trou­vé une autre façon de les sor­tir. J’ai pro­duit tous les titres de The Gold­en Rave­days très rapi­de­ment, pen­dant une péri­ode où je me suis remé­moré pleins de choses. Je me suis retrou­vé avec beau­coup de morceaux. J’ai essayé de faire autrement, de choisir cer­tains titres, de les ren­dre plus courts, mais je ne pou­vais pas car il y a vrai­ment un ensem­ble dans cet album. J’ai donc décidé de sor­tir l’album petit à petit tous les mois, comme des sortes de chapitres. En plus, aujourd’hui les gens n’accrochent pas vrai­ment au con­cept de l’album, on ne peut pas leur don­ner trop de choses à écouter d’un coup. De cette façon, ils pour­ront mieux appréci­er mes tracks et pren­dre le temps de les ressen­tir.

Il y aura des cov­ers dif­férentes pour chaque disque ?

Oui il y aura douze cou­ver­tures par douze artistes avec des styles dif­férents et des visions qui col­lent à l’esprit des titres. Pour l’instant, je ne con­nais que six de ces cou­ver­tures, elles sont toutes uniques.

Tu pour­rais en faire un grand tableau…

Il y aura une gros cof­fret quand tous les max­is seront sor­tis. Je pense que cela sera un très joli objet. Je suis vrai­ment très con­tent de ce con­cept, j’ai mis trois ans à faire cet album, même si la créa­tion pure a duré trois mois, je me suis ensuite lais­sé beau­coup de temps pour tester des choses, réfléchir les morceaux, sans par­ler du mix­age, de la pro­mo etc.

Qu’as-tu util­isé comme instru­ments pour cet album ?

Tout ! Je n’utilise pas vrai­ment de soft­ware, je préfère les vrais instru­ments, les sam­ples, je me sers aus­si de ce qui est autour de moi, un verre de vin par exem­ple — il s’ag­it de sons que j’entends et que je décide d’enregistrer. Quand un jeune pro­duc­teur me dit qu’il a du mal à pro­duire parce qu’il n’a qu’un syn­thé, je lui répond qu’il suf­fit d’utiliser ce qu’il a autour de lui, il y a telle­ment de pos­si­bil­ités ! Pour créer quelque chose, il suf­fit d’avoir une idée et d’être per­suadé que c’est la bonne.

C’est aus­si ce que les gens appré­cient dans tes pro­duc­tions…

Je pense aus­si, j’essaye de créer des univers où les gens peu­vent s’immerger, se plonger dedans. C’est pour cela que j’ai choisi de ne pas rac­cour­cir les morceaux, parce que cela ne fonc­tion­nait pas, cela ne repro­dui­sait pas l’atmosphère de ma musique et l’émotion que je veux trans­met­tre.

Tu ne pense pas que cer­tains pro­duc­teurs ne font pas assez dur­er les choses ? 

Je pense oui. A mon avis c’est un prob­lème de con­fi­ance, la peur de ne pas aller assez vite et d’ennuyer son pub­lic. Alors que c’est délec­table de jouer avec cet impa­tience, de laiss­er faire l’inspiration, le flow de la musique. Quand j’écoute de la musique par­fois au début des morceaux je me dis “woua c’est génial” et puis trop de choses m’arrivent en même temps et je me sens sub­mergé par tous ces détails. Bien sûr, ce n’est que mon avis per­son­nel…

Tu pass­es aus­si des morceaux très longs en DJ-set, tu joues beau­coup sur les mon­tées inter­minables…

C’est la seule façon pour moi d’apprécier le DJing, je pense qu’il faut une cer­taine con­fi­ance pour appren­dre à jouer avec son pub­lic et ne pas seule­ment gér­er ses drops ou ajouter un break. En jouant sur la longueur des morceaux ou les mon­tées, on fait un peu oubli­er l’espace temps. C’est aus­si une manière de racon­ter une his­toire, de créer un voy­age.

Et avec Pachanga Boys, il y aura de nou­velles choses un jour ? 

Oui bien sûr, mais je ne peux dire quand. Notre proces­sus de créa­tion est très spon­tané. Lorsque l’on se voit, on a sou­vent plein d’idées et, quand on a le temps, on le fait, tout sim­ple­ment.

Il y a qua­tre ans avec Rebolle­do vous avez mixé pen­dant 25 heures. J’ai enten­du qu’il devait y avoir un film de cette aven­ture. C’est tou­jours en pro­jet ? 

Le pro­jet est devenu un peu hors de con­trôle à vrai dire. L’idée est tou­jours là, on veut faire un genre de doc­u­men­taire, mais avec 25 heures de set il est com­pliqué de sélec­tion­ner les plans. On veut choisir des par­ties et trou­ver un fil con­duc­teur à cette his­toire : ces heures de mixe ont été une véri­ta­ble expéri­ence, avec la musique, mais aus­si avec le pub­lic.

Prochain rendez-vous avez The Gold­en Rave­days, ven­dre­di !

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