Russ Gabriel : “Dans les années 80, se payer un synthé était impossible pour un mec comme moi”

Russ Gabriel, un des DJ-producteurs les plus influ­ents des vingt-cinq dernières années en Angleterre a accordé une inter­view à Tsu­gi à sa descente de scène lors du Weath­er Win­ter en décem­bre dernier. On a par­lé syn­thés, tech­no française et pro­duc­tion ciné­matographique avec cette légende aux cent maxis.

Tsu­gi : Tout d’abord, bra­vo pour ton live ! Il a été plus long que prévu, non ?

RG : Mer­ci beau­coup. Oui, en effet je crois que Dettmann a dû repar­tir en urgence à son hôtel parce qu’il y avait lais­sé du matériel pour son set (rires). On m’a dit qu’il fal­lait que je joue quelques min­utes en plus, moi ça me va très bien !

L’at­mo­sphère Weath­er t’a plu ? 

Hon­nête­ment oui, il y avait une très bonne atmo­sphère et de là où j’é­tais la musique raisonne très bien dans ces hangars un peu bruts.

Tu fais par­tie d’une généra­tion qui a vu naître la tech­no. Tu as com­mencé à faire de la musique en 1991, mais qu’est-ce qui t’a guidé vers la musique électronique ? 

C’é­tait vrai­ment l’in­no­va­tion de l’époque. De l’autre côté il se pas­sait des trucs dans le rock, mais ça fai­sait quelques années que les syn­thés étaient arrivés et deve­naient de moins en moins inabor­d­ables. Je m’a­chetais une machine dès que j’avais assez économisé. C’é­tait génial de pou­voir enfin se servir de tous ces trucs.

Raconte-nous ta décou­verte du synthé. 

Dans les années 80, se pay­er un syn­thé était impos­si­ble pour un mec comme moi. J’é­tais fasciné, mes potes aus­si d’ailleurs, par ce nou­v­el instru­ment. Il faut se rap­pel­er que c’é­tait à l’époque une avancée tech­nologique et musi­cale qui représen­tait un immense bond en avant. Un clavier qui peut imiter et mod­uler n’im­porte quel son ! C’é­tait la pre­mière fois depuis des décen­nies qu’on voy­ait naître un nou­v­el instru­ment. Les per­spec­tives étaient infinies. La lente démoc­ra­ti­sa­tion du syn­thé en Angleterre a per­mis à beau­coup de jeunes musi­ciens de pou­voir créer de la musique élec­tron­ique et d’ex­péri­menter beau­coup de sons. C’é­tait pas­sion­nant parce qu’on pou­vait inven­ter notre musique tous les jours, un peu comme quand les gui­taristes ont com­mencé à explor­er la gui­tare élec­trique à une autre époque.

Ton label, Fer­ox Records, a repris son activ­ité il y a bien­tôt trois ans après une longue péri­ode de calme. Qu’est-ce qui s’est passé avant et après 2014 ? 

C’est vrai. Le label est né en 1993 et dans les années 2000 je l’ai moins mis en avant. Je tour­nais beau­coup à cette péri­ode et je sor­tais des EP sur d’autres labels que je trou­vais intéres­sants, notam­ment chez We Play House. Mais il y a deux ans, j’ai eu envie de me pos­er un peu, on met­tra peut-être ça sur le compte de l’âge (rires). Ça fai­sait vingt-et-un ans que je tour­nais. L’idée était aus­si de dévelop­per des pro­jets qui me tien­nent vrai­ment à coeur et avec une totale lib­erté. C’est ce que Fer­ox m’of­fre comme possibilité.

Main­tenant que tu te con­sacres, entre autres, à la pro­duc­tion avec Fer­ox, on aimerait bien savoir ce que tu pour­rais nous con­seiller sur la scène européenne. Des coups de coeur récents ? 

Pas vrai­ment récent mais je me suis vrai­ment penché sur Arte­ria Records dernière­ment et je dois dire que leurs artistes sont vrai­ment pas­sion­nants. Il y a aus­si Hope Grant, alias Envoy qui pro­duit pas mal chez Soma. C’est un peu plus vio­lent que ce que je fais mais ça me plaît beau­coup, faut vrai­ment écouter ces types-là.

Que penses-tu de la scène française ?

Je con­nais bien la scène française depuis toutes ces années. Elle est par­ti­c­ulière en Europe par le nom­bre d’in­flu­ences dif­férentes chez les artistes. Il y a peu de pays où la pro­duc­tion de musique élec­tron­ique est aus­si éclec­tique qu’i­ci et c’est prob­a­ble­ment dû à un bras­sage des cul­tures très créatif, ce qui s’est fait d’une manière dif­férente en Angleterre par exem­ple ou en Ital­ie. Les artistes ici étaient déjà très bons à l’époque, ça reste une réal­ité aujourd’hui.

On sait aus­si que tu es cinéaste, tu as pro­duit et réal­isé des pro­jets autour la musique. Quel est le dernier pro­jet dans les tuyaux ? 

Je pré­pare, douce­ment mais sûre­ment, un doc­u­men­taire assez com­plet sur l’his­toire de la scène tech­no anglaise. Je ne sais vrai­ment pas quand il sor­ti­ra, parce que j’ai vrai­ment envie de faire inter­venir beau­coup d’artistes et les faire partager leur point de vue. Ce film me tient vrai­ment à cœur, je vais pren­dre mon temps pour le finir et pro­pos­er un truc vrai­ment cool.

Par Adam Douieb

(Vis­ité 277 fois)