Trunkline - Festival La Bonne Aventure - Le Kursaal - 24 juin 2017 © Sarah Bastin

Road life : Trunkline et la digestion pré-concert

Ils com­posent l’un des duos les plus en vue de la tech­no française. Trun­k­line, l’association de Yann Lean et de Mad­ben, fait hon­neur à la musique qui l’inspire, notam­ment en pro­posant un live truf­fé de machines et de câbles, évi­tant avec élé­gance le syn­drome Mac­book. On les remer­cie déjà pour ça, mais com­ment on s’en sort, lorsqu’on trim­bale ses boîtes à rythmes à tra­vers la France à la sai­son des fes­ti­vals ? C’est à Ter­res du Son, fes­ti­val général­iste pas for­cé­ment con­nu pour son pub­lic technophile, qu’ils nous répon­dent quelques heures avant de mon­ter sur scène.

Tsu­gi : C’est quoi le plan­ning clas­sique d’une journée de Trun­k­line en fes­ti­val ?

Mad­ben : Pour nous, ça com­mence à Paris, à démon­ter une bonne par­tie du stu­dio (rires). Une heure et demie de démon­tage, check­er si on n’a pas oublié LE câble fatidique… Ensuite, on se chope un taxi jusqu’à la gare.

Yann Lean : Non, parce qu’on est chargé comme des mulets : on a deux gros flys de 24kg cha­cun, plus nos bagages per­so, du coup, le métro, c’est un peu com­pliqué… Et on n’est que deux, pas de tour man­ag­er ou de road­ie !

Mad­ben : Pour le coup, on a débar­qué à Ter­res du Son directe­ment après la sor­tie du train, on a par­fois le luxe de pou­voir pos­er nos affaires à l’hôtel avant. Quelques inter­views, dont toi, ensuite une douche en speed, un repas, puis une heure de sound­check, la façade, les retours puis on joue dans la foulée. L’exemple de ce soir, c’est un peu Pékin Express, mais c’est pas tou­jours le cas.

Yann Lean : Autant que pos­si­ble, on essaie au moins de s’avaler une bière en ter­rasse quelque part dans la ville dans laque­lle on joue, avant d’aller directe­ment sur le site. Ici, c’est aus­si parce que le fes­ti­val est un peu éloigné du centre-ville que c’était un peu plus com­pliqué. Mais on aime bien ten­ter au moins un peu d’apprécier la ville dans laque­lle on est. On s’est fait des frites à Dunkerque, par exem­ple (rires). Et après, on aime bien traîn­er un peu sur site, si pos­si­ble. Au moins une heure pour redescen­dre autour d’un verre ou deux.

Com­ment on gère la dif­férence des publics, musi­cale­ment ?

Yann Lean : Franche­ment, balek. (rires)

Mad­ben : Alors ouais, d’un côté, balek, mais en même temps, notre live est hyper mod­u­la­ble et on lui fait dire ce qu’on veut. Donc en admet­tant qu’il y ait une incom­préhen­sion du pub­lic, on peut tou­jours faire pren­dre des direc­tions dif­férentes à ce qu’on fait, rien n’est figé. Un peu comme un DJ-set, au fond. On peut “son­der”. Mais effec­tive­ment, on est plutôt dans une démarche “les gens vien­nent écouter ce qu’on fait, si ça passe pas, on ne va pas jouer autre chose”.

Yann Lean : On peut regarder les gens. Je dis “balek”, mais plus pré­cisé­ment, si on se dit “on est à Tours, donc les gens sont peut-être plus comme ci, ils écoutent peut-être davan­tage de ça”, on n’en finit pas.

Plus glob­ale­ment, c’est un défi de jouer une tech­no aus­si ambitieuse que la vôtre dans un fes­ti­val général­iste ?

Mad­ben : D’un point de vue per­so, j’ai déjà eu de très bonnes sur­pris­es sur ce genre de dates. Avec mon pro­jet solo, j’ai déjà été en sit­u­a­tion de jouer sur des fes­ti­vals où le pub­lic est moins “dans la poche”, comme à Astrop­o­lis par exem­ple. Je pense qu’aujourd’hui les fes­ti­va­liers ont bien cap­té ce côté de plus en plus ver­sa­tile des pro­gram­ma­tions général­istes, et il n’y a plus de bar­rières. À l’opposé des pro­gram­ma­tions de soirées, qui sont hyper homogènes.

Votre stratégie bouffe du fes­ti­val ? Manger léger, faire péter les calo­ries ?

Mad­ben : Alors, ça dépend du tim­ing entre le moment bouffe et le moment jeu (rires). J’ai eu des expéri­ences de phas­es diges­tives en sor­tie de grosse bouffe sur scène, c’était l’horreur ! Ou alors il faut picol­er tout de suite pour faire descen­dre, mais c’est risqué.

Yann Lean : Ce soir, on a le temps de mon­ter notre matos, on n’est pas speed. Du coup on va se taper la cloche, je sens. (rires)

Mad­ben : En vrai, ça nous arrive de très peu manger si on sent que le tim­ing est ser­ré. On préfère encore jouer le ven­tre presque vide.

Com­ment on gère la fatigue avec la récur­rence des dates ?

Yann Lean : Pour l’instant, pour nous, c’est pas encore la grosse vio­lence. Sur Trun­k­line, ça reste gérable.

Mad­ben : Per­so, c’est par­fois un peu com­pliqué avec le pro­jet Mad­ben à côté, j’ai fait trois dates d’affilée la semaine dernière par exem­ple. Et le fait de mélanger deux pro­jets peut tir­er un peu sur la pail­lasse. Mais pas du tout de quoi de plain­dre : on a la chance de vivre de notre musique et d’être en stu­dio la semaine, on fait nos emplois du temps nous-mêmes. Donc si tu sais que tu te prends 3–4 nuits d’affilée, bah lun­di tu dors. Tu recom­mences à bouger mar­di, t’as la tête dans le sac, et ta semaine com­mence mer­cre­di, tran­quille. (rires)

Yann Lean : Après, si notre fréquence de dates aug­mente, il fau­dra en effet pass­er en mode “man­age­ment de repos”, parce que c’est impor­tant pour con­tin­uer à pren­dre du plaisir à faire ce qu’on fait. La final­ité du pro­jet, c’est la scène.

La sai­son des fes­ti­vals est-elle vitale économique­ment pour vous ?

Mad­ben : Vitale, non. Tout au long de l’année, on a des dates en club ensem­ble ou cha­cun de notre côté. On n’est pas spé­ciale­ment dans un peak time de l’année pen­dant l’été. Per­so, avril-mai-juin a été bien plus dur pour moi que cet été.

Yann Lean : Après, on a un an et demi avec Trun­k­line. Notre pro­jet grandit, on est jeunes, merde ! (rires) Du coup, non, ça va, on est encore trop verts pour être des bêtes de fes­ti­val, et on tourne cor­recte­ment le reste de l’année…

Une con­fig­u­ra­tion idéale de fes­ti­val pour vous ?

Mad­ben : Le côté “fes­ti­val d’initiés” c’est cool je trou­ve. Le fes­ti­val Free Rota­tion, avec une prog hyper pointue et des mecs con­nus qui vien­nent jouer sous pseu­do, ça me par­le ce genre de trucs. Il y a de la sur­prise, mais le pub­lic sait qu’il va se pren­dre dans la tronche de la musique de qual­ité et qu’il y a une rela­tion de con­fi­ance entre lui et le fes­ti­val là-dessus.

Yann Lean : Une prog d’initiés, mais avec quelques trucs qui sor­tent com­plète­ment de la direc­tion artis­tique aus­si, pour créer du con­traste. Après, pour l’orga, bouffe locale, vignerons du coin comme ce soir, cir­cuit court, je signe ! Un fes­ti­val qui laisse le temps aux artistes de s’imprégner du lieu et du moment dans lequel ils sont, pas juste une machine à lives. Une bulle tem­porelle, voilà, c’est ça.

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